États-Unis : John Walker Lindh, le « Taliban américain », libéré après 17 ans de prison

Le « Taliban américain », John Walker Lindh, retrouve jeudi la liberté après dix-sept ans passés en prison. Mais des élus s’inquiètent, estimant qu’il n’a pas renoncé à l’idéologie extrémiste qui l’a menée en Afghanistan.

Capturé fin novembre 2001 lors de l’offensive militaire menée par les États-Unis – après les attentats du 11-Septembre –, le « Taliban américain », âgé de 38 ans, quitte jeudi 23 mai, la prison de haute sécurité de Terre Haute, dans l’Indiana. Ce, alors que l’Afghanistan est toujours en proie à des combats quotidiens entre l’armée et les insurgés talibans.

Né dans une famille catholique, John Walker Lindh s’est converti à l’islam à l’adolescence, qu’il a passée près de San Francisco, en Californie. Parti au Yémen à 17 ans, en 1998, pour y étudier l’arabe, il s’est ensuite rendu au Pakistan puis a rejoint les Taliban en Afghanistan en 2001, quatre mois avant le 11-Septembre, pour, selon lui, lutter contre l’Alliance du Nord du commandant Massoud.

Là, il avait passé plusieurs semaines dans un camp d’entraînement d’Al-Qaïda pour s’initier au maniement des armes et des explosifs. Après sa capture, il avait été détenu avec d’autres Taliban dans une prison près de Mazar-i-Sharif. Le jeune homme avait alors été interrogé par un agent d’une unité d’élite de la CIA, Johnny Spann. Celui-ci avait été tué peu après lors d’une émeute de prisonniers, devenant le premier Américain mort dans la « guerre contre le terrorisme » lancée par George W. Bush.

Il « continue à prôner la guerre sainte mondiale »

Blessé lors de l’émeute, John Walker Lindh avait été renvoyé aux États-Unis pour y être jugé et avait été condamné à vingt ans de prison en octobre 2002. Affirmant n’avoir pas pris les armes contre son propre pays, il avait plaidé coupable d’avoir « rendu des services aux Taliban », et combattu armes à la main aux côtés des insurgés.

À la fin de son procès, il avait admis avoir fait « une erreur » en rejoignant les combattants islamistes et condamné « sans ambiguïté » le terrorisme. Selon Karen Greenberg, directrice du centre pour la sécurité nationale à l’université Fordham, le condamné a « dédié ses années de prison à l’étude des textes islamiques ».

Mais en 2017, la revue Foreign Policy avait cité un rapport du Centre national anti-terroriste affirmant qu’en mars 2016, il « continuait à prôner la guerre sainte mondiale et écrire ainsi que traduire des textes extrémistes violents ».

Alexander Meleagrou-Hitchens, spécialiste de l’extrémisme à l’université George Washington, souligne, dans un rapport de 2018, qu’il était devenu « proche d’Ahmad Musa Jibril, le plus influent des prédicateurs salafo-jihadistes américains vivants », quand celui-ci avait été incarcéré à Terre Haute entre 2005 et 2012.

Selon les informations du média américain NBC mercredi, John Walker Lindh aurait déclaré, dans une lettre écrite à la main en février 2015 en réponse aux questions d’un journaliste, que l’organisation État islamique faisait un « travail incroyable ».

Une remise en liberté assortie de conditions strictes

Sa remise en liberté anticipée, pour bonne conduite, est assortie de conditions strictes pendant une période de trois ans. Ses activités sur Internet seront notamment surveillées en permanence ; il ne pourra pas communiquer en ligne dans une autre langue que l’anglais sans permission, et ne pourra pas entrer en contact avec des extrémistes ou consulter « des contenus véhiculant extrémisme ou opinions terroristes ».

John Walker Lindh, qui a obtenu en 2013 la nationalité irlandaise, ne pourra pas non plus voyager à l’étranger sans autorisation d’un juge. Ses avocats et sa famille sont restés silencieux sur son avenir une fois libéré.

Mais des élus américains considèrent que l’ex-combattant islamiste reste une menace pour la société, et s’inquiètent de l’absence de programme fédéral de surveillance pour empêcher les anciens condamnés de renouer avec la violence extrémiste.

Alison Spann, la fille de l’agent de la CIA tué en 2001, a demandé à Donald Trump de bloquer sa libération anticipée, estimant qu’il « n’est pas un prisonnier repenti ». « Le combattant américain d’Al-Qaïda devrait purger toute sa peine, qui n’est pas comparable à celle que vivent de nombreuses familles qui ont payé le prix de la lutte contre le terrorisme des radicaux islamiques », a-t-elle écrit dans une lettre au président.

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