Le Barça s’est-il renié ? “Avec Xavi et Iniesta, il y avait un bug sur mille actions, maintenant…”

Dans une forme resplendissante au niveau des résultats, le Barça d’Ernesto Valverde reçoit l’OL en 8e de finale retour dans une situation paradoxale. Encore en course pour un fantastique triplé, la troupe d’Ernesto Valverde n’a jamais aussi peu séduit en terme de jeu. Diagnostic du mal catalan avec Raynald Denoueix.

C’était il y a dix ans. Déjà. L’OL tirait le Barça de Pep Guardiola en 8e de finale de Ligue des champions pour une correction au retour (5-2). C’était la première année du coach catalan. C’est encore aujourd’hui la plus marquante. Parce qu’elle s’est terminée sur un triplé Liga – Copa del Rey – Ligue des champions historique et a ouvert la voie au premier et seul sextuplé de l’histoire. Marquante aussi parce que le Catalan allait mettre sur pied l’une des équipes les plus esthétiquement belles de l’histoire

Les goûts et les couleurs, certes. Mais impossible de rester impassible face aux enchaînements des Dani AlvesSergio BusquetsEric AbidalXaviAndrés IniestaLionel MessiSamuel Eto’o ou même Thierry Henry. Une dream-team sur le papier qui s’est transformée en machine à jeu implacable, faisant triompher des années après les préceptes de jeu de Johan Cruyff.

Embedded video

C’était il y a dix ans. Déjà. Et, maintenant, que reste-t-il de cette époque-là ? Plus grand-chose. Question de génération, évidemment. Question de philosophie aussi. Les dernières sorties de la troupe d’un Ernesto Valverde critiqué ont toutes été dans la même lignée : pas de quoi se lever de sa chaise en dehors des éclairs de Lionel Messi.

Le Clasico de Copa del Rey face au Real (0-3) a été le symbole de ce Barça cru 2018-2019 : une prestation insipide ou presque mais une victoire incontestable, marquée du sceau de l’efficacité. Alors, le Barça a-t-il renié ses principes cardinaux ? “C’est sûr que comparé au grand Barça de Guardiola, il y a une grosse différence“, nous explique d’entrée Raynald Denoueix, apôtre du beau jeu et toujours aussi au fait des prestations barcelonaises.

Iniesta et Xavi accompagnent Messi et son Ballon d'Or en 2011

” Les joueurs, ça ne se fabrique pas”

Au moment où il est arrivé, Guardiola a eu les joueurs à même d’appliquer sa philosophie, détaille l’ancien coach de NantesTout était en adéquation. C’est des moments rares où tout est cohérent. Et tout commence avec les joueurs“. Et, sans faire injure à l’effectif barcelonais actuel, subtil mélange entre cadres ayant connu l’âge d’or et joueurs à fort potentiel, la comparaison fait mal. Surtout, elle permet de se rendre compte que le Barça a peu à peu abandonner sa filière de la Masia pour se tourner vers le recrutement de joueurs ayant déjà quelques références.

C’est vrai qu’il y avait aussi une âme parce qu’il y avait huit ou neuf joueurs formés au club qui avaient tous grandi avec la même idée du football, confirme Denoueix. Mais les joueurs, a fortiori les grands joueurs, ça ne se fabrique pas. Quand tout est cohérent, comme au temps de Guardiola, ça donne quelque chose d’exceptionnel. C’est sûr que Vidal, s’il reste un excellent joueur, ce n’est pas la même chose“.

Embedded video

De l’importance des appels

Ce Barça a muté. Luis Enrique, à son arrivée, avait insisté sur la nécessité d’abandonner progressivement le tiki-taka barcelonais pour redonner de la verticalité au jeu barcelonais et un style bien plus direct. Une tendance un peu plus marquée au départ de Xavi et qui n’a fait que s’accentuer avec les recrutements de NeymarLuis Suarez ou Ousmane Dembélé. Fini les enchaînements délicieux et cap sur les attaques supersoniques en somme ?

C’est sûr que, dans l’élaboration du jeu, avec Xavi et Iniesta, il y avait un bug sur milles actions. Mais maintenant, notamment entre Dembélé et Messi, les bugs sont bien plus fréquents“, explique l’ancien de la Real Sociedad, qui se souvient avoir évoqué avec Thierry Henry à l’époque cette capacité de création à l’époque du Barça de Guardiola.

Il m’avait expliqué qu’il faisait énormément d’appels dans le vide et qu’en tant qu’attaquant, le ballon n’arrivait pas toujours, sourit-il. Parce qu’au fond, il y avait toujours une meilleure passe à faire, une de plus, pour éviter de perdre le ballon mais continuer à avancer“. Une tendance à la possession qui se retrouve dans les stats puisqu’à l’époque, le taux moyen était bien plus élevé que maintenant (parfois supérieur à 70% contre 60,4% cette saison) et les buts bien plus fréquents (19 buts marqués en C1 en 2008-2009 après le 8e aller contre 14 cette saison).

Thierry Henry vainqueur de la Ligue des champions avec le FC Barcelone en 2009.

Thierry Henry vainqueur de la Ligue des champions avec le FC Barcelone en 2009.Panoramic

” Le Barça, s’il attaque bien, il défend mieux”

Même derrière, les Blaugrana ont changé. Si André Ter-Stegen brille autant ces derniers temps, c’est aussi parce qu’il s’emploie plus qu’un Victor Valdès en son temps. “Récemment, j’ai été très surpris de les voir défendre aussi près de leur but, explique encore l’ancien coach de Nantes. Ils ont perdu cette capacité à ne presque jamais perdre le ballon dans les vingt derniers mètres adverses et ce pressing immédiat haut à la perte de balle. En somme, si le Barça attaque bien, il défend mieux et c’est moins le cas récemment“.

La tableau dressé a donc tout pour être inquiétant pour un club où l’obligation de résultats doit forcément aller de pair avec le beau jeu. Visiblement, la donne semble avoir changé. La faute à Valverde ? Sans doute un peu. La faute surtout à une génération dorée qui a “mal” habitué les supporters catalans. Car autant de talents dans un même onze, ce n’est clairement pas fréquent.

commentaires
Loading...

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts. Ok