Au Brésil, nouvelle mobilisation d’étudiants contre les coupes budgétaires dans l’éducation

Des milliers de Brésiliens ont battu le pavé jeudi dans une centaine de villes contre les coupes du gouvernement Bolsonaro dans le budget de l’éducation.

Deux semaines après une première mobilisation massive, plusieurs milliers d’étudiants, de professeurs et de citoyens sont à nouveau descendus jeudi dans les rues du Brésil pour manifester contre les récentes coupes budgétaires du gouvernement du président Jair Bolsonaro dans l’éducation.

Des manifestations ont eu lieu dans au moins 135 villes de 25 États du pays, d’après le site d’actualité G1, dans des cortèges moins fournis que lors des défilés géants organisés deux semaines plus tôt, selon le quotidien Folha de São Paulo. Environ un million et demi de personnes s’étaient alors rassemblées dans plus de 200 villes, selon l’AFP.

La mobilisation était toutefois forte jeudi 30 mai pour lutter contre le gel de 5,1 milliards de reais (environ 1,16 milliard d’euros) dans le budget de l’Éducation nationale, annoncé par le gouvernement d’extrême droite. Les universités fédérales doivent être particulièrement affectées par ces économies, qui se traduiraient par une baisse de 30 % des fonds pour leurs dépenses de fonctionnement.

« On ne peut pas faire comme si tout allait bien »

À São Paulo, les manifestants ont brandi une banderole d’une centaine de mètres où l’on pouvait lire « Le Brésil uni pour l’éducation ». Dans les villes de Rio, Salvador, Recife, Fortaleza, Belém, Belo Horizonte et dans toutes les autres marches, on pouvait également lire des critiques du président Bolsonaro sur les panneaux des protestataires.

« Manifester est notre seule façon de montrer que nous ne sommes pas d’accord avec le gouvernement. On ne peut pas faire comme si tout allait bien », a déclaré à l’AFP Isadora Duarte, 24 ans, étudiante en pharmacie, qui protestait à Rio de Janeiro.

« Je suis ici parce que toutes les personnes d’origine pauvre méritent une éducation de qualité », a déclaré à l’AFP Kaio Duarte, qui étudie pour devenir assistant social et manifestait dans les rues de la capitale, Brasilia. « Je suis inquiet pour les prochaines générations, qui pourraient ne pas bénéficier de la même éducation que moi. »

À Brasilia, quelques heurts ont éclaté en début d’après-midi entre les manifestants et les forces de l’ordre, qui ont utilisé des sprays au gaz de poivre pour les disperser.

Le ministère appelle à la dénonciation

À São Paulo, certains manifestants refusaient de parler aux médias ou seulement sous couvert d’anonymat, par peur de représailles de leurs supérieurs. Peu avant les manifestations, le ministère de l’Éducation avait publié un communiqué demandant à la population de dénoncer « les professeurs, fonctionnaires, étudiants, responsables et parents » d’étudiants qui appelleraient à la manifestation pendant les heures scolaires, a fait savoir Folha.

Le ministre de l’Éducation, Abraham Weintraub, a affirmé de son côté dans une vidéo publiée sur Twitter que des professeurs obligeaient leurs étudiants à participer aux manifestations.
« Les départements d’enseignement font pression sur les professeurs pour qu’ils ne participent pas à des actions comme celles-ci. Une collègue a partagé une photo des manifestations du 15 mai et a reçu un avertissement », a raconté une professeure de géographie à l’édition brésilienne du quotidien El Pais. « Il y a vraiment un sentiment de peur à ce sujet, a témoigné un professeur de chimie. Cela fait 20 ans que je travaille dans des écoles publiques et je n’ai jamais vécu ça. »

Volonté d' »expurger le marxisme culturel » de l’enseignement

Lors des manifestations du 15 mai, le président Bolsonaro avait qualifié les manifestants d' »idiots utiles manipulés par une minorité experte qui compose le cœur des universités fédérales au Brésil ».

Son gouvernement d’extrême droite affiche son intention d' »expurger le marxisme culturel » de l’enseignement, un langage repris par plusieurs ministres de M. Bolsonaro, dont ceux des Affaires étrangères et de l’Éducation.

Ricardo Velez, le premier à décrocher le portefeuille de l’Éducation, a été limogé début avril après une série de polémiques. Son successeur, Abraham Weintraub, semble vouloir poursuivre la croisade idéologique. Il avait, dans un premier temps, annoncé des coupes budgétaires dans plusieurs universités spécifiques, les accusant de « semer le désordre » en accueillant des « manifestations contre le fascisme », des débats sur l’extrême droite ou avec des élus de gauche. La mesure a finalement été étendue à l’ensemble des universités fédérales.

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