Orientissime de Thione Seck est une perle rare

L’album, paru en 2005 sur le label Syllart Records, offre un résumé original de siècles d’histoire méconnus.
Une perle de l’Orient autant que de l’occident africain, puisqu’elle est née, de Madras à Dakar en passant par le Caire, du mariage des rythmes et mélodies répandues par les vents qui soufflèrent de l’océan Indien vers l’Atlantique.

Thione Seck, chanteur chéri des Dakaroises qui fit autrefois les belles heures de l’Orchestra Baobab, en est le brillant interprète. Impressionné par les chansons de Natacha Atlas, et notamment son tube « Mon amie la Rose », il souffla au producteur Ibrahima Sylla son envie de se lancer dans une aventure orientale, mais à la sauce Seck. Il faut dire que les chants des griots (guewel) dont il est l’héritier sont pétris des influences que l’Islam, présent en Afrique de l’Ouest depuis le XIème siècle, a diffusées de la Péninsule Arabique aux côtes occidentales de l’Afrique.

Mais l’Orient est vaste, et ses richesses innombrables. L’autre source qui jaillit dans ce disque vient de l’Inde, dont l’influence culturelle, grâce aux films Bollywood, fut énorme en Afrique dès les années 60. Thione Seck, comme tous les enfants de sa génération (il est né en 1955), a fréquenté les salles de cinéma dakaroises et s’est régalé des films fleuves où l’on chante et où l’on danse dans un tourbillon de couleurs. Les thèmes abordés eux aussi parlaient à l’Afrique : mariages arrangés, amours impossibles entres deux êtres de caste différente, autorité de la tradition et conflits de générations…. Bref, Bollywood –en particulier au Sénégal, était et demeure une référence populaire majeure.

Aujourd’hui encore à Dakar, il existe plusieurs émissions de radio et de télévision consacrées aux films et aux chansons Bollywood. Certains passionnés comme Amadou Badiane ont même fait sensation en Inde en interprétant là-bas des grands hits du répertoire bollywoodien : A Calcutta, Bombay, New Delhi…

Cette passion est toujours aussi vive, comme en témoigne la quasi-émeute provoquée par la star de la série indienne Vaidehi lors de sa venue en 2010 à Dakar. Pas sûr que Michael Jackson aurait mieux fait…

Thione Seck lui aussi fait partie de cette histoire, et son chant de griot se coule avec évidence et bonheur sur les mélodies et instruments tel que le Qanoun arabe, le veneen cousin du sitar indien, ou le xalam sénégalais. Il invite même sur Orientissime la chanteuse Bombay Jay, une des stars bollywoodiennes qui interprète avec lui la chanson Assalo, un des sommets du disque. Arrangé par l’excellent François Bréant, Orientissime, qui mit quatre années à éclore, est aussi épique et chatoyant qu’un film indien, lancinant comme les chants de transe soufis, et conquérant comme l’est le chant des griots du Sénégal.

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