Haro sur la série « Maitresse d’un homme marié » : Rien d’autre qu’une «pornographie verbale »

 La série « Maitresse d’un homme marié » fait l’objet d’attaques et menaces de censure venant des religieux comme ceux de l’ONG Jamra ainsi que la Ligue Sénégalaise contre le tabac (LISTAB). Ces deux entités ont une mission d’alerte et de veille de la société. Ils se disent plus que jamais déterminés à faire face pour une censure de cette série. Quelques producteurs, réalisateurs sénégalais et religieux  joints par iGFM militent également dans ce sens.

Joint au téléphone, le secrétaire exécutif  l’ONG Jamra, Mame Mactar Gueye lance un appel pressant pour faire face aux usurpateurs et pourfendeurs de cette série.

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« Je voudrai préciser que l’Ong Jamra n’a nullement l’intention de s’ériger en tant que gendarme de la conscience de qui que se soit. D’ailleurs, ce sont les sénégalais qui comme tout le monde le sait sont des gens assez mûrs donc qui ne l’accepteront pas. Notre préoccupation, ce n’est pas les adultes, mais plutôt la frange la plus fragile de la société à savoir la jeunesse. Et personne n’a le droit de laisser nos enfants à la merci des dérives audiovisuelles qui finiront à la longue par leur inculquer des comportements déviants tels que les agressions sexuelles.

Personne n’a le droit de laisser nos enfants à la merci de ces producteurs de télé qui ne sont soucieux que de leur profit financier. Ce n’est pas la première fois que Jamra s’insurge contre de telle production. Au mois d’aout dernier, il y avait une chaine privée qui, à une heure de grande écoute, diffusait une série scandaleuse intitulée ‘’Confession érotique’’. Donc, le nom lui-même est déjà parlant malgré plusieurs interpellations. »

Il ajoute ensuite : « cette chaine a persisté dans son œuvre de destruction morale des enfants, alors nous avons, avec l’autorisation du préfet, organisé une marche le 19 aout 2000 dans les artères de la capitale pour protester. Et cette marche a été suivie d’un dépôt de mémorandum entre les mains du haut conseil de l’audiovisuel à l’époque Pape Babacar Kébé qui se référant à la loi 98-09 qui fixe les objectifs du CNRA avait procédé à l’interdiction pur et simple de cette série.

Donc pour le cas de la série ‘’Maitresse d’un homme marié’’, rien que le titre est scandaleux. Ils sont en train de normaliser le phénomène de la fornication et de l’adultère, et pire encore, dans la série, il y a un passage où une des actrices disait ‘’sama li mako mom kouma nékh lakoy diokh…’’ (Ndlr : mon sexe m’appartient, je le donne à qui je veux), c’est tout simplement de la pornographie verbale et c’est inacceptable pour nos enfants.

Sans compter, naturellement, la promotion de certaines contrevaleurs à l’instar du mensonge. Alors imaginez ces enfants qui sont comme des éponges absorbent tout venant des adultes. Ils finiront par considérer que l’adultère est normal et que le mensonge n’est pas grave.

Alors pour toutes ces raisons, nous nous sommes ligués avec le comité de défense des valeurs morales dirigé par l’honorable Serigne Bassirou Mbacké et qui comporte plusieurs associations pour déposer une plainte et d’ailleurs cette plainte est déjà déposée au bureau du Président du CNRA. Et nous l’avons à l’œil pour voir comment est-ce qu’il va réagir. Alors nous envisageons également une marche de protestation, mais pour l’instant nous le gardons en stand-by», a déclaré M. Mactar Guèye.

Djibril Wéllé, Listab – « Il y a de la pub indirecte du tabac dans cette série…c’est interdit »

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Déjà critiquée pour les obscénités diffusées, la série s’est également attirée les foudres de la Ligue Sénégalaise contre le tabac (LISTAB). Dans un passage, ils ont montré une actrice en train de fumer de la chicha. Un acte considéré comme une violation de la loi antitabac, selon  Djibril Wéllé.  En ces propos,  il conteste toute diffusion du genre.

« Nous avons constaté ces derniers temps que dans la diffusion des séries ‘’Pod et Marichou’’ et ‘’Maitresse d’un homme marié’’, il y a des publicités indirectes qui sont incluses dans la diffusion. Ce qui est interdit par la loi 2014 en son article 10-9. Sur ce, nous nous sommes dit que avant de faire la répression, il faut qu’on informe d’abord les personnes concernées. Et c’est ce qui nous a amené à envoyer des mises en demeure à certaines chaînes de télévision pour leur demander de cesser immédiatement la diffusion de la publicité indirecte sur la chicha qui sont des produits du tabac parce que les sanctions sont très lourdes et la loi est très claire, elles peuvent aller de 50 à 100 millions de F CFA. Et dans ce cas, c’est le canal de diffuseur qui va être sanctionné, c’est-à-dire la télé. Donc nous en tant que société civile, nous nous devons de jouer le rôle de veille et d’alerte, mais aussi de faire respecter la loi. Cependant, si notre demande n’est pas prise en compte, nous serons obligés de déposer une plainte.

Nous avons déjà constitué un pool d’avocats dirigé par Me Ndiogou Ndiaye et Me Pathé Ba qui sont aussi nos conseillers et qui nous accompagnent dans le combat que nous sommes en train de mener sur les actions justices. Donc que ce soit à la télé ou à la radio, il est interdit aujourd’hui par la loi anti-tabac de 2014, de faire passer de la publicité indirecte que ce soit de la cigarette électronique ou la promotion chicha qui est un phénomène nouveau et qui est très utilisé par les jeunes. Et je pense que des acteurs comme « Pod et Marichou » ou en tout cas les producteurs de Marodi.TV ne doivent pas promouvoir cette cigarette, car c’est des téléfilms qui sont très regardés par les sénégalais notamment les jeunes. Nous on se dit que c’est l’industrie du tabac qui est derrière et qui donne beaucoup d’argent à ces producteurs pour qu’ils fassent passer ces séances d’une à deux minutes de cigarette ou de chicha. Aujourd’hui, il y une quantité importante de chicha qui a été saisie dans des espaces publiques, donc ce qui veut dire que c’est interdit et les sanctions sont là», dixit-il.

Khadija, Réalisatrice de la série: « Pas de réaction pour l’instant »

Jointe au téléphone par IGFM, la réalisatrice de la série n’a pas voulu réagir : « Pour l’instant nous sommes à 12 épisodes sur une trentaine. Nous attendons la fin pour répondre à ces gens-là», ont-ils dit.

 Moussa Absa Sène : « Il faut une régulation, pour ne pas montrer n’importe quoi… »

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«Nous faisons un métier extrêmement important sur lequel il faut veiller en amont déjà, pour savoir exactement qu’est-ce qu’on tourne. Une forme de régulation qui permet de ne pas montrer n’importe quoi», observe Moussa Absa Sène, réalisateur.

Et pour la régulation, intervient Oumar Sall, Producteur de Cinékap, «il y a une démarche à suivre. Elle voudrait que si j’ai un programme de stocks à produire, je prends le scénario et je formule une demande écrite à la direction de la cinématographie ou au ministère de la culture. Ils analysent d’abord le scénario, pour savoir si cette production atteint les mœurs, perturbent l’ordre public, ou recèle d’autres types de caractères.»

Et de poursuivre : «Il y a ensuite la télé et le CNRA qui, grâce à leurs commissions de visionnage, trancheront sur la question très tôt. Si ces deux niveaux de contrôle sont faits en amont, on ne peut pas arriver à la censure. Parce que le programme sera censuré avant même d’être à l’antenne,» estime Oumar Sall.

Il suggère, en tant que producteur, une bonne collaboration entre les producteurs, l’Etat et les télés, afin d’éviter de tels problèmes à l’avenir.

Des modifications… mais pas la censure !

Moussa Absa Sène précise qu’en tant que «créateur, on est libre de faire ses choix de création.» N’étant pas pour la censure, il tient cependant à sonner l’alerte «en disant que nous sommes une jeune démocratie. Nous avons une société particulière avec ses attentes, ses contrastes, ses paradoxes, ses croyances.» Tout artiste qu’il est, il tient aux «valeurs de ‘Diom’, de Fulah, de Soutoura’,… qu’une certaine production audiovisuelle tente de battre en brèche.»

Moussa Sène souligne cependant que «choquer est un choix. Il y a des films très durs sur des sujets dits «tabous», mais qui ont permis d’éveiller une certaine réflexion. Parfois aussi il faut secouer le cocotier pour que les noix tombent.»

Ndiaga Fall : « La Censure, c’est trop dire… »

Jeune réalisateur, Ndiaga Fall trouve que la censure c’est trop dire : «Que l’on revoit certaines scènes, ainsi que le scénario pour voir comment l’améliorer. Retirer ce qui peut choquer et heurter,» propose-t-il. Ajoutant que cette série reflète beaucoup la société sénégalaise, «mais qu’il ne faudrait pas venir montrer tout ce qui se vit dans notre société sur la place publique.»

Khadidjatou Sow : « Nous n’avons l’habitude de voir à la télé des histoires comme ça… » Pour Khadidjatou Sow, réalisatrice, «nous (sénégalais, nldr) n’avons pas l’habitude de voir à la télé des histoires comme ça, jouées par des sénégalais. Mais tous les jours, on voit pire à la télé et ça ne semble déranger personne.» Et Khadidjatou de se questionner : «Pourquoi on ne fait pas face à ce qui existe ? Pourquoi on veut toujours cacher les choses ? En les cachant, les choses se passent en douce et puis un jour ça dégénère.» Ndiaga Fall et Khadidjatou Sow suggèrent que sur ce genre de productions l’on signale : «Interdit aux moins de 10, 12, 16 ou 18 ans,» comme on le fait souvent au cinéma. Après, ça n’engagera que la personne qui regardera. Oustaz Assane Seck « il faut penser à la pudeur » , Haro sur la série « Maitresse d’un homme marié » : Rien d’autre qu’une «pornographie verbale », www.igfm.sn Interpelé sur la série intitulé « maitresse d’un homme marié », l’islamologue Oustaz Assane Seck souligne qu’il y a des scènes obscènes dans cette série qu’il faut déplorer : « je trouve que le mensonge est mis en avant dans cette série car le mari passe tout son temps à mentir à sa femme et aussi des scènes obscènes et cela n’est pas un bon exemple pour les enfants », dixit Oustaz Assane Seck joint au téléphone par la Rédaction d’iGFM. Il ajoute « je la suis rarement, mais franchement il faut revoir certaines scènes car la plupart des séries sont suivies en famille et vraiment ce n’est pas beau de regarder des personnes s’embrasser devant les enfants cela met mal à l’aise et vraiment il faut savoir que ce pays est majoritairement musulman donc il faut de la pudeur ». Dossier, réalisé par Marième Sall, Monia Inakanyambo, Hawa Signaté et Khady Faye

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