Reddition de Sultan Ould Bady : l’Algérie revient dans le jeu du G5 Sahel

L’annonce par Alger de la reddition du responsable jihadiste Sultan Ould Bady, ancien cadre d’Aqmi rallié au groupe État islamique dans le Sahara, ravive les tiraillements qui agitent la région au sujet d’éventuels programmes d’amnistie.
La photo montre un homme de dos, vêtu d’un boubou crème et d’un turban couleur moutarde, posant à côté d’une table sur laquelle reposent une kalachnikov et un fusil mitrailleur PKM, leurs chargeurs respectifs, et de nombreuses munitions. C’est avec cette mise en scène bien rodée que le ministère algérien de la Défense a annoncé, le 11 août dernier, la reddition d’un chef jihadiste redouté à travers la région : Sultan Ould Bady.

Cet islamiste de nationalité malienne, Abdou Aïssa de son vrai nom, a combattu depuis le milieu des années 2000 sous les bannières des divers groupes armés qui pullulent dans la bande sahélienne – Mujao, Aqmi, groupe État islamique au Sahara. Impliqué dans le kidnapping de sept diplomates algériens à Gao en 2012 et dans au moins une prise d’otage contre une cible occidentale, Sultan Ould Bady a donc terminé sa carrière de jihadiste à Tamanrasset, dans le sud de l’Algérie, où il se serait livré de lui-même aux forces de sécurité.

VIDEO: QUI EST SULTAN OULD BADY?

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Le communiqué du ministère est succinct et ne précise ni comment ni pourquoi un chef islamiste étranger, endurci par une dizaine d’années de combats et de vie dans le maquis, a décidé un beau matin de se présenter aux portes d’une caserne algérienne avec sa kalachnikov et son fusil mitrailleur pour se constituer prisonnier.

Reddition ou arrestation ?

Selon un responsable d’Aqmi joint par Wassim Nasr, spécialiste des mouvements jihadistes à France 24, Sultan Ould Bady aurait en réalité été arrêté, avec six autres combattants, lors d’une opération de l’armée algérienne fin juin 2018. L’histoire de la reddition viserait à démontrer que les politiques d’amnistie à l’égard des groupes armés islamistes permettent de capturer des “gros poissons”. Selon des experts de la région, cette annonce pourrait même préfigurer un rapprochement officieux entre Alger et les forces françaises de l’opération Barkhane.

“Sultan Ould Bady vient confirmer une tendance à la hausse des redditions mais il faut toujours être prudent avec les annonces de l’Algérie, qui ne communique jamais par hasard. On a beaucoup parlé ces derniers mois de collaboration entre Barkhane et l’Algérie sur le fait d’amnistier des terroristes et, aujourd’hui, on peut considérer que c’est crédible”, confie à France 24 Jérôme Pigné, chercheur à l’Inserm et à l’institut Thomas More.

“L’Algérie est en train de dire qu’elle peut prendre en charge les redditions de militants jihadistes dans la région. Alger revient ainsi dans le jeu, s’impose comme un interlocuteur incontournable sans toutefois devenir membre du G5 Sahel. Ces amnisties ouvrent également une porte de sortie pour la France, qui est dans une impasse militaire”, précise Wassim Nasr.

Négocier ou éradiquer

L’Algérie a fait un large usage des programmes d’amnistie afin de mettre un terme aux affrontements entre l’armée et les groupes armés islamistes qui ensanglantèrent le pays lors de la “décennie noire” (1992 – 2002). Le Nigeria a également essayé de proposer une forme d’amnistie à certains insurgés de Boko Haram, mais sans réussite jusqu’à maintenant. La position officielle de la France est qu’il faut éradiquer ces groupes jihadistes.
Au Mali, l’idée d’amnistier des rebelles “repentis” dans le cadre d’accords politiques continue néanmoins à faire son chemin à mesure que les militaires de l’opération Barkhane échouent à chasser durablement les groupes armés.

“Même quand on arrive à taper fort sur un groupe ou une personne, si puissante soit elle, il y a toujours derrière une reconfiguration perpétuelle et très rapide des groupes armés sur le terrain”, explique Jérôme Pigné en référence à la capture de Sultan Ould Bady. Quelle que soit la manière dont ce dernier a été appréhendé – arrestation ou reddition – sa capture ne marquera donc pas un tournant dans les opérations militaires.

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