Entretien avec… Rivaldinho : « jouer avec mon père Rivaldo, c’est jusqu’à présent le meilleur souvenir de ma carrière »

Mogi Mirim. C’est là que Rivaldo – Ballon d’Or France Football 1999, président du club à l’époque – terminait sa carrière de joueur au moment où son fils Rivaldinho démarrait la sienne. Aujourd’hui âgé de 23 ans, le jeune homme évolue en Europe, en Roumanie, à Viitorul, sous les ordres de Gheorghe Hagi, après des expériences au Portugal et en Bulgarie. Foot Mercato s’est entretenu avec l’Auriverde pour revenir sur sa trajectoire.
Foot Mercato : comment se passe votre aventure en Roumanie, à Viitorul ?

Rivaldinho : tout va bien ! J’aime beaucoup la Roumanie, j’avais déjà joué ici, au Dinamo Bucarest. Mon fils est né ici. Je me sens vraiment bien ici. Je ne jouais plus au Levski Sofia, en raison d’une blessure dont j’ai eu du mal à me remettre. J’ai été contacté en janvier par le coach Hagi, qui m’a dit qu’il me donnerait du temps de jeu. Je suis très heureux ici. La ville est sympa, le club est bon. Les conditions de travail sont très bonnes. Je ne pouvais pas dire non à un entraîneur aussi prestigieux que M. Hagi. Alors j’ai dit oui. J’en suis très heureux et je remercie le club pour cette opportunité.

travailler avec Gheorghe Hagi, c’est comment ?

R : c’est un véritable plaisir ! Vu son passé dans le monde du football, avoir la possibilité d’être entraîné par le meilleur footballeur de l’histoire de la Roumanie est une chance et un plaisir. À chaque entraînement, à chaque discussion, j’essaie d’apprendre des choses avec lui. C’est un grand coach. Je suis sûr qu’un jour il aura sa chance à la tête d’un grand club européen. Je suis là depuis deux mois. Il te donne des conseils simples, sur des détails, qui font toute la différence. Il te facilite la vie sur le terrain.

quelles sont les ambitions de Viitorul ?

R : nous avons réussi à nous qualifier pour les play-offs. Notre objectif, c’est le titre. Même si cela s’annonce difficile, nous allons nous battre jusqu’au bout pour tenter d’arracher le titre. L’objectif est de terminer le plus haut possible au classement. Nous sommes aussi qualifiés en finale de Coupe de Roumanie (il a marqué le but décisif en demi-finale contre l’Universitatea Craiova ce jeudi, ndlr) et on vise aussi ce titre.

quels sont vos objectifs sur le plan personnel ?

R : mon objectif était clairement de jouer. Ma blessure au Levski m’a longtemps handicapé. J’avais besoin de retrouver le rythme, de jouer. Je profite de chaque entraînement, de chaque minute de jeu pour prendre du plaisir. Je sais que le reste – les buts, les passes décisives, les dribbles, les actions – viendra naturellement. Ça commence à venir. Le plus important pour moi, c’était de revenir à 100% physiquement et d’avoir du temps de jeu.

Tenté par la Ligue 1
quel bilan dressez-vous de votre carrière en Europe jusqu’à présent ?

R : je suis content et fier de ma carrière ici. Tout ce que j’ai réussi à construire en Europe, ma réputation ici en Roumanie par exemple, je ne le dois qu’à moi, à mon football. Je n’ai jamais eu besoin de mon père. Je ne lui ai jamais demandé de contact, de faveur. Tout ce que j’ai fait, c’est grâce à moi, et j’en suis très fier.

qu’est-ce qui n’a pas marché à Boavista, lors de votre arrivée en Europe ?

R : c’est vraiment dommage. J’étais vraiment bien au Brésil, à Mogi Mirim, en deuxième division. J’avais même plusieurs offres de clubs importants au pays. J’ai préféré rejoindre l’Europe. Seulement, je ne savais pas que le club était en pleine reconstruction, qu’il se battait pour ne pas descendre. Dans mon esprit, je rejoignais la quatrième puissance du football portugais. Mais ce n’était plus le cas. Moi, j’étais jeune, ambitieux, je voulais jouer. Mais comme le club était en difficulté, que j’avais un contrat de longue durée, ils ne m’ont pas fait jouer tout de suite. Mais j’ai perdu patience parce que je voulais jouer comme je le faisais au Brésil, où je figurais parmi les 10 révélations de la deuxième division. Mais je ne regrette pas et je souhaite le succès du club.

que retenez-vous de votre passage au Levski ?

R : le Levski a été important pour moi. Il m’a tendu la main à un moment compliqué pour moi, puisque j’étais blessé. Je suis reconnaissant envers eux. Le public est spectaculaire, la ville est magnifique. Je suis toujours sous contrat avec eux.

après le Portugal, la Roumanie, la Bulgarie, seriez-vous tenté par une expérience en France ?

R : évidemment ! Ce serait un rêve de jouer en France. J’ai très envie d’apprendre le français avec ma femme. La Ligue 1 me fait très envie, le pays aussi. À moi de faire un bon travail pour que les portes du football français s’ouvrent. Il y a déjà eu des possibilités, des rumeurs, mais je n’ai jamais reçu de propositions concrètes, je ne sais jusqu’où ça avait été. Mais tout le monde aimerait jouer en France. Je suis un peu la L1. Le PSG domine, grâce à sa puissance financière et ses stars. Monaco n’est pas bon cette saison, mais reste un grand club. Il y a aussi l’Olympique de Marseille, l’Olympique Lyonnais, Bordeaux. Il y a beaucoup de grands clubs en France.

Au nom du père
FM : parlons un peu de la pression du nom. Avez-vous trouvé cela difficile à supporter depuis le début de votre carrière ?

R : c’était compliqué à gérer lorsque j’étais jeune. Cette pression liée aux comparaisons incessantes était pesante. « Il ne fera pas la moitié de ce que son père a réalisé », « il n’est pas aussi bon que son père », « ce n’est pas possible, ce n’est pas son fils ». Tout ce que j’ai entendu me touchait lorsque j’avais 15-16 ans. Maintenant, je n’y fais plus du tout attention. Plus du tout. Je sais que je suis totalement différent de lui. Il est Rivaldo, je suis Rivaldinho. Je dois écrire mon histoire, la sienne est déjà légende. Il n’y aura plus de Rivaldo. Un joueur comme ça, il y en a un tous les 100 ans, c’est la même chose pour Messi, Ronaldo, Hagi, et tant d’autres. Je cherche à faire ma place.

avez-vous toujours voulu être footballeur ?

R : oui, j’ai toujours rêvé de cette carrière. J’ai grandi dans ce milieu. J’allais aux entraînements avec mon père, dans les vestiaires, dans les stades. Voir sa joie après un but, entendre le public scander son nom, tout ça m’a donné envie de vivre les mêmes émotions à mon tour. J’ai toujours voulu connaître ça, être footballeur. Mon père ne m’a jamais forcé la main. C’est une envie personnelle profonde.

votre père vous a-t-il toujours soutenu dans ce choix ?

R : oui, toujours. Il m’a toujours bien rappelé que les études étaient le plus important. Il m’a aussi dit que si je voulais vraiment suivre cette voie, il me soutiendrait toujours et m’aiderait en tout ce qu’il pourrait, me donnerait des conseils, m’entraînerait. Je me souviens de nos entraînements, à la maison, sur notre terrain chez nous, on jouait sans s’arrêter. Il m’a beaucoup aidé.

vous avez joué ensemble et marqué au cours du même match avec Mogi Mirim, en 2015 (Rivaldo avait 43 ans, Rivaldinho 19 ans), contre Macaé (3-1). Quel souvenir en gardez-vous ?

R : c’est jusqu’à présent le meilleur souvenir de ma carrière professionnelle. Il restera à jamais gravé dans ma mémoire. Tout le monde rêve de jouer avec son père, pour s’amuser, pour un match amical, entre amis, de faire un une-deux avec lui. Moi, j’ai réussi à vivre ça, en match officiel, en championnat au Brésil. En plus, j’avais réussi un doublé et il avait marqué lui aussi. On a pu célébrer tout cela ensemble, face à notre public, dans un stade qui porte le nom de mon grand-père. C’était un moment marquant, je remercie Dieu de m’avoir donné la chance de jouer avec le meilleur n° 10 de la Seleção que j’ai vu jouer.

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