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Huit journalistes convoqués par la DGSI, les protestations se multiplient

Six journalistes ont été convoqués ces dernières semaines par la Direction générale de la sécurité intérieure, et deux autres le sont la semaine prochaine. Des auditions libres qui suscitent des inquiétudes en France sur la « liberté d’informer ».

Après l’audition de trois journalistes par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) les 14 et 15 mai, deux nouvelles auditions sont prévues la semaine prochaine dans les locaux de Levallois-Perret, selon des communications du journal Le Monde et du média d’investigation Disclose, mercredi 22 mai.

Une journaliste de l’émission Quotidien a aussi révélé mercredi avoir été convoquée en février par les policiers de la DGSI. « C’était le 15 février, dans les locaux de la DGSI à Levallois-Perret, parce que je travaillais sur les ventes d’armes françaises à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis », a expliqué Valentine Oberti sur la chaîne TMC.

La journaliste a ajouté que l’ingénieur du son et la journaliste reporter d’images qui travaillent avec elle avaient eux aussi été convoqués, les 11 et 15 avril. Elle a dénoncé une procédure « d’intimidation », visant « clairement » à identifier leurs sources.

Ariane Chemin, qui a révélé l’affaire Benalla, aussi convoquée

Plus tôt dans la journée, le journal Le Monde a indiqué que sa grand reporter Ariane Chemin, qui a révélé l’affaire Benalla, était convoquée le 29 mai par la DGSI.

« Cette enquête vise (…) notamment nos informations sur le profil d’un sous-officier de l’armée de l’air, Chokri Wakrim, compagnon de l’ex-cheffe de la sécurité de Matignon, Marie-Élodie Poitout », explique le directeur de la rédaction, Luc Bronner, dans un éditorial. Chokri Wakrim était lié par un contrat de protection rapprochée avec un homme d’affaires russe, qui a conduit à l’ouverture d’une enquête pour « corruption », rappelle-t-il.

De source judiciaire, Ariane Chemin est convoquée dans le cadre d’une enquête ouverte pour « révélation de l’identité d’un membre des unités des forces spéciales ». Selon des sources concordantes, cette enquête fait suite à une plainte déposée mi-avril par Chokri Wakrim.

« La DGSI est aussi un service de police judiciaire qui a compétence pour conduire sous l’autorité de la justice les enquêtes relatives à la compromission du secret », fait-on valoir de source proche du dossier.

« L’intérêt public suppose de pouvoir enquêter sur les entourages et les liens entretenus par des collaborateurs de l’Élysée ou de Matignon, quels que soient leurs parcours antérieurs », défend Luc Bronner. Il estime que cette convocation « sous le statut d’une audition libre est d’autant plus préoccupante qu’elle suit une procédure similaire, utilisée très récemment à l’encontre d’autres journalistes ».

Un journaliste de Disclose va être entendu comme « témoin »

Mi-mai, trois journalistes ayant enquêté sur l’exportation d’armes françaises utilisées au Yémen – les fondateurs du média d’investigation Disclose, Geoffrey Livolsi et Mathias Destal, et un journaliste de Radio France, Benoît Collombat – ont été convoqués par les services secrets français, tous trois dénonçant une « tentative d’intimidation ».

>> À voir, l’interview de Mathias Destal : « Les ventes d’armes de la France, un angle mort démocratique »

Des convocations auxquelles s’ajoute une quatrième en tant que « témoin », celle du journaliste Michel Despratx, annoncée mercredi par Disclose, prévue le 28 mai. Le site dénonce « une nouvelle tentative du parquet de Paris de contourner la loi de 1881 sur la liberté de la presse et la protection des sources ».

« En tant que témoin, notre journaliste ne pourra pas être assisté d’un avocat. Il ne pourra pas non plus faire valoir le ‘droit au silence’. Mais en tant que journaliste, il pourra invoquer le secret des sources », précise le site.

« Le secret-défense ne saurait être opposé au droit à l’information »

Ces convocations passées et à venir ont suscité de multiples réactions. Un collectif d’une trentaine de sociétés des journalistes a déclaré mercredi que « le secret-défense ne saurait être opposé au droit à l’information, indispensable à un débat public digne de ce nom, ni servir d’épée de Damoclès pour dissuader les journalistes d’enquêter ».

Des syndicats de journalistes ont aussi donné de la voix, le SNJ-CGT dénonçant un « nouveau coup de canif insupportable contre le journalisme et la liberté d’informer » et la CFDT-Journalistes « une procédure dont le but inavoué est de faire taire les journalistes dans l’exercice de leur mission d’informer ».

Le Syndicat national des journalistes s’est, quant à lui, interrogé : « La DGSI va-t-elle se mettre à convoquer tous les journalistes qui révèlent des informations qui ne plaisent pas au pouvoir en place ? »

« Nul justiciable n’est en dehors de la loi », selon Sibeth Ndiaye

Ces convocations suscitent aussi des réactions politiques. Le porte-parole du Parti socialiste (PS), Boris Vallaud, s’est dit « très préoccupé de la multiplication de ce type de convocations », évoquant une « dérive inquiétante des pratiques du pouvoir ».

« Profondément attaché au droit des journalistes et au secret de leurs sources, qui sont les conditions d’exercice de leur métier, je tiens à exprimer mon inquiétude suite à la convocation d’Ariane Chemin », a réagi de son côté Jean-Pierre Sueur, corapporteur PS de la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla.

La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a défendu, pour sa part, « l’attachement de ce gouvernement à la liberté de la presse », ajoutant que « nul justiciable en France n’est en dehors de la loi », sans vouloir commenter spécifiquement le cas d’Ariane Chemin, se prévalant « d’une instruction judiciaire en cours ».

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