Franck Timis, un chasseur-prédateur qui utilise des poissons pilotes

Dans les capitales africaines, il est reçu en grande pompe. Les politiques voient en lui celui qu’il faut à la réalisation d’infrastructures, mais aussi un personnage indispensable aux douteuses négociations en cours chez certains dirigeants.

Cet article a été écrit il y a deux ans par notre éminent confrère Moustapha Sarr Diagne, ancien du Soleil, du Témoin et de plusieurs autres publications. Le texte était destiné à un magazine qui, pour diverses raisons, n’avait pu paraître. Il a été légèrement retouché par nos soins pour rester collé à l’air du temps. Nous le publions in extenso afin que nos lecteurs se fassent une idée de la personnalité de Frank Timis et dans la gueule de quel loup Aliou Sall est allé s’engouffrer.

Au Sénégal où il a réussi à obtenir des intérêts importants sur les réserves pétrolières, Franck Timis s’est d’abord servi de l’architecte Pierre Goudiaby Atépa, rendu célèbre pour ses relations avec les milieux d’affaires africains, afin d’accéder au bureau de l’ex-président de la République, Abdoulaye Wade. Il ne s’est pas arrêté en si bon chemin. L’homme d’affaires roumain s’est ensuite acoquiné avec l’ancien ministre de l’Énergie, Samuel Sarr, connu pour s’être occupé de la gestion des avoirs du Président Wade. Il a même poussé la virtuosité dans la gestion de son capital relationnel jusqu’à se faire conseiller par Djibril Amadou Kanouté qui fut un ancien directeur de la société Pétrosen. Si aujourd’hui il a réussi à créer dans ce pays une filiale de sa société Pétrotim limited du nom de Petro Tim Sénégal, le requin des mers du Sud le doit essentiellement au frère de l’actuel président du Sénégal, Aliou Sall.

L’anecdote officielle veut que les deux hommes se soient connus et aient tissé des relations d’amitié et d’affaires en Chine au moment où le frère du président de la République était en poste à l’ambassade du Sénégal à Pékin. La Chine, bien entendu, est le pays de tous les possibles et il est bien possible que l’anecdote soit vraie. Toutefois, aujourd’hui, ce qui est à noter est que Aliou Sall, le frère du président de la République, accusé par l’ancien président de la République Abdoulaye Wade d’être actionnaire à 30 % de Petro Tim Sénégal, a tout nié en bloc. Il rétorque qu’il n’est qu’un simple administrateur de cette société. A une certaine époque une enquête avait été ouverte par l’Ofnac, l’Office national de Lutte contre la Fraude et la Corruption du Sénégal, sur cette affaire. Cette enquête a valu son poste à Nafy Ngom Keita qui est aujourd’hui pointée du doigt par le camp du pouvoir comme étant la taupe qui a organisé la fuite sur le rapport de l’IGE concernant cette affaire (Ndlr, rappelons-le, encore une fois, cet article date d’il y a deux ans !).

Franck Timis entre par effraction en Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, c’est comme par effraction que Franck Timis a été introduit chez le président Alassane Ouattara. Le chef de l’État ivoirien regrette fort aujourd’hui d’avoir serré la main du sulfureux homme d’affaires australo-roumain. Pourtant, il fut bien et très bien adoubé sur les rives de la lagune Ebrié par deux personnalités très proches du Président Ouattara. Le premier est Mamadou Diané, conseiller du Président Ouattara, et le second est Sidya Touré, un Guinéo-ivoirien qui fut directeur de cabinet d’Alassane Dramane Ouattara alors Premier ministre d’Houphouët-Boigny entre 1989 et 1990. Sidya Touré est un ancien Premier ministre de la République de Guinée de 1996 à 1999 et candidat arrivé en troisième position à l’élection présidentielle de ce pays en 2010. Comment l’Australoroumain a-t-il fait pour mystifier un tel aréopage ? Quelles sont les ressources de sa force de persuasion ? Le mystère demeure entier. A moins qu’il ne se trouve dans cette ligne bizarre qui figure sur sa carte de visite. Une carte sur laquelle il est inscrit : « Pétrolier, spécialisé dans les infrastructures ferroviaires ». Ayant obtenu des concessions de mines et des permis de recherche pétrolière dans ce pays, Franck Timis a traîné le pas pendant deux ans sans qu’un seul coup de pioche n’ait été donné parce que les Chinois sur lesquels il misait en subodorant qu’il était constructeur de chemins de fer n’ont pas voulu se faire berner une seconde fois. La première fois, c’était en Sierra Leone où il devait construire une ligne ferroviaire mais pas un seul décamètre de rail n’avait été posé par lui dans ce pays. C’est au retour d’un sommet Union européenne – Afrique que le Premier ministre ivoirien d’alors, Daniel Kablan Ducan, renseigné par les Chinois de leurs réticences à collaborer avec Franck Timis, a rendu compte au Président Alassane Ouattara. Ce dernier est alors entré dans une colère noire non seulement contre le facétieux homme d’affaires mais aussi contre les deux entremetteurs qu’étaient Mamadou Diané et Sidya Touré.

Un vrai passe-muraille

Cet épisode est illustratif des pratiques de Franck Timis en Afrique de l’Ouest. Franck Timis est un homme qui nage entre plusieurs eaux. Un vrai passe-muraille. Il passe sans coup férir du monde select de la finance de la City londonienne à l’exploitation minière dans les forêts exubérantes de la Sierra Leone ou dans la savane burkinabè pour ensuite plonger dans les eaux profondes de la recherche pétrolière dans les côtes sénégalaises, guinéennes et ivoiriennes. Dans les capitales africaines, il est reçu en grande pompe. Les politiques, trop pressés de faire des affaires douteuses, voient en lui l’homme providentiel. Celui qui va apporter les capitaux nécessaires à la réalisation d’infrastructures mais indispensables aux douteuses négociations dont sont friands certains dirigeants africains. Franck Timis sait faire actionner les jetons clinquants et trébuchants. Il ouvre les portes les plus étanches avec cette clé magique. Dès qu’il débarque d’un de ses deux jets privés, des «Bombardier Challenger 604», les autorités lui déroulent le tapis rouge avec un enthousiasme immodéré. Celui que l’on considère comme l’associé de la très prestigieuse banque, la J.P. Morgan, a tous les égards. On le voit souvent faire quelques pas au Radisson Blu de Dakar ou s’installer dans les restaurants huppés du Plateau à côté de l’immeuble Teylium où il a ses quartiers à Abidjan en compagnie de l’Anglais Guy Blakeney, son directeur du développement, et d’Alexander Fairbairn, son directeur opérationnel. Ayant définitivement quitté son Australie d’adoption, il a posé ses valises à Londres.

Certainement pour plus de fluidité dans ses transactions. Il possède une douzaine de sociétés à travers le monde aussi bien celles qui sont cotées à la bourse de Londres que celle qui se cachent dans les paradis fiscaux. Cela n’a pas été un hasard qu’il ait été cité dans l’Affaire des Panama papers. Parmi les sociétés les plus importantes de son vaste empire, on peut citer la Pan African Minerals qui est sa propriété exclusive. Elle possède des filiales au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et en Guinée. Il détient aussi un joli paquet d’actions (entre 12 et 13 % selon diverses sources) dans la société African Minerals Limited cotée à la bourse de Londres. L’African Minerals Limited fut sa première affaire en Afrique de l’Ouest, c’est elle qui mena ses opérations en Sierra Leone, notamment l’exploitation des mines de diamants et de fer de Tonkolili. Le dernier grand pilier de son empire est l’African Petroleum côtée à la fois à la bourse australienne et à la bourse d’Oslo. L’African Petroleum détient les concessions sur huit blocs pétroliers offshore au Liberia, en Sierra Leone, au Sénégal et en Côte d’Ivoire (deux blocs dans chacun de ces pays), deux autres étant en contentieux avec l’État gambien. Ceci sans compter les sociétés cachées ou d’autres comme Petro Tim qui possède une filiale au Sénégal avec comme associé principal, Aliou Sall, le frère bien aimé du président de la République.

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