Afghanistan: un accord-cadre se dessine entre Américains et talibans

En Afghanistan, les tractations en vue d’un processus de paix vont se poursuivre dans les prochains jours entre les Américains et les talibans afin de mettre fin à dix-sept ans de conflit, le plus long de l’histoire des Etats-Unis. Un projet d’accord-cadre a été rédigé au cours du week-end dernier à Doha. Il a ensuite été présenté au président afghan à Kaboul par Zalmay Khalilzad, l’émissaire américain pour la paix en Afghanistan.

Le projet d’accord-cadre entre les Américains et les talibans contient deux points majeurs. Le retrait des troupes américaines d’Afghanistan: 14 000 soldats américains sont actuellement déployés dans le pays. Les États-Unis s’engagent à ce qu’ils quittent tous le territoire. Un calendrier de dix-huit mois aurait été présenté.

Le retrait des troupes étrangères est l’exigence numéro un des talibans qui ont toujours refusé jusque-là de discuter de paix sans la garantie du retrait des troupes étrangères d’Afghanistan. En échange de cet engagement, ils assurent qu’ils couperont tout lien avec les groupes terroristes internationaux et que le pays ne servira pas de base arrière pour la préparation d’attentats contre des pays étrangers comme ce fut le cas en septembre 2001 avec les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone aux États-Unis.

Des avancées

L’existence de discussions directes entre les Américains et les talibans qui sont prêts à entamer des négociations de paix sur la base du retrait des troupes étrangères est une avancée en soi. Cela n’était jamais arrivé au cours des huit dernières années, depuis que les tractations ont commencé en vue d’arriver à des négociations de paix. En revanche, le gouvernement afghan a jusque-là été exclu de ces tractations malgré son désir d’y participer. La raison ? Les talibans refusent jusqu’à ce jour de leur parler directement puisqu’ils considèrent les autorités afghanes illégitimes. Ils considèrent le président afghan comme une marionnette aux mains des Américains et c’est pour cela qu’ils ont insisté et obtenu de discuter directement avec les Américains. Les États-Unis ont fini par accepter de le faire.

Ont-ils encore plus discrédité les autorités afghanes en engageant des négociations avec les talibans ? C’est ce que pensent plusieurs politiciens afghans et certains analystes internationaux. Zalmay Khalilzad, l’envoyé spécial américain pour la paix en Afghanistan qui dirige les négociations a répondu qu’un éléphant ne se mangeait pas en une bouchée et qu’il faudrait du temps pour parvenir à trouver un accord pour mettre fin à quarante ans de guerre. Ashraf Ghani, le président afghan a, il y a quelques jours, proposé une nouvelle fois aux talibans un dialogue direct. Pas de réponse de leur part pour l’instant.

Des tractations qui inquiètent la population

Les Afghans souhaitent la fin de la guerre. Ce conflit a coûté la vie à de nombreux civils, 10 000 morts et blessés encore l’année dernière ; chaque jour environ 30 membres des forces de sécurité meurent. Pour la population, ce conflit est un calvaire. Il y a des manifestations de la société civile en faveur de la paix, samedi encore dans l’ouest du pays. Mais beaucoup affichent leurs craintes : les femmes par exemple ont peur de perdre leurs droits acquis depuis 2001, les membres du gouvernement craignent, eux, que les talibans se vengent s’ils reviennent au pouvoir. Ces derniers veulent qu’un gouvernement intérimaire prenne le relais du gouvernement actuel. Ils souhaiteraient y participer en échange d’un cessez-le-feu. Comment être sûr que les talibans qui contrôlent ou ont une influence sur près 50% du territoire vont respecter dans ce cas le cessez-le-feu ? C’est ce que tout le monde se demande. Accepteront-ils le maintien de la Constitution ? Eux qui veulent l’instauration d’une charia. De nombreux points importants sont à discuter et pour l’instant il n’y a pas de discussion entre les autorités afghanes et les talibans.

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