Chambre criminelle de Dakar : Le militaire avait égorgé son frère consanguin en 2012 à Grand-Yoff

Le procès du ‘’déficient mental’’ Abdoulaye Sidibé a été renvoyé hier par la Chambre criminelle de Dakar pour la production de son dossier médical. Accusé d’avoir tué avec préméditation son frère Boubacar Sidibé, il s’est présenté au juge tout nu.

Un fait rarissime pour ne pas dire inédit ! Appelé à la barre de la Chambre criminelle de Dakar, l’accusé Abdoulaye Sidibé s’est mis à enlever ses habits, à la stupéfaction générale. Rapidement, il s’est présenté tout nu devant le juge. L’intervention des gardes pénitentiaires n’y a rien fait. ‘’Le fou’’ s’est entêté à rester debout et nu. Indifférent au regard du public, il s’est mis à proférer des propos décousus : ‘’C’est le jour de la vérité. Je vais mourir. Je vais rester ici jusqu’au soir.’’ Cet incident fait suite à une série d’actes que l’inculpé, accusé d’assassinat, de faux et usage de faux dans un document administratif, a posés dès les premières heures de la matinée, depuis le box des accusés où il était assis.

Ainsi, lorsque l’un des avocats de la défense de la première affaire inscrite au rôle a commencé à plaider, Abdoulaye Sidibé dit Abdoulaye Cissé lui a lancé : ‘’Vous ne racontez que des contrevérités. C’est lui, votre client, qui est l’auteur des faits.’’ Ou encore : ‘’On m’a injecté des piqures en prison.’’ Ses déclarations intempestives ont fini par pousser le président de la Chambre à ordonner qu’il soit mis dans une autre salle jouxtant le box.

La défense plaide l’article 50, le parquet sollicite une expertise médicale

Ainsi, face au juge, ses avocats Mes Abdourahmane Diallo et El Mamadou Ndiaye ont d’emblée soulevé une exception. Ils ont plaidé l’article 50 du Code pénal. Lequel dispose : ‘’il n’y a ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l’action ou lorsqu’il a été contraint par une force à laquelle il n’a pu résister.’’ Cette même demande a été faite avant-hier, par l’Association pour le soutien et la réinsertion sociale des détenus (ASRED), à travers un communiqué disant : ‘’Nous sollicitons auprès des juges l’application des dispositions de l’article 50 du Code pénal au bénéfice du détenu déficient mental, Abdoulaye Sidibé alias Abdoulaye Cissé, jugé ce lundi devant la Chambre criminelle de Dakar. Nous exhortons, au demeurant, qu’il soit ordonné son internement dans un établissement psychiatrique, comme ce fut le cas dans le passé pour Massamba Fall et d’autres détenus souffrant de démence.’’

Malgré ces arguments de la défense, le parquet a demandé au juge d’ordonner une expertise médicale sur le sieur Sidibé, placé sous mandat de dépôt le 3 mars 2012. Sur ce, l’affaire a été renvoyée jusqu’au 5 décembre prochain pour la production du dossier médical de l’accusé. Dans la mesure où, note le président : ‘’on ne peut pas le juger dans ces conditions’’.

Capturé par les rebelles du MFDC et évadé

Cependant, l’inculpé avait été interrogé sur son état psychique au cours de l’enquête préliminaire. Il a déclaré qu’en 1993, alors qu’il était militaire en service au premier bataillon, il avait été victime d’une embuscade avec certains de ses camarades et que les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC) en avaient capturé quatre dont lui-même et en avaient tué deux sous ses yeux. Il n’a dû sa survie qu’à son évasion. Il a affirmé avoir été hospitalisé au camp militaire de Ziguinchor avant d’être transféré à Dakar et que, depuis lors, il ne cesse de faire des cauchemars.

Il ressort de l’ordonnance de renvoi que, le 1er mai 2012, Cheikh Ahmadou Bamba Doumbouya a informé les éléments du poste de police de Grand Yoff de l’état de son cousin Boubacar Sidibé, grièvement blessé et baignant dans une mare de sang dans sa chambre. A l’hôpital, la victime a succombé à ses blessures.

Le militaire avait égorgé son frère consanguin en 2012 à Grand-Yoff

Epouse du défunt, Awa Sow a affirmé que son beau-frère Abdoulaye Sidibé est venu attendre son mari chez eux. Puis, alors qu’elle les avait laissés seuls, ‘’tout d’un coup, j’ai entendu un cri inhabituel de mon fils d’un an. Quand je suis entrée dans la chambre, j’ai trouvé mon mari à plat ventre, dans une mare de sang, la tête près de la porte et du sang giclant de son cou’’, a fait savoir la veuve. Interpellé, Abdoulaye Sidibé a reconnu les faits en expliquant que la victime avait terni son image en racontant à tous leurs parents qu’il lui avait offert la somme de 2 000 F CFA. Il a ajouté que la victime l’avait expulsé de chez lui après un séjour de 10 jours, lorsqu’il a appris son projet d’attenter à sa vie en compagnie d’autres Guinéens ; et que pour passer à l’acte, il s’est muni d’un couteau, a profité de l’absence momentanément de l’épouse pour viser la gorge de la victime. Mais son frère a voulu éviter le coup, il a été mortellement atteint à la carotide gauche.

L’inculpé a précisé aussi qu’il n’avait jamais eu d’altercation avec la victime, bien au contraire, ils avaient de bonnes relations. Puis, après avoir nié tout lien de parenté avec la victime, l’inculpé a fini par admettre que cette dernière est son frère consanguin. Qu’il a pris le nom de Cissé pour réduire son âge en vue de faciliter son enrôlement dans l’armée nationale en 1993. L’enquête de personnalité a révélé que le ‘’fou’’ est un homme ‘’nerveux, obstiné et impoli’’.

 

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