Le président guinéen estime que la France à une “responsabilité” dans le retard du pays

Le président guinéen Alpha Condé a attribué une part des difficultés traversées par son pays depuis l’indépendance en 1958 à l’attitude de la France de l’époque, dans une interview à Conakry avec des journalistes de TV5 Monde, RFI et Le Monde.

Lors de cet entretien, diffusée dimanche, à deux jours du 60e anniversaire de l’indépendance, M. Condé s’est insurgé contre une question sur le fait que le pays “ne décolle pas économiquement”.

Les Français “doivent savoir que si la Guinée a été en retard, il y a la responsabilité des chefs d’Etat guinéens mais aussi la responsabilité de la France de l’époque”, a-t-il estimé.

“Lorsque nous avons pris l’indépendance en 58, du jour au lendemain tous les cadres français sont partis, la Guinée est restée sans cadres”, a déclaré M. Condé. “On a voulu anéantir économiquement le peuple de Guinée”, a-t-il ajouté.

Kelefa Sall à Conakry, Guinée, le 31 octobre 2015.

Nouveau président à la Cour constitutionnelle de Guinée
“Il ne faut pas oublier aussi que la Guinée a été mise en quarantaine (…), il a fallu que l’Union soviétique et la Chine viennent porter secours à la Guinée, tous les Français étaient partis, on n’avait pas de cadres”, a insisté le président guinéen.

La Guinée est devenue le premier pays d’Afrique subsaharienne à obtenir sa souveraineté de la France, après avoir voté non le 28 septembre 1958 au référendum instituant une “communauté” franco-africaine, proposée par le général De Gaulle.

De cet épisode, Alpha Condé a indiqué tirer “deux messages” pour la jeunesse guinéenne.

En 1958, la Guinée “s’est donné la main comme un seul homme pour appeler à voter non”, a-t-il dit. “Si nous voulons, nous pouvons de nouveau être unis pour faire face aux défis de la Guinée, ça c’est le premier message”.

Des militants du “Balai Citoyen Guinée” participent à une manifestation devant la cour constitutionnelle de Conakry, le 19 septembre 2018.
Manifestation de soutien au président de la Cour constitutionnelle en Guinée
“Le deuxième, c’est que le gouvernement français à l’époque n’a pas eu une attitude correcte, ce qui a fait que, pendant longtemps, les rapports avec la France ont été tendus”, a-t-il déploré.

“L’histoire de la Guinée ne se ramène pas à la violence”, a-t-il par ailleurs souligné, alors qu’à l’occasion de cet anniversaire la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et RFI ont publié un ouvrage, “Mémoire collective, une histoire plurielle des violences politiques en Guinée”, revenant notamment sur le massacre du 28 septembre 2009.

M. Condé, au pouvoir depuis décembre 2010, s’est emporté à plusieurs reprises contre ses intervieweurs, leur reprochant d’être “venus avec des idées arrêtées”.

“Je suis choqué de vous entendre dire que la Guinée n’a pas émergé, je suis choqué, franchement. Je suis choqué!”, s’est-il exclamé.

Ancien opposant historique, Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest, régie jusqu’alors par des pouvoirs autoritaires, voire dictatoriaux.

Malgré la richesse de son sous-sol, plus de la moitié de la population de Guinée vit sous le seuil de pauvreté, avec moins d’un euro par jour, selon l’ONU.

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