LE FAIT (Le Commentaire du jour) : Il est minuit Mr le Président

A peine deux mois après sa réélection au 1er tour le 24 février dernier et après avoir réussi à décrisper ses rapports avec l’opposition grâce au dialogue politique, le Président Macky Sall se trouve englué dans une situation politico-sociale si délicate que certains oracles prédisent la fin de son règne.

Ce qui lui arrive en tout début de mandat paraît si extraordinaire et tellement surprenant que certains y voient une irrationalité. L’affaire Petro Tim-Frank Timis ou l’affaire Aliou Sall-Contrats pétroliers, c’est selon, paraît nous avoir replongé, à bien des égards, au 23 juin 2011 ou au 28 février 1988 avec un Président isolé dans son palais.

Une partie des populations, une phalange de l’opposition et des éléments de la Société Civile qui comme en 1988, avec la dénonciation du « coup d’Etat électoral » de Abdou Diouf et la « dévolution monarchique » du pouvoir le 23 juin contre Abdoulaye Wade, occupent la rue publique et paraissent avoir contraint le Président à se barricader au point de s’être, presque totalement, bunkerisé dans sa résidence.

Cette nouvelle méthode de manifestation sociale et politique, sans marche, ni défilé, est devenue à la mode depuis sa modélisation par les alter mondialistes. Cela a donné « Occupy Wall Street » aux USA, les « Nuits blanches et les Gilets jaunes » en France, « Le Mouvement des Indignés, en Espagne, celui des « 5 étoiles » en Italie. Ce nouveau « process » politique semble déferler sur la planète car ses réussites ont propulsé au sommet du pouvoir des comédiens en Italie avec l’alliance entre la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles, celle des Indignés du Mouvement Podemos et du Parti socialiste en Espagne. Tout comme le nouveau Président de l’Ukraine qui lui aussi comédien de télévision, a réussi sa conquête du pouvoir à Kiev.

Cela fait rêver en Afrique et la méthode a donné ses preuves en Algérie à tel point que le système Bouteflika a fini par tomber après 3 mois de secousse populaire. Ainsi qu’en Soudan, où après 30 ans de dictature, le Président El Bachir se retrouve, aujourd’hui en prison.

Sur le continent africain, le système Compaoré a fini par tomber et ce n’est qu’au Togo et au Cameroun que cela n’a pas donné de résultats avec la chute espérée de Paul Biya et de Faure Eyadema.

La situation actuelle est lourde de dangers et fait courir de gros risques à tout le pays, car elle a déjà révélé des fragilités et des faiblesses dans le camp présidentiel. Jamais Macky Sall n’a paru si esseulé et si isolé de ses troupes et de ses partisans même si le régime n’est nullement ébranlé dans ses soubassements, seule sa cohérence donne des signes d’essoufflement. Son parti semble aphone, son nouveau gouvernement évanescent et ses alliés et obligés plus que jamais invisibles.

Le pays bruit de rumeurs, de ragots, d’intox et d’infox alimentant abondamment tous les canaux d’informations au point que les fake news rythment la cadence sur les réseaux sociaux et dans l’audiovisuel.

L’heure d’indiquer un nouveau cap tarde donc.
Il y aura un cadavre sur le trottoir entre les deux frères Sall que sont Macky et Aliou. Les liens du sang sont certes profonds et peuvent être souvent à la base d’attitude et de rivalité inexplicables, mais ils n’enlèvent en rien le fait que la raison et le bon sens veuillent que pour la survie de l’un, dans certaines situations, l’autre est tenu d’aller au sacrifice.

Le contexte actuel bégaie la même atmosphère qu’Abdou Diouf a traversée après le 28 février et l’instauration de l’état d’urgence qui alors, avait donné de la vigueur au pôle de gauche et au PDS tout en allumant les fronts scolaires et universitaires.

Le duo Abdou Diouf-Jean Collin a fini par exploser en plein vol avec la disgrâce du second perçu alors comme le « Beria » de l’époque qui avait mené Abdoulaye Wade en prison avant de le faire libérer après procès.

Abdoulaye Wade, devenu Président, n’a pu lui se défaire de son fils Karim et au bout du compte tous les deux ont fini par perdre le pouvoir en 2012.

De Macky ou de Aliou qui doit servir de bouclier comme l’a été Jean Collin pour Abdou Diouf ou qui va se sacrifier pour l’autre comme Idrissa Seck l’a été au profit de Karim ?

Il me semble que la réalité qui est la seule chose qui compte en politique veut qu’Aliou Sall n’ait aucune existence sans un Macky Sall, Président de la République et non le contraire.

Pour construire l’APR et en faire une armée pour la conquête du pouvoir, tout comme pour diriger le pays et tenter de laisser une bonne empreinte dans son Histoire, Macky Sall n’a pas eu besoin de faire recours à la maestria politique de son cadet mais ce sont ses partisans de la 1ère heure qui l’ont soutenu pour traverser le désert, faire sa route de Jérusalem et revenir conquérir le pouvoir en 2012.

C’est plutôt le Benjamin de la famille Sall qui a beaucoup gagné en obtenant le grade de « Mr Frère », un titre qui, malheureusement sur notre continent, confère du pouvoir et génère la courtisanerie et l’affairisme autour de ceux qui en bénéficient. Le frère cadet de Blaise Compaoré y a cédé au Burkina tout comme celui de Faure Eyadema au Togo.

Au Mali, c’est le fils de IBK qui tient le haut du pavé comme l’ont été la fille et le fils de Dos Santos en Angola et continue à l’être le fils de Sassou Nguesso au Congo.

Les familles ont toujours été au cœur du pouvoir en Afrique, Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire a son frère cadet comme Ministre d’Etat chargé des Affaires Présidentielles à Abidjan, La smala Bongo a toujours plusieurs représentants dans l’appareil gouvernemental au Gabon depuis le père Albert Bongo et Ali Bongo, le fils prodige poursuit la même politique.

Aliou Sall gagne plus avec un Macky Sall à la présidence de la République que le contraire et les meilleures assurances du futur seraient que pour lui, son aîné puisse terminer paisiblement et avec succès son second et dernier mandat. Car, une chose paraît, au moins, avoir été bel et bien réglée par l’actuelle crise une tempête redoutable, celle d’un chimérique troisième mandat.

Macky Sall est obligé de montrer toute sa dextérité pour se sortir du traquenard actuel dans lequel l’affaire des contrats de pétrole l’a empêtré. A certains égards, si ce n’est la survire de son régime qui se joue comme Macron avec les Gilets jaunes en France, c’est au moins la poursuite de son second mandat sans déchirure profonde pouvant entraîner la défaite du candidat qui va porter les couleurs de son camp en 2024 et mettre le système APR dans de sales draps qui se joue.

Car, un opposant au pouvoir, après Macky Sall, pourrait bien, lui aussi, appliquer une politique de reddition des comptes. Cela a déjà donné Karim Wade, Taïbou Ndiaye, Aïda Diongue et tutti quanti avec la CREI.

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