Le 535 : Une vision amputée des écosystèmes marins, fluviaux, lacustres et insulaires et de leur importance socio-économique, culturelle et environnementale(Par Amadou Ibra Niang)

En regardant de très près les cinq initiatives dites fortes, les trois programmes nationaux et les cinq accès universels, j’ai remarqué que quelque chose d’important a été omis. Il s’agit de la mer, des fleuves, des lacs, des marigots et des îles qui peuvent être considérés comme étant des écosystèmes ayant des caractéristiques spécifiques et dont l’importance écologique, économique, culturelle et sociale n’est pas à démontrer.

J’ai essayé de voir où est-ce que cet aspect peut être inséré dans le 535. Il est vrai que certains éléments peuvent aller dans zéro déchet, PSE vert, PSE cap sur l’industrialisation, PSE économie sociale et solidaire avec une reformulation du contenu de ces composantes. Toutefois, cette dissémination des différents éléments   va faire perdre le caractère unique de ces écosystèmes et ne permet pas de développer des approches et des actions cohérentes qui permettront d’optimiser leur fonctionnement pour le bien-être durable des populations concernées.

Des études récentes ont montré que la mer, les fleuves, les lacs, les marigots et les îles représentent approximativement 20 % de la superficie du Sénégal. La proportion de la population résidente dans les 171 communes traversées ou touchées par ces eaux de surface est estimée à 35% en 2019.

La pêche industrielle et artisanale combinée fournit approximativement 600 000 emplois (17 % de la population active), 47 % des protéines produites dans le pays (70 % des besoins protéiques de la population) et contribue également à près de 40 % de la valeur des exportations.

Ces écosystèmes sont très vulnérables au changement climatique avec des conséquences potentiellement catastrophiques sur l’érosion des côtes et des berges. Ce qui place le Sénégal au 8e et 45e rang des pays les plus vulnérable à l’échelle mondiale selon différentes études.

Si le PSE vert peut couvrir une partie des interventions relatives à la protection des côtes et des berges, il faut toutefois, une politique audacieuse et des actions cohérentes et concertées de préservation, réhabilitation et revitalisation pour renverser les processus de dégradation et assurer un développement  durable de ces écosystèmes marins, fluviaux, lacustres et insulaires qui sont fortement menacés.

 Il est heureux de constater que le PAP 2 aborde cette problématique avec son Objectif stratégique 10, mais avec une forte coloration végétale.

Il est vrai que le PSE vert s’inspire fortement de l’ODD 15 (préservation et restauration des écosystèmes terrestres) qui est d’une importance capitale pour le développement durable de notre pays. Mais dans  les pays côtiers comme le Senegal   cet objectif n’est que le prolongement de l’ODD 14 (préservation et valorisation des océans et des mers) et tous les deux doivent être  abordés d’une façon complémentaire   dans le cadre de la formulation des politiques de développement durable aussi bien au niveau national qu’infranational.

Pour conclure, je pense que le 535 devrait être enrichi avec des éléments du PAP 2 en gardant l’œil sur les ODD 14 et 15  pour faire ressortir la quintessence de la politique gouvernementale dans ces domaines. Si pour des raisons de marketing ou autres, on doit garder les mêmes chiffres impairs, il serait approprié de revoir « le PSE vert » en le rebaptisant « le PSE environnemental » en tenant compte des différentes facettes de la conservation des ressources naturelles.

Amadou Ibra Niang

Dg d’Afrik innovations

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