Enfants français retenus en Syrie : des familles déposent plainte contre X pour séquestration

Marc et Suzanne Lopez devant le camp de Roj, où vivent leur belle-fille de 29 ans et leurs quatre petits-fils. Leur visite vient d’être refusée alors que d’autres ressortissants européens sont entrés. Les Lopez n’ont ni eau ni chaise pour s’asseoir. Ils attendront une heure et demie pour rien. OLGA KRAVETS POUR « LE MONDE »

Qui est responsable de l’enfermement de femmes djihadistes et de leurs enfants français dans les camps du nord-est syrien ? S’agit-il des autorités locales, à dominante kurde, qui n’ont pourtant de cesse de proposer leur rapatriement ? Ou bien s’agit-il des autorités françaises, qui, de leur côté, affirment n’avoir strictement aucun contrôle sur la gestion ces camps ? Lundi 1er juillet, l’avocate Marie Dosé a commencé à déposer entre les mains du doyen des juges d’instruction une longue série de plaintes contre X pour séquestration et détention arbitraire pour ses clientes retenues sur place et leurs familles en France.

« Cette démarche a pour but d’acculer les autorités françaises à sortir du bois sur cette question, à clarifier leur position et, surtout, à prendre leurs responsabilités alors que les conditions de vie terribles laissent craindre à tout moment le pire pour ces enfants », indique Me Dosé. Les plaintes avec constitution de partie civile qui seront déposées par Me Dosé interviendront après que deux ressortissants français, les époux Lopez – dont la belle-fille et les quatre petits-fils sont retenus dans le camp de Roj, proche des frontières de la Turquie et de l’Irak – se sont rendus sur place dans l’espoir de pouvoir les rencontrer.

Faire reconnaître la responsabilité de l’Etat

M. et Mme Lopez, que Le Monde a suivis au cours de leur périple, se sont vu refuser l’accès au camp, contrairement à des ressortissants autrichiens et à une ressortissante suédoise se trouvant dans la même situation qu’eux. Ils affirment tenir des autorités kurdes que leur échec est imputable à des pressions exercées, sur les responsables locaux, par les autorités françaises. « L’expérience rapportée par les époux Lopez fournit des éléments objectifs qui démontrent que les autorités françaises exercent une forme de contrôle sur les camps bien qu’elles prétendent le contraire », estime Me Dosé.Lire le récit: « C’est donc là qu’ils vivent… » : de Paris à la Syrie, le périple des Lopez, grands-parents en quête des enfants du djihad

La stratégie de l’avocate s’inscrit dans les pas de celle de son confrère, Me Gérard Tcholakian, qui a également pour clients les parents d’une femme retenue dans un camp du nord-est syrien. Me Tcholakian avait déjà déposé une plainte contre X pour séquestration le 20 mai auprès du doyen des juges d’instruction. « Des rapatriements de certains enfants, notamment des orphelins, ont déjà été organisés par la France. Le maintien en détention des autres relève donc de la responsabilité de l’Etat », estime l’avocat. La séquestration étant un crime, il est possible de déposer directement une plainte auprès du doyen des juges d’instruction sans passer par le procureur. Par ailleurs, en déposant plainte au pénal, les avocats contournent un obstacle majeur dans leur volonté de faire reconnaître la responsabilité de l’Etat.

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