Marie Madeleine Diallo : Perdre sa mère et son époux simultanément, cela a dû … Affaire Aida Mbacke, Marie Madeleine se prononce

Marie Madeleine Diallo : Perdre sa mère et son époux simultanément, cela a dû … Affaire Aida Mbacke, Marie Madeleine se prononce

Elle a fait les beaux jours de la comédie, avant de disparaitre de la scène pendant un bon moment. Récemment, elle est réapparue sur le petit écran, à travers la série «Adja». Des séquences qui ont eu le don de replonger les amoureux du théâtre dans les années 90 où la troupe «Bara Yégo» faisait tabac dans les ménages sénégalais. «L’Obs» fait durer la magie et a déniché pour vous, Marie Madeleine Diallo, la «Awo» de Golbert Diagne et coépouse de la défunte Mame Sèye. Dans cette interview, elle nous parle de sa longue absence, des décès de sa mère et de son époux, de sa carrière, entre autres…

Depuis un certain temps, vous êtes en retrait de la scène. Qu’est-ce qui l’explique ?

Il est vrai que je suis restée un bon moment sans apparaître à l’écran, jusqu’à récemment à travers la série Adja. Néanmoins, j’ai eu à jouer quelques séquences dans une série comme «C’est la vie» qui a été tournée à Joal. J’ai aussi fait un court métrage avec Nicolas Sawalo Cissé, qui s’appelle Blissi Ndiaye. Toutefois, il faut dire que j’étais beaucoup plus en retrait. Ma mère et mon époux étaient tous les deux souffrants. Il a fallu que je m’éclipse de la scène, pour m’occuper d’eux. Ils sont finalement décédés, mon mari en 2014, ma maman, peu avant. Depuis, les rares fois que l’on m’a vue, c’est pendant la période du Panal.

Vous avez récemment signé votre come- back à travers la série Adja. Comment en êtes-vous arrivée à y participer ?

C’est le jeune Pod qui m’a contactée, via une vieille amie, Thérèse Cissé, la secrétaire du gouverneur de l’époque. Cette dernière m’a demandée si elle pouvait lui remettre mon numéro. Ce que j’ai accepté. Il m’a donc appelée et fait savoir qu’il cherchait un personnage qui jouerait le rôle de la mère d’Adja dans la série du même nom. Il a pris le temps de m’expliquer les tenants et les aboutissants et a fini par me convaincre d’intégrer la série. Au début, j’étais assez réticente et me faire embarquer dans ce genre d’aventures, n’était pas du tout évident. Il y est parvenu au fil de nos discussions. Il faut dire que je me suis aussi retrouvée dans le personnage et qu’Adja, dans le film, est la réplique de ce que j’étais, une épouse qui s’occupe convenablement de son mari, de ses enfants, de son foyer, très correcte. C’est comme ça que j’en suis venue à tourner dans «Adja Thamkharit» et les producteurs m’ont sollicitée pour d’autres tournages qu’ils feront prochainement.

Qu’est-ce que cela vous a fait de renouer avec la caméra, après cette longue absence ?

Ça m’a fait du bien de me revoir jouer. Sans me jeter des fleurs, il y a toujours la gestuelle et la bonne présence. La preuve, j’ai eu énormément de retours à travers les réseaux sociaux, mes amis et connaissances m’ont appelée de partout pour me féliciter et m’encourager. Ils m’ont reproché le fait de dire que je suis âgée maintenant et que j’allais céder la place aux plus jeunes et m’ont dit que j’avais toujours à ma place. La bonne graine est là, mais parfois, on a besoin de revoir les anciens qui ont fait les beaux jours de cet art. Du coup, je me suis dit que ce serait bien d’accepter de jouer dans les prochains épisodes de «Adja».

Votre retrait était donc dû à la perte d’êtres chers. Comment occupiez-vous votre temps, après le deuil ?

Disons que depuis 1999, j’ai une structure qui s’appelle «Dialloré production», que je manage. Souvent, nous faisons des sorties, des spectacles. Je travaille avec un metteur en scène. J’encadre également beaucoup d’associations et de jeunes artistes qui viennent me voir pour de petites séquences dans des films de quartier. Je leur prête mon personnage comme escalier et je le fais gracieusement pour les aider à se lancer. A part cela, j’ai séjourné en France chez mes enfants et mes frères et sœurs, à Lyon.

Perdre sa mère et son époux simultanément, cela a dû être éprouvant pour vous…

Je l’ai vécu très difficilement. Lorsque ma mère est tombée malade, je l’ai ramenée chez moi. Elle y est restée pendant un an et demi avant de décéder. A côté, il y avait mon époux également alité. Tous les deux avaient besoin de ma présence, même s’il y avait des personnes intermédiaires, des membres de ma famille, qui m’aidaient à leur remonter le moral. J’ai vécu avec mon époux, depuis que j’ai 23 ans. Nous avons fait 43 ans de mariage, avant qu’il ne rende l’âme. Nous étions de grands amis et assez complices. Le jour de son décès, il m’a dit qu’il allait partir. Je lui ai demandé où ça ? Et il m’a alors répondu : «Tu as tout fait compris et il est temps que je parte. Je t’ai assez embêtée. Il faut que tu me laisse.» Je lui ai dit qu’il n’était pas question qu’il parte et qu’il fallait qu’il reste à mes côtés, car il est le seul que je connaisse et je vis avec lui depuis des années. J’étais toujours dans les hôpitaux soit avec lui, soit avec ma mère. Voilà pourquoi il m’était difficile de penser à moi ou à ma carrière. A un moment, j’étais complètement épuisée. Il a fallu que je me refasse une petite santé et que je m’occupe de moi. Certains ont même pensé que je n’étais plus de ce monde.

Il s’est dit que vous avez vécu une période dépressive. Est-ce la réalité ?

Non en aucun cas ! C’est juste que la période qui a suivi le décès de mon mari, je me suis un peu laissée aller. Lorsqu’il vivait, mon premier reflexe en me levant, était de me faire belle, de me tirer à quatre épingles. Quand il est parti, je ne portais même plus de boucles d’oreilles. Je me suis donnée corps et âmes à mon époux, maintenant qu’il n’est plus de ce monde, je me consacre au Bon Dieu pleinement. J’ai eu la chance d’aller à la Mecque en 1999 et depuis, je m’efforce de respecter les préceptes de ma religion. Mon mari me faisait d’ailleurs la remarque que j’avais changé et qu’il avait l’impression de vivre avec une autre personne, après mon retour des Lieux Saints.

Aujourd’hui, êtes-vous parvenue à faire le deuil ?

J’ai fait le deuil, malgré moi. Mais, devant la porte de ma chambre, il y a une photo de mon époux postée par ma fille, me disant de lui dire au revoir, quand je sors et de le saluer, à mon retour. Toutefois, on s’y fait surtout, lorsqu’on a la foi. On se dit que cela arrive à tout le monde, même si on ne connait ni l’heure ni le moment. La seule alternative, c’est prier pour le repos de leur âme. Depuis, je suis devenue plus pieuse, mes amis, mes enfants me reprochent de ne plus me séparer de mon chapelet.

Qu’est-ce qui vous a permis de tenir face à l’épreuve ?

Je suis très famille. J’entretiens des liens très étroits avec mes parents. Leur affection m’a permis de faire face à ces épreuves. Je suis aussi très affective. Il faut dire que j’ai toujours été comme ça. L’expression de mes sentiments tous les jours est quelque chose que j’ai toujours privilégiée, même dans mon ménage. Tout comme ma mère, j’ai toujours été Awo (première femme). Je l’ai été pendant 43 ans.

«Awo» pendant 43 ans jusqu’à ce que la mort vous sépare. Quel est votre secret ?

Ce n’est ni à travers les marabouts, ni aucune force occulte. Il faut avant tout, être là pour son conjoint et le cultiver. L’amour est le soubassement de toute union, donc il faut donner son maximum pour s’améliorer, tout en améliorant l’autre. Il est clair que les petites escapades ne peuvent manquer dans un couple, mais en ce qui me concerne, j’en faisais même une force. J’en discutais de vive voix, sans ambages, avec mon époux. Il s’étonnait à chaque fois que je sois au courant et me demandait comment j’avais fait. Toutefois pour moi, le plus important, c’était de connaître les raisons qui l’ont poussé à le faire. Nous en discutions et trouvions un terrain d’entente. Je pense qu’il faut prendre la vie avec légèreté, ne pas compliquer les choses ou rester là à chercher la petite bête. Le contraire creuse un fossé entre les conjoints et ne va rien arranger. C’est comme ça que certains passent à côté de leur amour, plutôt que de le vivre intensément. Quels que soient les problèmes qui jaillissent devant moi, je parviens toujours à les surmonter. En plus de cela, il faut perpétuellement se remettre en question. Cela va forcément porter ses fruits.

Ces jours-ci, nous avons assisté à une déferlante de violences dues justement à des problèmes liés aux ménages. Une femme a mis le feu à son appartement et son époux a succombé après avoir été grièvement brûlé, une autre a charcuté la femme que son mari s’apprêtait à épouser. Toutes les deux n’acceptaient pas d’avoir des coépouses. Que vous inspirent ces faits divers qui défraient la chronique ?

J’ai été estomaquée de savoir qu’on pouvait ne pas se contrôler, jusqu’à arriver à ces extrêmes-là. Cela est tout simplement regrettable. Quand on aime quelqu’un, on est forcément jaloux, mais il faut savoir se maîtriser. En Islam, on a donné la possibilité aux hommes d’épouser jusqu’à 4 femmes donc, quand cela se présente, il faut savoir l’accepter. Il faut communiquer, car c’est de la discussion que jaillit la lumière. On peut tout régler en jouant carte sur table. Quand la communication fait défaut dans un couple ou dans une famille, c’est la porte ouverte à l’échec. On se pourrit la vie pour rien. Je ne cautionne pas du tout ce qui s’est passé…
Que devient la troupe Bara Yégo ?

Elle est toujours là. Elle est là pour les besoins de ceux qui veulent faire des castings. Très souvent, des jeunes qui ont besoin de notre expertise, font appel à nous. Toujours est-il que si Daouda Guissé a besoin de nous pour jouer une pièce qu’il a écrite, nous serons dans les dispositions de le faire. Ce sont peut-être les moyens qui feront défaut. Il faut dire que nous avons aussi perdu beaucoup de comédiens : Mame Sèye, Serigne Fall, Thiam Dollar, Abdoulaye Ngom, El Hadj Mansour Seck. N’empêche, avec les derniers castings qu’on a eu à faire, on avait renforcé la troupe. Je sais que Daouda Guissé (réalisateur de la troupe Bara Yeggo) a écrit plusieurs scénarii qu’il a mis de côté. Il a aussi son propre travail, mais tout le monde pense que ce serait une bonne chose que le groupe se reforme. Ce groupe nous a révélés et permis d’acquérir une certaine notoriété. Nous avons fait beaucoup de publicités avec ce groupe et nous avons même réussi à faire grimper les prix. Nous avons semé la bonne graine, à une époque où les gens pensaient que le théâtre, c’était de la rigolade. Aujourd’hui, la donne a changé. Nous sommes des leaders d’opinion, des acteurs de cette société qui est en train de dégringoler. Quand vous êtes aimé et apprécié de toutes les franges de la société, il faut avoir un comportement exemplaire.

Avez-vous gardé des relations avec des acteurs de la troupe ?

Bien sûr. Je vous ai dit que quand Ndioro Diop, une actrice de la troupe, est revenue d’Italie, elle est tout de suite venue me voir. Soxna habite avec moi. C’est comme ma fille adoptive. J’ai des relations avec Alioune Badara Golbert Diagne, la défunte Mame Seye. Certains m’ont donné le nom de leurs enfants.

Que pensez-vous de la nouvelle vague de comédiens ?

C’est une bonne chose. La floraison de troupes ne fait que renforcer la vivacité de la culture au Sénégal. J’aime bien suivre des séries comme «Idoles», «Mbettel», «Pod et Marichou» etc… Presque toutes les villes ont leur troupe de théâtre et les jeunes s’épanouissent dans ça. Mais ce que je leur demande, c’est de faire des pièces qui peuvent véhiculer des messages positifs à cette jeune génération et à ces parents qui ne savent plus où donner de la tête. Il faut aussi que l’Etat assiste les jeunes acteurs culturels. Certains ont pu trouver des financements, avec le Fopica, mais beaucoup de choses restent à faire.

On voit de grands artistes mourir dans la détresse totale. Qu’en pensez-vous et quelles solutions préconisez-vous ?

J’ai mal de voir certains artistes mourir dans la précarité. Et c’est un phénomène auquel on assiste de plus en plus. Au niveau de l’Etat, des pas ont été faits avec la Mutuelle des artistes. Peut-être, il faut essayer de mettre en place des structures pour coopter plus de fonds afin d’appuyer les artistes malades. Les organismes financiers seront peut-être sensibles à cela.

Votre message aux Sénégalais ?

Que tout le monde prenne la peine de se demander ce qu’il peut faire pour son pays et prenne les rênes de son existence. Cela doit commencer par le respect de la société où l’on vit. De plus en plus, on voit les gens se déchirer, proférer des injures à tout bout de champs à travers les réseaux sociaux. On doit pouvoir faire preuve de dépassement et être au dessus de certaines choses. On gagnerait également à mettre en pratique les commandements divins. A partir de là, on s’aimera davantage et on vivra des moments meilleurs sous nos cieux…

MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU

IGFM

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