Bataille de Dakar : le choc des ambitions entre belliers républicains

Longtemps différée, la bataille pour le contrôle de Dakar refait surface au sein de l’Alliance pour la République (APR). A quelques encablures de l’élection présidentielle du 24 février 2019, les différents responsables ‘’apéristes’’

Après une trêve de quelques mois, la bataille pour le contrôle de Dakar est désormais ouverte au sein de l’APR – Les différents responsables en compétition rivalisent d’ardeur en direction de la présidentielle du 24 février 2019

Longtemps différée, la bataille pour le contrôle de Dakar refait surface au sein de l’Alliance pour la République (APR). A quelques encablures de l’élection présidentielle du 24 février 2019, les différents responsables ‘’apéristes’’ engagés dans cette guerre fratricide de positionnement sont en ordre de bataille. Déjà sur le terrain, dans le cadre des opérations de collecte des parrainages et dans le cadre de la campagne de vulgarisation du bilan du président Macky Sall, candidat à sa propre succession, ils rivalisent d’ardeur à travers différentes activités politiques.

Le week-end dernier, pendant que le ministre Mame Mbaye Niang, renforcé par le porte-parole du gouvernement Seydou Guèye, procédait au lancement de la plateforme ‘’Sénégal 2035’’ à Ngor, l’ancien Premier ministre, Aminata Touré, par ailleurs coordonnatrice du Pôle mobilisation et parrainage de la mouvance présidentielle, portait sur les fonts baptismaux une autre plateforme dénommée ‘’Disso’’. Le temps d’un week-end, deux plateformes ont ainsi vu le jour dans les rangs du parti au pouvoir, avec un objectif commun de participer à la vulgarisation des réalisations du président de la République, en perspective de la prochaine élection présidentielle de 2019. Toutefois, derrière ces cadres politiques qui essaiment au sein de l’Alliance pour la République ou parfois même dans la coalition Benno Bokk Yaakaar, se cache un véritable besoin de survie politique. Pour ne pas se faire écraser en perspective des prochaines joutes électorales de 2019, ces différents responsables politiques sont, aujourd’hui, obligés de s’activer sur le terrain et de batailler ferme afin d’exister politiquement. C’est d’ailleurs ce qui explique la multiplication de ces cadres politiques qui voient le jour au fur et à mesure qu’on s’approche des prochaines compétitions électorales.

Amadou Ba en pole position Cette émulation politique préélectorale, si elle dénote d’une certaine vitalité du parti présidentiel et, au-delà, de la coalition qui porte la candidature du président Macky Sall à la prochaine présidentielle, cache mal une guerre de positionnement pour le contrôle de la coordination départementale de Dakar de l’Alliance pour la République, jusque-là sans aucun patron. Pourtant, ce ne sont pas les prétendants à ce poste qui manquent à cet effet.

Outre l’ancien Premier ministre Aminata Touré et le porte-parole du gouvernement Seydou Guèye, d’autres responsables ‘’apéristes’’ prétendent également diriger le parti à Dakar. Il s’agit, entre autres, de l’actuel ministre de la Santé et non moins maire de la commune de Yoff, Abdoulaye Diouf Sarr, du ministre de l’Economie, des Finances et du Plan Amadou Bâ et, dans une moindre mesure, du président du Parlement de la Cedeao Moustapha Cissé Lo.

En pole position pour diriger la coordination départementale de l’APR de Dakar, Amadou Ba est, en effet, avantagé par ses récentes performances lors des dernières élections législatives de 2017 où il a réussi un coup de maître, en renversant la tendance dans la capitale sénégalaise. Tête de liste de la coalition Benno Bokk Yaakaar à Dakar, il a réussi là où Aminata Touré et Abdoulaye Diouf Sarr ont échoué en 2014, lors des locales, et en 2016 à l’issue des élections du Haut conseil des collectivités territoriales.

Le responsable ‘’apériste’’ des Parcelles-Assainies a, en effet, fait tomber le mythe Khalifa Ababacar Sall resté invaincu dans la capitale dakaroise depuis les élections locales de 2009, lorsqu’il a été porté à la tête de la ville de Dakar par la coalition Benno Siggil Senegaal. Il a, à cet égard, permis à la coalition de la mouvance présidentielle de venir à bout du maire de Dakar, tête de liste de la coalition Mankoo Taxawu Sénégal, et de rafler les sept sièges du département de Dakar. Cet exploit a eu le don de le propulser au-devant de la scène politique dakaroise. Mais aussi de renforcer sa légitimité politique de prétendre diriger l’APR à Dakar au détriment de ses principaux challengers.

Abdoulaye Diouf Sarr en perte de vitesse A travers cette prouesse, Amadou Ba dame ainsi le pion au ministre de la Santé, lui aussi prétendant au poste de coordonnateur. Abdoulaye Diouf Sarr, qui était pourtant bien parti pour présider aux destinées de la coordination de l’Apr de Dakar, est nettement stoppé par le maire de Dakar Khalifa Sall, par ailleurs patron de la coalition Taxawu Dakar, à l’issue des élections du Haut conseil des collectivités territoriales.

A l’issue de ce scrutin âprement disputé avec le camp du maire de Dakar, la coalition Benno Bokk Yaakaar s’est vue défaite après avoir largement triompher de Khalifa Sall au sortir du référendum du 20 mars 2016. Cette défaite, bien que prévisible, vu la nature des élections du HCCT et le collège électoral qui était appelé à voter, a nettement stoppé l’envol du maire de Yoff au sein de son parti, l’Alliance pour la République. Elle a aussi été mise à profit par ses principaux challengers pour le descendre en flammes. Les plus téméraires allant même jusqu’à réclamer sa tête auprès du président de l’APR, Macky Sall en l’occurrence.

Diouf Sarr aurait remporté ces joutes, il serait sûrement investi tête de liste départementale de la coalition BBY à Dakar, lors des élections législatives de 2017. Si le président Macky Sall l’a préféré à Amadou Ba, ses résultats décevants y sont pour quelque chose, au-delà des autres considérations politiques. Aminata Touré en baisse de popularité Elle a été l’une des premières victimes de Khalifa Sall sous le règne du président Macky Sall.

Tout comme Abdoulaye Diouf Sarr, Aminata Touré subit, elle aussi, les affres de sa débâcle politique de 2014, lors des élections locales de la même année. Alors toute-puissante Premier ministre après s’être brillamment illustrée au ministère de la Justice, notamment avec la traque des biens mal acquis, elle s’est mesurée au maire de Dakar dans sa quête de popularité et de légitimité dans la capitale sénégalaise et dans le dispositif ‘’apériste’’. Mimi s’est présentée contre Khalifa Sall à la mairie de Grand-Yoff, dans son fief. Mais elle a été largement battue à l’heure du décompte des voix.

A la limite, elle a été complètement laminée lors de ces joutes électorales où le maire socialiste a réaffirmé son hégémonie à Dakar, en raflant 16 sur les 19 communes de la capitale. Cette débâcle, non seulement lui a coûté son poste de Premier ministre, mais l’a contrainte à transférer son vote de Grand-Yoff à Gossass, dans sa localité d’origine. Malgré les multiples tentatives de rebondir à travers différentes initiatives, elle peine jusque-là à sortir la tête de l’eau. Peut-être que les prochaines élections locales de 2019 seront les bonnes, surtout avec l’emprisonnement du maire de Dakar Khalifa Ababacar Sall à 5 ans de prison ferme. Mais en attendant, il faudra d’abord batailler fort au sein de l’Alliance pour la République pour espérer être investie à la place du ministre des Finances Amadou Bâ.

Moustapha Cissé Lo, le troisième larron Son ambition de diriger la mairie de Dakar n’est plus un secret. L’homme le clame urbi et orbi à chaque fois que l’occasion se présente. D’ailleurs, c’est pour se donner les chances d’atteindre son objectif que Moustapha Cissé Lo a décidé de transférer son vote à Dakar. Battu à Touba lors du référendum du 20 mars 2016, il n’a pas échappé à la furie du président Macky Sall qui accorde un intérêt particulier à l’électorat mouride. Ce revers a ainsi été l’élément déclencheur du transfert de son vote à Dakar.

Car, aussitôt après la proclamation des résultats définitifs de ce scrutin, le président de la République, par ailleurs chef de l’APR, a procédé à un réaménagement dans la coordination départementale de l’APR de Mbacké, en démettant Moustapha Cissé Lo de ses fonctions de coordonnateur. Le président de la République, qui a reçu en audience le deuxième vice-président de l’Assemblée nationale du Sénégal et non moins président du Parlement de la Cedeao, a, à l’issue de leur entretien, pris la décision de confier désormais les rênes du parti au niveau local à un autre responsable plus apte à fédérer les forces politiques.

Bien qu’ayant pris le soin de le confirmer dans ses fonctions de secrétaire national chargé des comités d’entreprises de l’APR, Macky Sall a tout simplement convenu avec Moustapha Cissé Lo de laisser la coordination de l’APR Mbacké à quelqu’un d’autre. ‘’Monsieur Moustapha Cissé Lo a fait part au président Macky Sall, qui l’a accepté, de sa volonté de transférer son inscription sur les listes électorales de Dakar, en vue de mieux se consacrer à ses responsabilités nationales’’, lit-on dans une déclaration sortie à cet effet par le Secrétariat exécutif national de l’APR

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