« Mon mari était mon stagiaire… »

Quand un stagiaire chamboule tout.
Cynthia est directrice marketing dans une entreprise de téléphonie mobile. Brillante et rigoureuse, sa carrière ne laisse pas beaucoup de place à d’autres choses dans sa vie. Mais ses plans sont chamboulés avec l’arrivée de ce stagiaire.

J’étais dans une phase déterminante pour le reste de ma carrière. C’est maintenant qu’il fallait semer la graine de la reconnaissance à laquelle j’aspirais. Je travaillais depuis 5 ans dans ce grand groupe, directrice marketing depuis 1 an, les choses se passaient mieux que je l’avais espérer. J’étais débordée, j’avais besoin d’un assistant. J’avais précisé aux ressources humaines que je voulais un homme. Pour être honnête, j’étais un bourreau du boulot. On m’a envoyé Christian. Mon patron me l’avait imposé.

UN HOMME DISCRET QUI POURTANT M’INSUPPORTAIT

« Bonjour Madame, je suis D.…». Avant qu’il n’ait fini de se présenter, j’avais envoyé mon stagiaire vers les ressources humaines pour toutes les formalités d’installation. Cela faisait à peine 4 jours que je travaillais avec ce garçon, qu’il m’insupportais déjà. Et puis c’est vrai, je n’avais pas de temps à perdre. Son CV m’avait paru insuffisant. “Fils de”, il avait un beau parcours étudiant certes, mais j’avais besoin de quelqu’un d’expérimenté et ses 11 mois de service au sein de la filiale marocaine ne me paraissaient pas suffisants. Je crois qu’il voulait rentrer au pays et la meilleure opportunité que son cousin, qui était également mon patron, avait trouvé fut de me le coller comme stagiaire.

Son travail consistait à vérifier les données de toutes mes productions, à faire des recherches…Rien qui ne nécessitait de la proximité. En réalité, je voulais que nos rapports soient ainsi. Je lui confiais des tâches, je corrigeais, le réprimandais et fixais des nouvelles missions par mail uniquement. Une ou deux fois, il avait souhaité me faire part d’une préoccupation de vive voix. J’avais dit être occupée à plus important. Depuis un mois, j’avais un assistant dont je n’avais enregistré ni les traits du visage, ni la voix. Il parvenait quand même à faire ce que j’attendais de lui et c’était le plus important. C’était mon stagiaire, pas mon ami.

QUI EST-CE ?

Ce lundi là, j’étais particulièrement de bonne humeur. J’avais savouré le week-end, la conclusion d’un gros contrat à Dubaï. Les félicitations de mes supérieurs, les flatteries de mes collaborateurs, la prime à venir, contribuaient fortement à mon rayonnement ce matin là. Comme à mon habitude, je m’étais faite mon café, malheureusement il me manquait du sucre. Quand j’ai passé la porte de la cuisine, j’ai eu droit à des salutations et la salle s’est vidée en moins de deux minutes. Une seule personne était restée. Il était grand, beau, élégant à souhait. Tiens donc, y avait-il eu du recrutement dans d’autres départements ? Il a engagé la conversation en me félicitant pour le nouveau client acquis.

Le temps que je le remercie, il me proposait une tasse de café dont lui seul avait le secret. J’étais d’humeur joyeuse, j’ai donc accepté. Pendant 30 minutes j’ai discuté avec cet homme que je trouvais fort intéressant. Il avait voyagé et vécu des expériences impressionnantes. Je me suis souvenue d’une visioconférence avec un client important et dans la précipitation j’ai oublié de lui demander son nom, c’était évident que lui me connaissait déjà.

« Christian », a-t-il répondu quand je lui ai demandé son prénom deux jours après. C’était devenu un rituel de prendre le café ensemble. J’en profitais pour lui demander son avis sur mes dossiers en cours. Je ne savais pas grand chose sur lui, mais cela n’avait pas l’air de le déranger. Nous avions échangé nos numéros personnels et nos appels après le boulot me faisaient un grand bien.

Je continuais de travailler par mail avec mon stagiaire dont je me préoccupais de moins en moins. D’ailleurs, j’étais quelque peu étonnée qu’il ne demande plus à me montrer des dossiers. Qu’importe, il avait dû comprendre que sa tête ne me revenait pas.

NON…PAS TOI !

Cela faisait un peu plus d’un mois que je communiquais régulièrement avec Christian. Il était temps de passer à la vitesse supérieure. Cet homme me plaisait. Il m’impressionnait. Je me sentais désarmée, toute petite. Avec lui j’étais Cynthia, une jeune dame charmante, rien à voir avec la boss autoritaire. Et comme s’il l’avait senti, il m’invitait à découvrir une exposition vendredi soir. Ses yeux brillaient. La soirée se passait très bien. Des oeuvres d’Art remarquables – et là encore il s’y connaissait – des rencontres agréables et à mes côtés, un homme plus que charmant. Après le vernissage nous sommes allés écouter de la musique dans un bar. Il m’a proposé de me ramener, mais je voulais danser. Il m’a fait découvrir une boîte sympa, je me suis défoulée. Sur le pas de ma porte, je lui ai proposé un dernier verre. Je voulais cet homme. Je voulais cet homme dans mon lit, je le voulais dans ma vie.

Dites-moi, y a-t-il une chose que cet homme ne sache faire ? La nuit fut merveilleuse. J’avais dormi comme un bébé. Lorsque j’ai ouvert mes yeux, il n’était plus là. Pas la moindre trace de lui dans ma chambre. Alors que j’allais dehors, vérifier que sa voiture n’était plus là. Je découvrais une table bien garnie dans ma cuisine. Á peine avais-je vu cette jolie table que les bras forts de Christian m’entouraient déjà. De sa voix grave et posée, il murmura à mon oreille : «tu ne pensais tout de même pas que je partirais sans embrasser la plus belle femme de la terre ». Nous avons pris le petit déjeuner ensemble, puis Christian est rentré chez lui. C’était parti ! Toutes les occasions étaient bonnes pour se voir.

Nous étions ensemble, nous étions amoureux. Alors qu’il était sur le point de rentrer un autre soir, une carte tomba de la veste de Christian. Au moment de la lui remettre, j’ai remarqué ce qui était inscrit dessus : Christian D.. «D., comme mon stagiaire ? » me suis-je écrié. Ce n’était pas possible, le ciel me tombait sur la tête. Comment ai-je pu être aussi bête ? Je m’étais laissé aveuglée par l’amour, j’avais manqué de vigilance. Je ne voulais rien entendre, je ne voulais surtout plus le voir. Sans le laisser m’expliquer quoi que ce soit, je demandais à Christian de partir de chez moi.

ON NE VIT QU’UNE FOIS…

J’avais pris une semaine de congés-maladie. Comment allais-je pouvoir retourner au boulot ? Comment les autres allaient me regarder ? Christian leur avait sûrement tout raconté, le traître ! Alors que toutes ces questions fusaient dans mon esprit, on frappait à ma porte. Une fois de plus, c’était Christian. Il n’était pas disposé à partir sans m’avoir parlé. J’ai compris qu’il valait mieux en finir avant que mes voisins ne soient alertés par tout le bruit qu’il commençait à faire.

« Je n’ai pas menti Cynthia, je ne t’ai juste pas dit toute la vérité. Ce jour-là, tu ne m’as demandé que mon prénom et je n’ai pas osé en dire plus parce que j’avais envie de te connaître davantage . Je te jure que je n’avais pas prévu tout ce qui est arrivé. J’étais chaque jour un peu plus, agréablement surpris de découvrir que derrière la patronne désagréable se trouvait une femme aussi douce et passionnante. Comme toi, j’ai été submergé par les sentiments. Cynthia, je t’aime et je ne veux pas vivre sans toi.

Je peux quitter la boîte, trouver un autre emploi. Ce poste était juste un prétexte pour rentrer. Mais le destin t’a placé sur mon chemin. Je prévoyais rentrer, me poser, me caser, fonder une famille…et aujourd’hui je sais que c’est avec toi que je veux faire tout ça. Peu importe le “qu’en dira t-on”, je t’aime et je veux passer ma vie avec toi, c’est tout ce qui compte. Réfléchis bien Cynthia, ne gâche pas tout je t’en prie. »

Á peine avait-il prononcé ces mots, que Christian démarrait sa voiture. Je suis restée sur mon divan, entre larmes et réflexions, j’ai fini par m’endormir là.

DÉSORMAIS SÉPARÉS

Deux mois après avoir découvert que l’homme dont j’étais éperdument amoureuse, était en réalité mon stagiaire, j’ai été promue Directrice générale. Mon patron avait été affecté à la filiale de Bangkok et ce chagrin m’a fait m’investir davantage dans mon travail. Après être venu s’expliquer chez moi, Christian a démissionné de son poste de stagiaire dès le lendemain. De toute façon, j’aurais demandé son départ. Il ne travaille donc plus pour moi et je n’ai plus jamais croisé son chemin au bureau. Mais à quoi bon ? Puisque désormais je partage sa vie au quotidien.

Je m’appelle Cynthia D., épouse de Christian D.. Deux semaines après qu’il ait quitté son poste, j’ai rappelé Christian, je lui ai dit que je pouvais me passer de lui en tant que stagiaire, mais qu’il était celui qui me rendait heureuse. Je lui ai demandé pardon d’avoir été si méchante et j’ai remercié le ciel d’avoir mené l’homme de ma vie jusqu’à moi.

Cela fait maintenant 30 ans que l’homme que j’ai interrompu, continue de me faire voir tout ce que la vie a de plus beau.

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