19 mars 2000-19 mars 2019 : Il y a 19 ans, Wade renversait Diouf

Les années passent vite. Que l’histoire a de ces contorsions aux relents de bégaiement. En effet, au moment où l’opposition, dont une frange continue de rejeter les résultats de la présidentielle du 24 février et menace de mettre en place un gouvernement parallèle, de nombreux observateurs ont l’esprit tourné vers une date mémorable : le 19 mars 2000.

 
Les Sénégalais, unis comme un seul homme, venaient de mettre fin, à l’issue du second tour, une première dans l’histoire électorale de l’ancienne colonie française où l’on vote depuis 1848, au régime socialiste qui aura présidé, depuis la Loi (cadre) n° 56-619 du 23 juin 1956 portée par Gaston Defferre, aux destinées de ce pays phare en Afrique et dans le monde.
 
Ce fut la première alternance démocratique au Sénégal. Ce jour-là, l’opposant historique Abdoulaye Wade venait, après avoir ferraillé pendant 26 ans avec feu Léopold Sedar Senghor et son dauphin Abdou Diouf, de triompher d’un système politique qui a régenté, pendant presque cinquante ans, et façonné à sa guise le modèle politique sénégalais.
  
Et, pour paraphraser un célèbre documentaire, on pouvait marteler, hic et nunc, «Sénégal, la démocratie à l’épreuve des urnes». Mais, que fut longue la marche, forcée et chaotique par moments, ayant débouché, dans une Afrique alors toujours en butte aux coups d’État et aux dictatures de toutes sortes, sur une transition pacifique sans effusion de sang.
 
Pape Samba Mboup réceptionne l’historique coup de fil
Magnanime et digne dans la défaite, l’ancien Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) prit la décision, après s’en être ouvert à un cercle très restreint, d’appeler son éternel challenger pour le féliciter et couper l’herbe sous les pieds de faucons qui voulaient, selon la censure populaire, confisquer le pouvoir.
 
D’ailleurs, l’histoire retiendra que c’est dans la matinée du 20 mars 2000, alors que les Sénégalais -habitués à des lendemains électoraux troubles, comme en 1988 et en 1993, avec l’assassinat du vice-président du Conseil constitutionnel d’alors, Me Babacar Sèye- retenaient encore leur souffle, que le président Abdou Diouf délivra tout un peuple.
 
Figure emblématique de ce qu’il est convenu d’appeler, prosaïquement, le peuple du Sopi, c’est Pape Samba Mboup que Diouf a eu au bout du fil. Après de brefs salamalecs d’usage, il remit le téléphone à un Me Wade, tout ce qu’il y a d’anxieux, qui redoutait, comme de coutume, un énième coup fourré de la part d’un régime qui la souvent mis en prison.
 
Mais, comme la nuit porte conseil, Abdou Diouf a dû, sans doute, se rendre à l’évidence : il y a bel et bien une vie après le pouvoir. Alors que le ticket Wade-Niasse, tout miel dans l’euphorie de la victoire, dessinait les contours du premier gouvernement post-alternance. Une entente qui dura, hélas, le temps d’une rose. L’ivresse du pouvoir est passée par là.

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