​GESTION DU PLASTIQUE : Le Sénégal étale ses limites

Tout porte à croire que l’Etat du Sénégal est dépassé par la gestion du plastique. Les dégâts sont là et aucun mécanisme n’est pour le moment en mesure de réparer tout le préjudice causé par ce type de déchets. Les industries qui utilisent le plastique dans leurs activités commerciales deviennent de plus en plus nombreuses. Les déchets plastiques continuent à orner le décor des villes.
S’exprimant en novembre 2018, lors de la célébration de la journée du recyclage qui avait comme thème « Recyclage plastique au Sénégal : enjeux environnementaux, économiques et sociaux », le directeur des financements verts et des partenariats au ministère de l’Environnement et du Développement durable, Amadou Lamine Diagne, déplorait qu’en dépit des 193 mille tonnes annuelles de déchets plastiques, seules 8000 tonnes sont recyclées. Le 5 juin 2018, l’ancien ministre de l’Environnement et du développement durable, Mame Thierno Dieng, lors de la célébration de la Journée mondiale de l’environnement, avait estimé la production journalière de déchets plastiques à potentiellement 1500 tonnes de déchets solides urbains. Un taux qui fait un cumul de 99 700 tonnes de déchets plastique par an. Le ministre avait aussi signifié que les emballages plastiques représentent 78% des déchets. Pis, selon l’autorité, il y a aussi une augmentation relative de près de 15% de déchets plastiques en 15 ans. Le ministre Mame Thierno Dieng avait aussi indiqué à l’époque que 1800 milliards de déchets plastiques sont enfuis au fond de l’océan et le chiffre ne cesse de croitre. Face donc à tous ces problèmes, l’Etat du Sénégal avait décidé d’initier une loi visant à organiser la vente et l’usage des sachets plastiques. Malheureusement, celle-ci est la trappe. Aucun signe de son application n’est visible. Pour rappel, le projet de loi relatif à l’interdiction de la production, de l’importation, de la détention, de la distribution, de l’utilisation des sachets plastiques de faible micronnage a été défendu par l’ancien ministre de l’Environnement et du développement durable, Abdoulaye Baldé, avant d’être adopté par l’Assemblée Nationale le 21 avril 2015. La loi a été promulguée en mai 2015 peu son entrée en vigueur en janvier 2016. Un délai de 6 mois avait été donné aux stockeurs pour écouler leurs marchandises car, disaient les autorités étatiques au-delà de cette durée, les sachets plastiques visés par la réglementation ne devraient pas être visibles sur le marché. Un engagement trop ambitieux donc si l’on sait que jusqu’à présent, les sachets plastiques continuent d’être vendus comme de petits pains. Les cérémonies de sensibilisation organisées dans les régions, les journées de recyclage et l’installation du comité de suivi de l’application de la loi le 10 août 2017, n’y feront rien. Le mal est toujours présent.

PROTECTION DES COTES : La loi sur le littoral attend son adoption

A côté de la réglementation de l’usage du plastique, l’adoption de la loi sur le littoral reste un défi majeur. Cette loi soucieuse, d’harmoniser les politiques d’aménagement, d’exploitation, de protection de l’environnement et de gestion des risques a été lancée depuis 2009 pour la protection de la bande côtière longue de 700 km. Le 26 novembre 2013, l’ancien Premier ministre Aminata Touré donnait l’assurance de son adoption, lors de l’ouverture du septième forum du Partenariat régional pour la conservation de la zone côtière et marine (PRCM) qui regroupe 7 pays ouest-africains. 6 ans après, la loi sur le littoral n’est toujours pas effective. Reste à se demander aussi, si une fois adoptée, cette loi sur le littoral n’aura-t-elle pas le même sort que celle sur le plastique?

CONSEQUENCES DE LA POLLUTION : Menaces sur la sécurité alimentaire et l’exportation de poissons

Le chargé de campagne océan à Greenpeace Afrique, Abdoulaye Ndiaye, trouve que la pollution des eaux marines notée dans la quasi-totalité de la bande côtière, a des conséquences notoires sur la pêche sur dans des zones comme Mbour, Jaol et Soumbédioune. En effet, note-t-il, la région de Thiès avec ses quais de débarquement de Mbour et Joal occupe les ¼ de la pêche sénégalaise. Mieux, le département de Mbour, avec Jaol et Mbour est le premier département de pêche au Sénégal. Les deux plus gros quais de pêche au Sénégal sont dans le département de Mbour. Le plus grand lieu de débarquement est Jaol. Il est suivi de de celui de Mbour. En somme, le département de Mbour est la première localité de la pêche. Selon toujours le chargé de campagne de Greenpeace Afrique, Abdoulaye Ndiaye, en termes de débarquement d’espèces pélagiques, le département de Mbour est leader. Une pollution de ces zones de pêche peut avoir des répercussions négatives sur la sécurité alimentaire. Les conséquences négatives de la pollution peuvent être aussi ressenties au niveau de la transformation halieutique car, dit Abdoulaye Ndiaye, les plus grands centres de transformation sont basés dans le département de Mbour. Par ailleurs, en dehors des iles du Saloum, le département de Mbour est le plus grand centre de reproduction de poissons à cause de la forte présence des roches. S’agissant de Soumbédioune, la pollution de ces eaux est grave car, dit Abdoulaye Ndiaye, Soumbédioune joue un rôle important dans les exportations de poissons. « Quand on dit que Soumbédioune est impacté, c’est inquiétant parce que pour l’exportation au Sénégal des espèces nobles, Soumbédioune est la base ». En effet, relève Abdoulaye Ndiaye, les pays de l’Union européenne, exigent des règles d’hygiènes. « L’UE et les pays développés, les principaux clients du Sénégal veulent que les gens respectent les normes d’hygiène primaires. Pour avoir un agrément, il faut qu’ils aient un contrôle de tout cela. On regarde la qualité de l’eau, l’air et le poisson débarqué. Mais aussi comment le quai est géré ». Et pourtant en dépit de cette pollution des lieux, la pêche faite dans ces zones contribue grandement à l’économie nationale et au-delà la sécurité alimentaire. En effet, selon l’adjoint au directeur des pêches maritimes et chef de la division pêche artisanale, Sidiya Diouf, le secteur de la pêche emploie plus de 600 000 personnes.

Le nombre de pêcheurs est estimé pour l’année 2017 à 71 531 pêcheurs. Mieux, dit-il la pêche artisanale contribue fortement à la sécurité alimentaire des populations. Au Sénégal, la consommation per capita est de 29,9 voire 30kg par personne et par an. Un taux de consommation qui dépasse largement, dit-il, la moyenne mondiale qui est de 19 à 20 kg par personne et par an. Cette pêche artisanale qui nourrit beaucoup de Sénégalais a débarqué en 2017 les 77% de la production halieutique, soient 394 036 tonnes. Mbour et Joal, ces deux importants quais de pêche menacés par la pollution ont un apport considérable dans les débarquements en 2017. Les débarquements au niveau des sites de Mbour et Joal sont respectivement de 37 564 386 kg pour une valeur commerciale estimée à 27 531 845 210 FCFA et 91 209 354 kg pour une valeur commerciale estimée à 17 291 754 790 FCFA pour l’année 2018. Le secteur de la pêche maritime contribue à hauteur de 3,2% du PIB. « Dans cette contribution, l’apport du sous-secteur de la pêche artisanale est non négligeable, ajoute l’adjoint au directeur des pêches. Les plus importants lieux de débarquement sont Joal, Mbour, Hann, Kafountine, Saint Louis, Djifère. Pour Soumbédioune, 2696, 350 tonnes pour une valeur commerciale estimée à 5 853 638 100 CFA ont été débarquées en 2017. Pour l’année 2018, 3161, 770 tonnes ont été débarquées soit une valeur commerciale de 6 468 910 000 CFA. Actuellement, la quasi-totalité de ces lieux croulent sous le poids des déchets. La diminution des débarquements de la pêche artisanale aura des conséquences sur le PIB et constituera un manque à gagner important pour les pêcheurs.

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