Griezmann : encore une bonne idée pour le Barça ?

Samedi, l’Atlético abattra au Nou sa dernière carte dans la course au titre. Avec dans ses rangs Antoine Griezmann, vedette du feuilleton mercato de l’été passé entre les deux clubs. Avant le méli-melo de La Decisión, les pop-corns et le « se queda », nous nous étions posé la question du bien fondé d’un Griezmann Blaugrana. Un an plus tard, alors que les rumeurs vont reprendre du service, le débat reste le même. L’occasion de déterrer un vieux papier toujours autant d’actualité.

C’était il y a un an. Le dossier paraissait ficelé à triple noeud, les dirigeants barcelonais affichaient une sérénité, qui, a posteriori, fleure bon le ridicule. Mais Griezmann a rempilé à l’ATM. Depuis, l’effectif du Barça a changé mais n’a connu aucune révolution, notamment dans le domaine offensif. Alors que l’après-Suarez est toujours en question, Dembélé siège trop souvent à l’infirmerie, Malcomtrop souvent en tribune, et Coutinho semble traîner un spleen difficilement curable. Le tout dans une équipe ultra dépendante de Messi. Les perspectives au milieu, avec l’émergence d’Arthur et l’arrivée prochaine de De Jong, ne change pas l’équation : le Barça cherche un attaquant pour la saison prochaine. Qui pourrait être Luka Jovic. Mais qui pourrait aussi être un Champion du Monde porteur du numéro 7… Au-delà du rejet lié aux épisodes de La Decisión que peuvent ressentir certains culés, on parle toujours d’un crack mondial. Un joueur au profil très complet, qui impacterait profondément les contours du jeu de l’équipe. Beaucoup plus qu’un simple attaquant, donc.

Griezmann, une usine à futbol

Si les suiveurs culés déplorent la disparition progressive dans l’effectif de joueurs qui respirent le foot (XaviIniesta…), ils n’auraient d’autre choix que de se réjouir de la venue du Madrilène. Joueur « Espagnol » au sens le plus appréciable du terme lorsqu’il s’agit de respecter le ballon, Griezmannpue le jeu. Littéralement. Sa classe saute aux yeux à chacune de ses apparitions et le Mâconnais se montre très souvent hyper décisif dans les matches couperets, en témoignent son Europa League et sa Coupe du Monde en 2018 (c’est moins vrai sur le match retour à Turin il y a quelques semaines). Griezmann est un footballeur total, au-dessus du lot techniquement, incroyablement juste dans ses prises de décision, il complète sa panoplie avec un sens du but implacable et une implication défensive plus qu’appréciable. Sa capacité à combiner dans les petits espaces ferait merveille, ce qui trancherait nettement avec les déficiences de Suarez dans cet exercice.

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Pour les simples amoureux du jeu, sans appartenance particulière à des maillots ou des couleurs, l’arrivée de Griezmann à Barcelone serait une bénédiction. Enfin, le Français pourrait exprimer son talent dans une équipe qui attaque tout le temps, et pas de façon sporadique comme le faisait l’Atlético de Madrid. Grizzi dans une équipe amie avec le ballon. Enfin. Sourire ultrabright.

Statistiquement, il est relativement difficile de comparer l’attaquant de l’ATM avec Suarez ou Messi, de par la nature opposée des équipes. Griezmann est le leader offensif d’une équipe qui plafonne régulièrement en Liga autour de la barre des 70 buts par saison (seulement 58 en 2017-18, 45 pour la saison en cours). Et qui se contente souvent de gérer son 1-0. Le FCB lui, explose presque chaque année la barre des 100 (sauf la saison dernière où 99 buts ont été inscrits). S’il faut jeter un œil sur les chiffres, on doit alors considérer, plus que le total brut, la proportion que représente le joueur par rapport à la production globale de l’équipe.

Statistiques en Liga de Griezmann sur les 5 dernières saisons. Il représente toujours un tiers des buts et 20% des passes déc environ(infos : Understat.com)

Pour faire simple, « Toine » pèse 20 buts par saison depuis qu’il porte le maillot Colchonero. Il représente un tiers du potentiel but de son équipe (pour un quart des Expected Goals, ce qui souligne son efficacité devant la cage). Pour ce qui est des passes décisives, le Français, mise à part sa première saison au Calderon, a toujours valu entre 10 et 20% du total de sa team. Si l’on s’en tient à la comparaison brute des statistiques, Griezmann n’apparaît pas immédiatement comme une énorme plus-value. Messi et Suarez empilent but et passes déc’ depuis des années, même si l’Uruguayen est en perte d’efficacité sur la dernière saison.

Les chiffres de Messi et Suarez en Liga, avec le Barça, sur les 5 dernières saisons. Ils représentent respectivement un tiers et un quart des buts marqués, pour environ 20% chacun des passes déc’ (source understat.com).

Comme nous l’avons déjà exposé, nous pensons que Suarez doit voir son avenir se dessiner sur le banc du Barça, laissant sa place de starter au Colchonero. Les chiffres en Liga n’appuient pas suffisamment cette théorie ? La Coupe d’Europe prouve le contraire. Alors que Luisito peine à faire la diff’ sur la scène continentale, Griezmann ne tremble pas à l’heure de crucifier Neuer ou de décider de l’issue d’une finale chez Jean-Michel Aulas.

L’impossibilité d’un 4-3-3 positionnel

D’un point de vue froidement arithmétique, Griezmann viendrait s’additionner à un secteur offensif déjà pourvu de MessiSuarezCoutinho, Malcom et Dembélé. Ce qui fait six larrons pour trois strapontins, suivant le système qu’Ernesto Valverde choisira. Après une première année durant laquelle le 4-4-2 du mister aura été largement décrié, le Txingurri est revenu au 4-3-3. L’appétence de Messi pour sa liberté totale de déplacements oblige son coach à considérer un système dans lequel l’Argentin occupe une position axiale. Imaginer un 4-3-3 avec D10S exilé dans un rôle d’ailier est donc une vue de l’esprit (même en considérant qu’il jouerait à l’intérieur avec un latéral qui mange la ligne derrière lui…). Griezmann possède les mêmes caractéristiques que Leo, et donc, mécaniquement, cela n’a pas de sens de l’imaginer posté sur un côté. À moins qu’il soit capable de faire évoluer son registre pour devenir un 9 de surface. Mais on l’imagine quand même mal se priver de sa liberté de mouvement. De plus, cette saison le Barça a souvent fait face à des défenses à trois centraux, au milieu desquelles seul Suarez pesait. On peut imaginer que ce rôle ingrat ne siée pas plus que ça à Grizzi.

Dans la conception Cruyffiste ou Guardioliste d’un 4-3-3 dans un jeu de position, les ailiers collent la ligne, et attendent que le reste de l’équipe les mettent en situation de un-contre-un pour faire des différences. La Pulga et la Grize ne sont clairement pas des joueurs pour ce boulot, qui semble plus taillé pour Dembélé et Malcom, voire dans une moindre mesure pour Coutinho.

Les deux versions de ce à quoi le Barça pourrait ressembler en 4-3-3. Des positionnements excentrés qui ne correspondent pas au profil de Griezmann et Messi, et qui réduiraient leur influence sur le jeu (sharemytactics.com)

Si le Barça 2018-2019 veut persister avec un 4-3-3 comme système de référence, on voit difficilement Griezmann s’insérer ailleurs que dans le rôle de numéro 9, avec les incertitudes que cela implique. D’un autre côté, avec le Français dans le onze, c’est l’assurance d’avoir un jugón supplémentaire, à associer à Messi, Arthur, Busquets, De Jong voire Coutinho. Et donc peut-être le retour à un football plus léché.

Un 4-4-2 de jugones

Si Griezmann et Messi font partie de l’effectif l’an prochain, ils seront évidemment titulaires, et Valverde devra construire son équipe autour du duo, histoire de le mettre dans les meilleures conditions, de lui permettre d’avoir une influence maximale, sur le jeu de l’équipe et sur la cage adverse. Donc le Txingurri n’aura pas vraiment d’autre option que d’octroyer à Leo et Antoine un positionnement axial et un important degré de liberté. Le 4-4-2 sur lequel le Barça s’est appuyé l’an dernier semble une base solide sur laquelle tisser la toile de l’équipe à venir. Numériquement, Griezmann remplacerait Suarez. Un « petit » changement qui bouleverserait le champ des possibles, tant le Français offrirait d’alternatives.

Composition possible en 4-4-2. Griezman remplace numériquement Suarez par rapport à l’équipe qui a fini la saison (sharemytactics.com).

Messi et Griezmann se ressemblent. Beaucoup. Trop ? On a souvent dit que la meilleure chose qui pourrait arriver au Barça, ce serait d’avoir plusieurs Messi… Alors si on peut en aligner deux en même temps, ne nous gênons pas. Tous deux capables d’occuper la pointe comme de décrocher pour organiser le jeu, ils auront la possibilité de permuter les positions, l’un plus avancé que l’autre, tout au long de la partie. Certes, cette perspective peut avoir le défaut d’un manque de poids et de fixation dans la surface, mais en cas de besoin, Suarez pourrait toujours sortir du banc. A l’inverse, en termes de combinaisons, de jeu dans le petit périmètre, l’association entre les deux cracks a de quoi faire saliver. Surtout si l’on imagine Coutinho, lui aussi un remarquable manieur de ballon et un QI foot élevé, s’immiscer dans la conversation. Aux capacités combinatoires de ce trio viendrait alors s’ajouter le pouvoir de déséquilibre, plus tranchant et vertical, de Dembélé sur le côté droit.

Tout au long d’un match, Messi et Griezmann auront la possibilité d’alterner leur position, l’un plus avancé (appui et finition), l‘autre en retrait (construction). L’équipe s’organisant alors dans ce qui ressemble à un 4-2-3-1 (sharemytactics.com).

Un retour à ce 4-4-2 serait certainement une bonne nouvelle pour Ousmane Dembélé. Mosquito a rarement été aussi à l’aise que lorsque Valverde a remis ce système en selle. Une configuration dans laquelle l’association Dembélé-Semedo fait des ravages. De l’autre côté, la connexion Coutinho-Albaest moins fluide, et Malcom, même s’il est plus à l’ase à droite, pourrait entrer dans la discussion. Le problème de ce schéma, c’est qu’il s’appuie sur un simple double pivot au milieu. Donc numériquement, sans Arthur, Busquets ou De Jong, pour ne citer qu’eux.

Mais les offensives pourraient aussi s’animer différement. On dit le Barça malade de ne plus posséder de cracks au milieu de terrain, mais les fuoriclasse offensifs dont on parle (MessiGriezmann) possèdent clairement un profil de numéro 10, ce sont des milieux de terrain dans l’âme. De la même façon qu’en 4-3-3 le falso 9 reviendrait vers le cœur du jeu pour laisser les ailiers plonger vers la surface, on peut imaginer que les deux attaquants axiaux viennent « fabriquer du foot » un cran plus bas pour laisser Couti (Malcom) et Ous aller percuter vers le but adverse. Très forts entre les lignes, Messi et Griez’ pourraient alors venir créer un carré de haute tenue avec les deux membres du double pivots, qui ont de forte chance d’avoir du toque plein les orteils.

Une variation de l’animation offensive : Messi et Griezmann descendent faire le jeu entre les lignes, et laissent l’espace dans leur dos aux ailiers pour attaquer la surface de réparation (sharemytactics.com).

Dans l’absolu, ce onze permet de créer à l’envi des situations de surnombre au milieu de terrain, mais aussi de poster des joueurs très haut près de la surface adverse. Les quatre joueurs offensifs pourraient très bien se retrouver tous au milieu ou tous en attaque, faisant passer le système d’un 4-2-4 à un 4-6-0. Forcément, cette perspective ravira les nostalgiques du fameux Barça-Santos en finale du Mondial des Clubs. La fameuse équipe qui ne comptait quasiment que des milieux…

Enfin, l’apport de Griezmann sera également prépondérant dans l’aspect défensif. On ne traverse pas cinq années de Cholismo sans que cela déteigne sur vous. Adepte de l’effort et de la participation aux tâches obscures, le Bourguignon saura s’y filer, dans le repli comme dans le pressing. Un des enjeux de ce 4-4-2 pour Valverde sera d’arriver à imposer plus de rigueur chez Coutinho et Dembélé, pour ne pas surexposer des latéraux qui-plus-est très attirés par la moitié de terrain adverse. Depuis plusieurs années, le Barça peut souffrir de la timide implication défensive de la paire Messi-Suarez. Il est trop pénalisant d’avoir deux joueurs qui ne défendent pas. Avec Griezmann, il n’y aurait que la Pulga qui serait affranchi des corvées. D’autant que le terrain couvert par le blondinet est assez exceptionnel pour un attaquant.

L’animation défénsive en 4-4-2 à plat. Coutinho et Dembélé devront assurer un repli, et Griezmann saura abattre un gros travail pour laisser Messi en dehors de ces considérations défensives (sharemytactics.com).

Plus de possibilités dans les rotations

Au delà de tout ce que pourra apporter Griezmann dans le jeu, sa venue va immanquablement donner plus de profondeur de banc aux Blaugrana. Avec lui, Suarez et Messi, dans l’éventualité du 4-4-2 que l’on vient d’évoquer, cela ferait trois joueurs pour deux places, et donc la possibilité d’effectuer de vraies rotations, Luisito étant à considérer comme plus qu’un simple remplaçant. Dans son parcours, Grizzi a prouvé qu’il était capable de s’associer avec différents types de joueur en pointe : pivot (Giroud, Diego Costa), profondeur (Gameiro, MBappé), fuyant (A. Correa). Il n’aura donc aucun mal à partager l’attaque avec le Charrua ou avec la Pulga. On connait la volonté de toujours jouer de Messi, et son côté indispensable pour son équipe. Gageons qu’avec Griezmann, les culéspourront voir D10S se reposer de temps en temps sans craindre une trop importante baisse de niveau.

Conclusion

Il y a d’abord la rancune, potentiellement tenace, des culés vis-à-vis d’un joueur qui a refusé de venir l’an dernier. Il y a le volet financier, son transfert serait « une bonne affaire » compte tenu du niveau du joueur, mais son salaire poserait probablement problème. Enfin, il y a les alternatives… À sortir le chéquier, ne vaut-il pas mieux chercher un profil plus pur de 9 de surface ? Un joueur plus jeune ? On pense évidemment à Jovic (dont on vous parlera d’ici peu…). Bref, tout un tas de raison qui font que la venue de Griezmann suscite bien moins d’enthousiasme que l’an dernier.

Mais il y a aussi la perspective de voir débarquer un Top 5 mondial, un mec qui suinte le ballon par tous les pores. La perspective de son association avec Messi fait toujours saliver. Dans la mouvance du rajeunissement de la plantilla, il serait un taulier bienvenu d’âge intermédiaire. Mais la solubilité de son profil dans le système en 4-3-3 de Valverde laisse planer un doute. Coutinho paraissait être taillé pour réussir à Barcelone mais son intégration n’a jamais vraiment réussi, on peut craindre la même chose concernant le joueur de l’Atlético. Griezmann, comme son président, annoncent qu’il sera encore Rojiblanco l’an prochain… Gageons qu’on n’a pas fini d’en entendre parler pour autant. Et d’imaginer Grizou dans la même équipe que D10S. Pour le coup, il pourrait manger tous les jours à la même table…

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