Qui était le jihadiste Fabien Clain, voix française de l’organisation État islamique ?

De Mohamed Merah aux attentats du 13-Novembre, son nom était associé aux pages les plus noires du jihadisme français. Retour sur le parcours de Fabien Clain, pièce maîtresse de l’appareil de propagande de l’EI, tué le 20 février en Syrie.

Il était un vétéran du jihadisme, un pilier de la propagande francophone de l’organisation État islamique (EI), et considéré comme le Français parmi les plus élevés dans la hiérarchie du groupe. Fabien Clain a été tué le 20 février en Syrie par une frappe de la coalition dans les faubourgs de la ville de Baghouz, selon des informations de Franceinfo. Son frère cadet Jean-Michel a été grièvement blessé.

Sur son compte Twitter, la ministre des Armées Florence Parly a reconnu qu’il était « possible » que Fabien Clain, 41 ans, ait été tué « , alors que le gouvernement attend encore une analyse ADN pour officialiser son décès.

Ce Toulousain d’origine réunionnaise, converti à l’islam dans les années 1990, apparaît dans les radars des renseignements français dès 2001. « Frère Omar », comme il se faisait appeler, et son frère se seraient radicalisés au début des années 2000. Ils appartenaient alors à un groupe de jeunes salafistes radicaux qui fréquentaient la salle de prières de Bellefontaine, à Toulouse, jusqu’en 2005.

Fabien Clain était également un membre actif de la communauté islamiste d’Artigat, du nom d’un village d’Ariège, dirigé par Olivier Corel, un Syrien naturalisé français, connu sous le nom de « l’émir blanc ». C’est au sein de ce groupe, considéré comme l’un des berceaux du jihadisme français, que Fabien Clain rencontre Abdelkader Merah et Sabri Essid, les frère et beau-frère de Mohamed Merah, l’auteur des tueries de Toulouse et de Montauban en 2012.

En 2009, Fabien Clain est condamné à cinq ans de prison, aux côtés d’un autre jihadiste français, Thomas Barnouin, pour avoir animé une filière d’acheminement vers l’Irak. Son profil et son passé ancrés dans le salafisme en ont fait un mentor naturel pour les plus jeunes. À sa libération à l’été 2012, il ne s’installe pas à Toulouse, où il est interdit de séjour, mais revient à Alençon, dans l’Orne. C’est là que les deux frères Clain avaient passé une partie de leur jeunesse.

L’aîné rejoindra son frère en Syrie début 2015, « en faisant un détour par Toulouse, où il aurait acheté du matériel audio qui aurait servi à la propagande francophone » de l’EI. Les deux frères se rendent indispensables en réalisant des messages de propagande et des appels au jihad en français. « Fabien Clain et son frère étaient des figures indentifiables pour un public potentiellement recrutable par les jihadistes », explique à Wassim Nasr, journaliste à France 24 spécialiste des réseaux jihadistes.

Wassim Nasr, journaliste à France 24 spécialiste des réseaux jihadistes.
L’aîné des frères Clain est soupçonné d’avoir organisé, l’attentat raté contre l’église de Villejuif en avril 2014. C’est lui qui aurait donné l’ordre à l’étudiant algérien Sid Ahmed Ghlam de passer à l’acte. Mais ce plan échoue lorsque l’aspirant terroriste se tire par erreur une balle dans le pied et se fait arrêter par la police française dans la foulée.

Voix de la revendication des attentats du 13 novembre 2015

Mais le nom de Fabien Clain apparaît surtout dans le cadre des attentats terroristes du 13-novembre, les plus sanglants jamais commis sur le territoire français. Les frères Clain sont en effet les voix qui avaient été rapidement identifiées dans la revendication audio de l’EI après les attentats à Paris et à Saint-Denis. Fabien Clain était la voix du message du groupe terroriste diffusé au lendemain des attaques perpétrées par trois commandos d’hommes revenus de Syrie. Son frère Jean-Michel, 38 ans, avait été reconnu dans les Anasheeds – chants religieux – de l’enregistrement. Estimant avoir démontré leur implication, les juges d’instruction français ont émis un mandat d’arrêt contre eux en juin 2018.

« En public c’est quelqu’un qui parle comme un mage, un poète. C’est un séducteur. Il ne s’énervait jamais. Il parlait de mourir en martyr », expliquaient en 2015, quelques jours après les attentats de Paris, deux individus qui l’avaient fréquenté à Alençon (Normandie).

L’avis de recherche d’Interpol visant Fabien Clain
En septembre 2017, un jihadiste toulousain de retour de la zone syrienne, Jonathan Geffroy, avait affirmé devant des policiers que Fabien Clain avait « une position importante dans l’EI [et] était dans le domaine de la transmission d’information ».

Traqués par les renseignements français, les deux hommes demeuraient introuvables, mais les autorités restaient convaincues qu’ils se trouvaient toujours en Syrie. Ils ont finalement été repérés dans la région de Baghouz, retranchés dans le dernier bastion de l’EI.

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