La revue de presse Afrique du 10 janvier

A la Une: la fin du suspense en RDC
Selon les résultats provisoires annoncés cette nuit par la Céni, le successeur de Joseph Kabila est donc Félix Tshisekedi. Le leader de l’UDPS recueille 38,57% des suffrages, devant l’autre opposant, Martin Fayulu (35,2%) et le candidat de la majorité présidentielle, Emmanuel Ramazani Shadary (23,8%).

« Fin du suspense en République démocratique du Congo ! », s’exclame le site d’information congolais 7 sur 7. « A 56 ans, Félix Tshisekedi va donc devenir, si les résultats sont confirmés par la Cour constitutionnelle, le 5ème président de l’histoire de la République démocratique du Congo. »

C’est donc une lourde défaite pour le pouvoir en place, le dauphin désigné de Kabila n’arrivant qu’à la troisième place, bien loin derrière les deux candidats de l’opposition. Toutefois, cette victoire de Félix Tshisekedi est un moindre mal pour le président sortant…

En effet, pointe 7 sur 7, « l’Union pour la démocratie et le progrès social avait reconnu avant-hier mardi un rapprochement entre son président, Félix Tshisekedi, et le chef de l’Etat, Joseph Kabila. Selon Jean-Marc Kabund, secrétaire général du parti, il s’agit bel et bien d’une démarche qui s’inscrit dans le cadre d’une réconciliation nationale qui « exclut, a-t-il dit, toute politique de règlement de comptes ou de chasse à l’homme ». »

Petits arrangements entre amis ?

Le site d’information Politico CD va plus loin en affirmant que Kabila, aux commandes, dans l’ombre de la Céni, « a tiré les ficelles pour quitter le pouvoir sans le perdre. »

Explication : « dimanche, les choses étaient suffisamment claires pour le pouvoir, rapporte Politico CD. D’après plusieurs sources, y compris à la Céni, une victoire d’Emmanuel Ramazani Shadary se tramait. […] Lundi, alors que la pression montait tant en RDC que du côté de la communauté internationale, Félix Tshisekedi entamait étrangement un rapprochement avec le pouvoir. Dans une interview à la presse belge, il déclarait quasiment sa flamme à Joseph Kabila. »

Et Politico CD de confirmer lui aussi le rapprochement opéré alors entre l’UDPS et le camp Kabila. Car « concrètement, poursuit le site, Joseph Kabila ne pouvait pas prendre le risque de faire gagner son dauphin, le pays aurait alors implosé. »

« Tout sauf Fayulu ! »

Une thèse reprise et commentée par le site Afrikarabia, spécialisé sur la RDC : « dans la majorité, une ligne rouge avait été tracée : tout sauf Fayulu. Les cadres du FCC et le président Kabila ne souhaitaient pas revoir venir dans le jeu politique les mentors du candidat de la coalition Lamuka, Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi. Félix Tshisekedi cochait donc toutes les cases. Issu de l’opposition, il apaiserait sans doute les tensions, surtout dans les rues, et pourrait composer avec le FCC et le président Kabila. »

Alors, poursuit Afrikarabia, « si la majorité présidentielle a perdu, Joseph Kabila restera dans l’ombre. Avec l’élection de Félix Tshisekedi, le pouvoir congolais sera clairement bicéphale. Avec un pouvoir faible à la présidence et un contre-pouvoir fort à la primature, à l’Assemblée et au Sénat, où le camp Kabila n’a pas dit son dernier mot. Le système économique et sécuritaire devrait rester aux mains de l’ex-président congolais qui a verrouillé toutes les administrations, la justice, la Cour constitutionnelle (en cas de litige post-électoral et il peut y en avoir), mais surtout la police, l’armée et les services de renseignements. »

Les vrais résultats ?

Du coup, s’interroge Wakat Séra au Burkina, « la Cenco, la conférence des évêques, et l’UA ont-elles eu gain de cause, elles qui ont demandé de publier les vrais résultats selon le vote du peuple ? Peut-être oui, peut-être non, répond le site burkinabè. En attendant le verdict définitif du Conseil constitutionnel, prévu pour au plus tard le 19 janvier avant le report des résultats provisoires, il faut souhaiter que les appels des leaders religieux et de l’UA invitant les perdants au fair-play et les populations à la retenue pour éviter les violences portent leurs fruits. Sinon c’est une crise postélectorale dont on ignore l’envergure qui se profile à l’horizon. Pour l’instant, et sauf revirement, conclut Wakat Séra, la RDC vient d’entrer dans une nouvelle ère qui, il faut l’espérer, porte les fruits d’un processus démocratique qui a longtemps titubé. »

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