Anthony Mounier : « j’ai envie de rester au Panathinaïkos et de montrer le vrai Anthony »

Sur sa vie en Grèce, son amour pour le Panathinaïkos, ses galères aussi, ses années à Nice et à Montpellier, son transfert raté à Saint-Étienne, l’attaquant français Anthony Mounier (31 ans) se confie à Foot Mercato.

Quand on rencontre Anthony Mounier au stade olympique d’Athènes ce dimanche 14 avril, c’est un homme détendu qui nous serre la pince. Sortant pourtant d’une saison compliquée, pas épargné par les blessures. L’attaquant français de 31 ans exprime son souhait de rester en Grèce, pour aider le Pana à remonter la pente. Le club du Trèfle traverse une période difficile avec des soucis financiers. D’humeur bavarde, le buteur formé à l’Olympique Lyonnais revient également sur plusieurs étapes de sa carrière qui l’ont marqué.

Foot Mercato : Anthony, vous êtes un joueur du Panathinaïkos depuis deux ans maintenant, comment se passe la vie en Grèce ?

Anthony Mounier : c’est vrai que pour le football, ce n’est pas un grand championnat, mais tout se joue avec beaucoup de passion ici. Les fans sont très présents. À domicile, tu te dois de gagner. À l’extérieur, c’est plus compliqué, ça me fait penser aux matchs pièges de Coupe de France quand tu joues contre des petits clubs. En termes de qualité de vie, j’avais parlé avec Jean-Alain Boumsong, Sidney Govou et Djibril Cissé avant de venir, ils me disaient que c’était exceptionnel. Je confirme. Tout est fait pour les enfants. Pour vivre ici avec sa famille, c’est top.

F.M : comment expliquez-vous qu’après une saison pleine l’an passé (23 matchs toutes compétitions confondues), vous n’êtes apparu que 12 fois sur le terrain pour votre deuxième année ?

A.M : j’ai eu pas mal de problèmes physiques. Une première blessure fin août qu’on a eu du mal à soigner, à trouver les raisons. Ensuite, j’ai repris en octobre, j’ai fait trois matchs. Et dans le derby contre l’Olympiakos, je me fais un déchirement des ligaments de la cheville en contrant un adversaire qui allait marquer. J’ai fini le match sur une jambe et je suis resté éloigné des terrains jusqu’à la fin de l’année 2018. En janvier, je suis revenu à nouveau mais j’ai payé les mauvais résultats du club et le coach m’a un peu écarté de l’équipe. C’est paradoxal et les gens vont me prendre pour un fou, mais malgré mes récentes blessures, je ne me suis jamais senti aussi bien physiquement, autant qu’à 25 ans.

« J’ai envie de montrer le vrai Anthony »

F.M : il vous reste un an de contrat (juin 2020) avec le Panathinaïkos, vous avez déjà discuté avec vos dirigeants pour l’avenir ?

A.M : j’attends que la saison se termine, et ensuite on discutera. Partir de ce club par la petite porte, ce n’est pas du tout dans un coin de ma tête. Si on doit se séparer à la fin de la saison, je serais réellement triste car le club n’aurait pas vu mon vrai visage. Je n’ai pas envie de passer pour un échec ici. J’ai envie de rester au Panathinaïkos et de montrer le vrai Anthony. J’ai une mentalité de compétiteur et je peux inverser la tendance. Sincèrement, j’ai envie que ce club retrouve son standing et de jouer l’Europe ici. J’ai un gros contrat, le plus gros du club. Ils attendent beaucoup de moi. J’attends beaucoup de moi aussi. Je suis le premier frustré par rapport à cette saison.

F.M : vous êtes exigeant envers vous-même ?

A.M : je suis le premier à dire si je n’ai pas fait un bon match. Si je sentais que j’étais cramé, j’arrêterais. Mais ce n’est pas le cas. Je ne baisse pas les bras, je peux encore apporter beaucoup à ce club.

F.M : l’an dernier, le Panathinaïkos accusait des retards de paiement des salaires, vous avez fait une grève de l’entraînement avec vos coéquipiers, comment avez-vous vécu cela ?

A.M : c’est nouveau pour moi. Quand je suis arrivé au club, je savais qu’il y avait des retards de paiement, j’étais au courant. À ce point-là, non. On a fait la grève de l’entraînement parce qu’on a senti qu’il fallait faire quelque chose. Si on ne bougeait pas, on pouvait faire une année sans salaire. De toute façon, si je voulais venir pour l’argent, je ne serais pas venu au Pana. J’aurais pu prendre des plus gros contrats dans des pays exotiques.

F.M : aujourd’hui, vous êtes payé en temps et en heure ?

A.M : tout a été rectifié avant la fin de la saison dernière, tout a été remis à plat. En ce début de saison, tout va bien pour le moment. Il y a un peu de retard, mais ce n’est pas la même chose que l’an dernier. Le club est bien structuré maintenant, avec un très bon staff. Le coach est très bien, avec de bonnes idées. Il faut rattraper les erreurs qui ont été faites par le passé. Et ça ne se fait pas en une saison ou deux. Il faut du temps. Le Panathinaïkos reste un grand club avec une grande histoire, même s’il est en difficulté.

F.M : on sent que vous aimez beaucoup ce club…

A.M : j’ai toujours aimé les clubs où j’ai joué. Mais c’est vrai qu’ici, c’est particulier. Cette ferveur qu’il y a autour, cette passion, je pense que je n’avais pas connu ça dans les autres clubs où je suis passé. Il faut savoir qu’il y a des fans du Pana partout, quand on se déplace, ils sont nombreux, partout. On joue au foot pour ça, pour jouer dans des stades pleins. J’aime vraiment ce club, et c’est pour ça que ça me fait mal de ne pas avoir pu les aider cette saison autant que j’aurai voulu. Après les problèmes financiers, j’aurais pu partir, quitter le bateau comme beaucoup ont fait, mais j’ai voulu rester, pour réussir dans ce club.

« Est-ce que, en interne, tout le monde me voulait à Saint-Étienne ? »

F.M : votre transfert raté à Saint-Étienne (janvier 2017), vous y repensez souvent ?

A.M : non, je n’y repense pas souvent. Cette situation m’a fait mal, les premiers jours. Elle a fait beaucoup de mal à mes proches, car ils avaient peur pour moi. Il faut savoir que tout était clair avec Saint-Étienne, j’ai eu tout le monde au téléphone (coach, directeur général et sportif). Tout est OK, on trouve un deal et en arrivant là-bas, je suis prévenu qu’il y a des banderoles hostiles contre moi. Mon agent s’assure qu’il n’y a pas de problème… Tout le monde me rassure au club, en me disant de ne pas m’inquiéter, que tout rentrera dans l’ordre. Quand je signe mon contrat, je rejoins l’équipe en stage. Et c’est Dominique Rocheteau qui vient me voir pour me dire que ça ne pourra pas rentrer dans l’ordre, que les supporters sont déterminés. Ils ne veulent pas de moi, par rapport à cette phrase que j’ai dit sept ans en arrière, où j’avais insulté le club…

F.M : vous vous souveniez de cette phrase, au moment de signer ?

A.M : pas du tout. Je m’en souviens parce que je vois les articles qui sortent. J’avais dit ça à chaud, pendant le match, on jouait le maintien, on avait besoin de points avec Nice. On va gagner là-bas, ce jour-là je mets un doublé. J’étais prêt à rencontrer les supporters pour m’expliquer. Ils ne voulaient pas. La seule chose qu’ils voulaient, c’était me frapper. Il faut savoir que je suis un ancien Lyonnais donc à chaque fois que j’allais à Geoffroy-Guichard, je me faisais insulter. Ce qui est paradoxal, c’est que dans ma famille ils sont tous supporters de Saint-Étienne.

F.M : ce fut un frein à votre carrière ?

A.M : oui, je pense. C’est dommage, car ça aurait été une bonne opportunité pour moi. Pour l’ASSE aussi. Il y avait une clause dans mon contrat qui disait qu’en cas de qualification pour une Coupe d’Europe, l’option d’achat était levée et je signais trois ans derrière. Il y avait la carotte, c’était donnant-donnant. Je me serais arraché pour accrocher l’Europe. C’est un épisode délicat de ma carrière mais j’ai eu la chance de rebondir à l’Atalanta (Italie). Même si je n’ai pas énormément joué là-bas, il y avait un coach (Gian Piero Gasperini) et un groupe exceptionnels, on a fini 4e de Serie A. J’ai eu de la chance de trouver cette équipe-là dans les dernières heures du mercato.

F.M : ça ne vous posait pas de souci de signer à l’ASSE en étant formé à l’OL ?

A.M : non, pas de souci. C’est la carrière en premier. J’avais voyagé depuis, Nice, Montpellier, Bologne… Je n’étais pas le premier, ni le dernier à avoir fait les deux clubs.

F.M : avec le recul, cette signature à Saint-Étienne, c’est une grosse erreur ?

A.M : non, ce n’est pas une erreur. J’étais en difficulté à Bologne, donc c’était clair que je devais partir. Quand l’occasion se présente, tous les feux sont au vert. C’était une très bonne signature pour ma carrière. Je considère Saint-Étienne comme un très grand club français. Avec un public très présent. Tellement présent qu’ils ont fait “capoter” l’affaire. On m’a expliqué ça comme ça, en tout cas… Après, est-ce que, en interne, tout le monde me voulait à Saint-Étienne ? Aujourd’hui, je me pose la question. Est-ce qu’il n’y avait pas une guerre d’ego ? Est-ce qu’ils se sont servis des supporters pour faire monter le truc ? On ne sait pas. On peut tout imaginer.

« Marseille, c’était tentant »

F.M : quelle est la meilleure saison de votre carrière, selon vous ?

A.M : ma deuxième année à Nice. Je sortais d’une saison à 11 passes décisives, toutes quasiment dans le jeu. J’ai reçu beaucoup d’offres à ce moment-là. Mais le nouveau président Jean-Pierre Rivère est arrivé et m’a demandé de rester une année de plus. Je suis resté et j’ai marqué 11 buts toutes compétitions confondues.

F.M : puis, vous avez signé à Montpellier…

A.M : j’avais dit à mon agent que je voulais signer tôt, pour faire la préparation avec la nouvelle équipe. J’avais une mauvaise expérience de mon transfert de Lyon à Nice, lors du dernier jour du mercato. Je suis spécialiste de ça (rires). Montpellier, qui avait terminé champion et qui allait jouer la Ligue des Champions, s’est manifesté tout de suite. Mais le Président de Nice m’appelle et me dit qu’il s’est mis d’accord avec Marseille. Il n’avait pas encore décidé du coach là-bas (ndlr : Élie Baup a succédé à Didier Deschamps en juillet 2012). Marseille, c’était tentant, mais je voulais être certain que le futur coach me voulait avant de signer. C’est un club qui peut te donner des ailes ou qui peut t’enterrer. À 25 ans, ça se tente. Je ne voulais pas attendre et signer tard, alors j’ai choisi Montpellier.

Toujours attaché à Montpellier

F.M : suivez-vous toujours la Ligue 1 ?

A.M : toujours, oui. Surtout les clubs où je suis passé, Lyon, Nice ou Montpellier. Je regarde toujours les résultats. Peut-être un petit peu plus Montpellier, comme c’est le dernier club où je suis passé et qu’il y a encore quelques personnes que je connais là-bas.

F.M : un retour en France est envisageable ?

A.M : la vérité, c’est que s’il y a un club où j’aimerais revenir en France, c’est Montpellier. Mais dans mon esprit aujourd’hui, ce n’est pas mon objectif de revenir. J’ai goûté à l’étranger et ça me plaît, je suis bien ici. Pourquoi pas finir ma carrière ici. Les États-Unis aussi, c’est tentant.

F.M : la France vous manque ? On ne parle pas forcément de football…

A.M : sur certains points, oui, la France me manque. Pour la famille notamment. Je rentre deux fois dans l’année, Noël et l’été.

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