Des hausses de prix dans les supermarchés pour soutenir les producteurs

Le gouvernement compte obliger les distributeurs à vendre les produits de grande distribution à des prix supérieurs d’au moins 10 % à ceux auxquels ils les ont achetés. Objectif : mieux rémunérer les producteurs trop souvent sous-rémunérés.

Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, l’a confirmé mercredi 30 janvier : les tarifs des produits alimentaires de grande consommation vont augmenter, à partir du 1er février, d’au moins 10 % du prix auquel ils ont été achetés. Cette mesure imposée par la récente loi Alimentation concerne 4 % des produits commercialisés, et notamment des marques aussi connues telles que le Nutella, le Ricard ou le Coca Cola, mais aussi leurs produits d’appel.

À l’inverse, les prix des marques de distributeurs devraient baisser. Un pari pour défendre l’agriculture, et ainsi relever à 10 % le « seuil de revente à perte ». L’État espère que la distribution pourra ainsi mieux rémunérer les producteurs issus des filières agricoles et aquacoles, qui étouffent et disparaissent, régulièrement rémunérées en-dessous de leur prix de revient.

Car paysans et producteurs sortent chaque année KO debout de la négociation rituelle des prix, qui se tient d’octobre à fin février, face aux géants de l’agroalimentaire et surtout aux puissantes centrales d’achat de la distribution.

« Ce que je demande aux grandes surfaces, c’est de trouver moyen de répartir les marges différemment, de répartir les choses mieux, l’objectif est que les produits agricoles soient vendus à leur juste valeur », a déclaré le ministre. Dans les supermarchés, « 500 produits sur 13 000 » devraient augmenter vendredi, alors que dans les hypermarchés, « c’est 800 produits sur 20 000 » qui sont concernés, a-t-il ajouté.

Prix protégés

« Lorsque les gens achètent de la viande, du poisson », les prix « seront protégés, contrairement à avant, a assuré Didier Guillaume, surtout sur les marques de distributeurs (MDD) ». Et il poursuit : « Ce qui m’importe, c’est que les consommateurs et les agriculteurs s’y retrouvent. »

« Ce sont les produits de nos régions, pressurisés par les centrales d’achat, qui payent la distribution du Coca Cola ou du Nutella », se sont insurgés mercredi les syndicats agricoles FNSEA et JA, favorables à la loi.

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La Fédération du commerce et de la distribution (FCD), regroupant tous les acteurs de la distribution à l’exception de Leclerc, a également réagi : « Ce sur quoi tous les acteurs économiques, sauf Leclerc, se sont mis d’accord, c’est qu’il faut changer le système, de façon à ce qu’on revienne à des prix normaux, et que ça permette d’améliorer le sort des agriculteurs. Et de ce point de vue, je trouve qu’il n’y a rien de choquant à ce que le prix du Ricard puisse augmenter un peu si ça permet d’augmenter le prix payé aux éleveurs laitiers pour un litre de lait », a réagi le délégué général de la FCD, Jacques Creyssel, auprès de l’AFP.

« Le consommateur verra bien, quand l’ensemble de tout ceci sera terminé, dans quelques mois, qu’en réalité c’est une opération positive pour tous », estime-t-il aussi.

« On va faire des remises »

Selon Jacques Creyssel, plusieurs enseignes ont déjà annoncé dans la presse, en compensation, des baisses de prix sur leurs marques de distribution (MDD). Interrogé sur France 3, Michel-Édouard Leclerc a ainsi confirmé que « face aux hausses qu’on (leur) impose, on va compenser en prenant sur nos marges et en faisant bénéficier le consommateur sur nos MDD ».

« Chez nous comme chez nos concurrents, on essaie d’en diminuer l’impact tout en restant légalistes : on va faire des remises, créditer les cartes de fidélité », a-t-il ajouté, rejoignant en cela Carrefour qui a promis mercredi des primes « grandes marques » et des primes « fidélité ».

Une façon pour les enseignes de redorer leur image tout en améliorant la fidélisation de leurs clients, en proposant des avantages ciblés sur des produits « préférés », selon Cédric Chéreau, spécialiste de la promotion en grande distribution.

Multiplication d’accords sur le prix du lait

Un élément concret reflète le début du changement d’attitude dans cette guerre de tranchées : la multiplication d’accords très médiatisés entre géants de la distribution et géants laitiers, permettant une revalorisation des prix du lait payés aux éleveurs français.

Après Bel et Intermarché, puis LIDL, la laiterie de Saint Denis de l’Hotel et les producteurs de lait du bassin Centre mi-décembre – suivis de Leclerc et Danone le 2 janvier –, c’est Leclerc et Lactalis qui ont annoncé mercredi un accord portant sur les prix de 200 millions de produits laitiers.

À un mois de la fin des négociations commerciales, les ministres feront le point le 7 ou le 8 février à Bercy autour de Bruno Le Maire et Didier Guillaume, des acteurs de la distribution, de l’agroalimentaire et des producteurs.

« On constate de vrais changements positifs pour mieux rémunérer certaines filières organisées, comme le lait, mais dans le secteur de la viande, cela ne part pas très bien », soulignait une source au ministère de l’Agriculture mercredi.

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