Avec la nouvelle condamnation de Monsanto aux États-Unis, « on change de dimension »

Un jugement rendu mercredi aux États-Unis reconnaît le Roundup, produit phare de Monsanto, comme cancérogène. Il pourrait avoir de lourdes conséquences pour Bayer, propriétaire de Monsanto, sous le coup de 11 200 procédures outre-Atlantique.

La bataille judiciaire perdue mercredi 27 mars par Monsanto marque une étape importante dans la guerre que nombre de défenseurs de l’environnement livrent contre la firme.

Le groupe Bayer, qui a récemment racheté Monsanto, a été condamné aux États-Unis à verser plus de 80 millions de dollars à un retraité malade d’un cancer qu’il attribue au Roundup, l’herbicide star de Monsanto.

Cette condamnation pourrait avoir de lourdes conséquences pour l’entreprise, qui est sous le coup de plusieurs milliers de procédures aux États-Unis et doit faire face à des critiques de plus en plus véhémentes en Europe à cause de sa commercialisation de produits à base de glyphosate. La dangerosité du glyphosate, principe actif du Roundup, est régulièrement mise en cause, même si les scientifiques sont divisés sur la question de savoir s’il est cancérogène.

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« Avec cette condamnation, on change clairement de dimension », affirme Éric Andrieu, député socialiste européen et président de la commission d’enquête du Parlement européen sur les procédures d’homologation des pesticides, interrogé par France 24.

« L’impact va être beaucoup plus fort »

C’est la deuxième fois en quelques mois, sur deux cas différents, qu’un jury populaire de San Francisco conclut que le Roundup a causé un cancer et que Monsanto est coupable de n’avoir rien fait pour prévenir des dangers possibles de son produit au glyphosate.

En août dernier, le groupe avait déjà été condamné à payer près de 290 millions de dollars de dommages (près de 253 millions d’euros) pour sa responsabilité dans le cancer de Dewayne Johnson, un jardinier américain. Bayer conteste ces deux jugements dont il a fait appel, et qui n’ont pas la même portée.

« Le jugement d’août a été rendu par le tribunal d’un État, celui de Californie. Celui de mercredi est un jugement fédéral. L’impact va être beaucoup plus fort et va libérer toutes les procédures en cours aux États-Unis », décrypte Éric Andrieu. Or, ce sont 11 200 procédures judiciaires qui sont en attente outre-Atlantique. « Par ailleurs, comme Monsanto, entreprise américaine, a été récemment racheté par l’Allemand Bayer, les jurys auront désormais moins de scrupules à condamner une entreprise étrangère », juge-t-il.

Ce jugement « montre que le verdict Johnson n’était pas un cas isolé » et « va encourager d’autres » personnes à engager des poursuites contre Bayer, a de son côté expliqué à l’AFP Carl Tobias, professeur de droit à l’Université de Richmond. Et si Bayer perd plusieurs autres procès, « il lui faudra sérieusement réfléchir à un accord » à l’amiable hors tribunaux pour solder les poursuites, ajoute-t-il. Cela pourrait lui coûter des milliards de dollars.

« Bayer au pied du mur »

L’association environnementale américaine Environmental Working Group a estimé dans un communiqué que le jugement « place Bayer au pied du mur à mesure que grimpent les coûts des procès tandis que son cours de Bourse s’effondre ».

Si nul ne peut prédire la teneur des jugements à venir et anticiper la capacité de Bayer à y faire face, la Bourse donne elle une idée de la perception des investisseurs. Depuis l’acquisition de Monsanto en juin 2018, le groupe a perdu plus de 45 % de sa valeur boursière.

Au-delà du volet judiciaire, la portée politique du jugement américain pourrait être d’importance, en Europe et en France, à l’heure où le glyphosate est de plus en plus critiqué.

« Principe de précaution »

En Europe, l’herbicide controversé a été à nouveau autorisé en 2017 pour une durée de 5 ans dans l’UE. Cette décision avait suscité un tollé, car les études scientifiques à l’appui de ce vote ont été critiquées pour leur manque d’indépendance. En décembre 2017, Emmanuel Macron s’était engagé à sortir du glyphosate d’ici 2021. Mais depuis, les députés de la majorité ont refusé de voter son interdiction totale en France, où les particuliers n’ont cependant plus le droit d’en acheter depuis le 1er janvier 2019.

« Le jugement rendu mercredi contre Monsanto plaide en faveur du principe de précaution », estime Éric Andrieu. « Il faut en urgence demander la suspension totale de l’utilisation du glyphosate, en France et au sein de l’UE, en attendant que la question soit à nouveau étudiée par l’Efsa (l’Autorité européenne de sécurité des aliments, qui fournit des avis scientifiques sur les risques des produits phytosanitaires, NDLR) ».

C’est la décision qu’a prise le Vietnam : Hanoï a annoncé le 23 mars qu’il interdisait l’importation de tous les herbicides à base de glyphosate, une disposition qui a bouleversé le marché asiatique de Bayer.

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