JARAAF: Louis Camara raconte les souvenir de la CAN 1965

Né en 1946 à Dakar, Louis Babacar Camara aura passé la quasi-totalité de sa carrière dans le championnat sénégalais, depuis les Espoirs de Dakar jusqu’au Jaraaf, où il arrête en 1974. Pensionnaire de la Tanière des Lions pendant plus d’une décennie, il garde un souvenir amer de l’épisode tunisien qui a vu le Sénégal privé de finale de CAN 1965 à cause d’une décision de la Caf. A égalité avec les Tunisiens, la Caf décida de les départager en privilégiant la défense au détriment de la meilleure attaque. Sur ce, Louis Camara revient pour nous sur ce scandale qui marquera à jamais le football sénégalais.

‘’Les subtilités de l’algèbre africaine‘’

‘’C’est sans nul doute l’affaire des subtilités de l’algèbre africaine, comme l’avait surnommé un grand journaliste sportif de l’époque, feu Alassane Ndiaye ‘’Alou’’. À la fin du deuxième match contre les Éthiopiens (5-1), où j’ai inscrit le premier but, nous étions persuadés de terminer premier de notre poule, devant la Tunisie qu’on avait tenue en échec (0-0), lors de notre premier match. Ces derniers, ensuite, ne s’étaient imposés que (4-0) face à l’Éthiopie. Même si nous savions que nous comptions le même goal différence avec les Aigles de Carthage (+4) dans ce mini-championnat de 3 équipes, nous pensions que la Confédération africaine de football (CAF) allait privilégier la meilleure attaque qui était le Sénégal (5 buts). Mais, à notre grande surprise, et sans doute pour plaire au pays organisateur, elle décida de changer le règlement en privilégiant la défense pour désigner le premier de la poule. Comme la Tunisie n’avait pas encaissé de buts, elle fut choisie pour jouer la finale contre le Ghana.

‘’Les joueurs avaient décidé de boycotter la suite de la compétition’’

‘’Devant ce scandale, les joueurs avaient décidé de boycotter la suite de la compétition, en refusant de jouer le match pour la troisième place contre la Côte d’Ivoire. Mais, le président Senghor, eu égard à ses relations personnelles avec le président tunisien Habib Bourguiba, nous a exhortés à faire ce match pour éviter un fiasco à l’organisation. Et, c’est seulement le matin du match que les gens s’étaient réunis pour se décider, conformément au vœu du président de la République.

‘’J’ai refusé de participer au match’’

Je pense qu’à cette époque, le président de la Caf, qui était un Éthiopien, ne voulait pas se fâcher contre le pays organisateur. Et comme le Sénégal était un petit Poucet et ne pesait pas lourd au sein des instances du football africain, il fut facile de l’écarter. Mais personnellement, face à cela, j’ai refusé de participer à ce match. En fin de compte, j’ai préféré rester sur le banc pour suivre la défaite de mes coéquipiers (2-1) face à la Côte d’Ivoire car j’étais meurtri par cette injustice.

‘’Nous étions la meilleure sélection’’

J’avais un sentiment de colère et d’amertume parce que je pense que nous étions la meilleure sélection, lors de cette compétition, malgré notre jeunesse. Notre cohésion venait des expériences partagées en sélections en juniors et au sein des championnats populaires dits ‘’Navétanes’’. Et tout ceci complété par un vrai fond de jeu. Je crois aussi que c’est une sorte d’occasion ratée pour cette belle génération de footballeurs sénégalais qui méritaient de jouer cette finale contre le champion en titre (Ghana).

‘’C’était une génération très talentueuse’’

Le groupe vivait bien avec des joueurs qui se comprenaient très bien sur le terrain comme en dehors. C’était une génération très talentueuse avec de très grandes individualités en la personne du gardien de but Toumani Diallo, Moustapha Dieng, Matar Niang et Oumar Guèye Samb, l’actuel Jaraaf de Ouakam. Tout ceci sous la direction des entraîneurs Habib Ba et Libasse Diop qui ont su orchestrer cette belle alchimie. Ces derniers, bien plus que des encadreurs, étaient des éducateurs chargés de nous initier sur le sentier de la vie.

‘’La star était le collectif’’

L’insouciance et l’enthousiasme qui ont trait à l’amateurisme étaient nos véritables forces. En effet, en dehors du football, la majeure partie de l’équipe suivait un cursus scolaire ou professionnelle; ce qui nous permettait de nous adapter aux défis tactiques que nous proposaient nos adversaires. Notre philosophie de jeu était d’attaquer, même s’il y avait d’énormes risques, car nous étions des adeptes du beau jeu. En outre, le fait d’être une vraie bande de copains nous a beaucoup aidés à bâtir un groupe soudé et collectif. Il n’y avait pas de véritable star dans l’équipe, parce que la star était le collectif.

‘’Le but de l’attaquant ghanéen Osei Koffi en finale’’

Hormis cette ‘histoire d’arithmétique’, l’autre fait qui m’a le plus marqué aura été le but de l’attaquant ghanéen Osei Koffi en finale. Après avoir inscrit le but décisif sur une frappe puissante de 25 mètres, Il avouera après, devant les journalistes, qu’il avait la sensation d’avoir tiré avec tout le Ghana pour loger le ballon dans les buts tunisiens. Ça c’est vraiment touchant.

‘’On a rapidement pris la tête en éliminatoires’’

Notre épopée a démarré la même année dans une poule qui comprenait le Mali, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. J’ai honoré ma première sélection contre le Mali lors des éliminatoires pour cette Can. Nos victoires successives sur eux et sur la Guinée nous ont permis de rapidement prendre la tête du groupe. Ensuite, il a fallu se défaire des Libériens et des Sierra-Léonais pour garantir notre ticket pour Tunis.

‘’On avait 25 000 francs comme prime de participation’’

Pour les besoins de la Can, on avait fait un stage de préparation de deux semaines au stade Iba Mar Diop et au CNEPS de Thiès avec 25 000 F Cfa comme prime de participation. Même si les conditions de préparation n’étaient pas des meilleures, nous étions motivés pour faire quelque chose en Afrique. A l’époque, nous vivions un rêve qui était de porter haut les couleurs de notre pays. On se préoccupait peu des primes et autres prestations financières qui étaient fixées à seulement 5000 F Cfa par jour.

‘’Pour réussir une Can, le talent seul ne suffit pas’’

Pour réussir une Can, le talent seul ne suffit pas. Car il faudrait la conjugaison de certains aspects comme l’expérience, la maturité dans le jeu pour mieux appréhender ce genre d’événement. Je pense qu’à l’époque, avec notre jeunesse, il nous était difficile d’apprivoiser ce genre de choses. Malgré tout, je reste convaincu qu’on nous pouvions aller jusqu’au bout de cette Can.

‘’J’ai marqué le premier but du Sénégal’’

Je pense avoir fait une bonne Coupe d’Afrique et c’est un immense honneur d’avoir marqué le premier but du Sénégal dans cette compétition contre l’Éthiopie. Et elle m’a permis de vivre une grande aventure footballistique et d’avoir eu la chance de découvrir le football de haut niveau à l’âge de vingt ans.

‘’Je suis issu des UASSU’’

J’ai débuté mon apprentissage au sein des UASSU avant de rejoindre les petites catégories du club Espoir de Dakar (1962-1966). Ensuite, je passe deux ans Jaraaf. En 1968, je signe un contrat professionnel de 2 ans au FC Nîmes (France), en compagnie de Jean-Michel Larqué, sous la direction d’Henri Michel. Deux ans après, je retourne au bercail dans la maison ‘’Vert et blanc’’ où je termine ma carrière pro, en même temps que la sélection nationale en 1974.’’

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