REVUE DE PRESSE AFRIQUE du 22 janvier 2018

A la Une: la répression en RDC

« Marche du 21 janvier : 6 morts de trop », titre Le Potentiel à Kinshasa en ce lundi matin. « Des Congolais, chrétiens ou non, acteurs politiques ou simples citoyens, sont sortis nombreux hier dimanche pour réclamer à cor et à cri l’application de l’Accord du 31 décembre 2016 et la décrispation politique, préalable à un processus électoral apaisé. Mais, déplore le quotidien kinois, les forces de sécurité ont réprimé dans le sang la marche pacifique initiée par le CLC, le Comité laïc de coordination. Bilan macabre : 6 morts, plus de 50 blessés et une centaine d’arrestations, dont des prêtres et religieuses. »

En tout cas, pointe Le Potentiel dans son éditorial, « dans les rangs du CLC, on n’est pas prêt à baisser les bras. Quoique menacés, ses membres promettent d’intensifier la pression, jusqu’à ce que le pouvoir cède à ses revendications. On n’est donc pas très loin d’un bras de fer. (…) L’année 2018 démarre dans un climat politique extrêmement tendu, relève encore le quotidien congolais, où le pouvoir fait preuve de démesure ; question de faire taire une population qui ne se lasse pas de revendiquer son droit à la démocratie et à la dignité. »

« Bibles et rameaux contre tirs à balles réelles », s’insurge pour sa part Cas-Info. « Même plus peur, s’exclame le site congolais. C’est le mot clef qui semble se dégager de cette deuxième journée de mobilisation appelée par le CLC contre le président Joseph Kabila. Pour les autorités congolaises, qui avaient misé une nouvelle fois sur la coupure d’internet et des SMS dans le but d’affaiblir le mouvement de contestation, la stratégie de la répression à huis clos semble ne plus fonctionner, constate Cas-Info, ainsi que l’ont montré les images et photos qui ont filtré malgré le blackout. La mobilisation de ce 21 janvier 2018 a été étonnamment beaucoup plus forte que celle d’il y a 3 semaines. Comme si les Kinois et les Congolais de partout dans le pays avaient enfin décidé de briser la peur face à la brutalité des forces de sécurité. »

Le temps long jusqu’en décembre…

Afrikarabia, site spécialisé sur la RDC, s’interroge : « dans cette ambiance d’état de siège permanent, combien de temps Joseph Kabila peut-il encore tenir ? Et combien de temps la communauté internationale pourra-t-elle tolérer cette répression aveugle, alors que le droit de manifester est clairement autorisé par la Constitution ? (…) Si le cycle de la répression est bel et bien lancé depuis plusieurs mois en RDC, le cycle de la contestation est lui aussi désormais sur les rails, pointe Afrikarabia. Le président congolais doit maintenant le savoir : à chaque appel à manifester lancé par le CLC, les Congolais répondront présents dans la rue. Et à ce rythme de mobilisation, le pouvoir risque de trouver le temps long jusqu’aux prochaines élections, qui ont été reportées en décembre prochain. C’est justement ce qu’espèrent les opposants au président Kabila : pousser le camp présidentiel dans ses retranchements et obliger le chef de l’Etat à se prononcer sur une des questions cruciales de la crise politique congolaise : qu’il déclare publiquement qu’il ne briguera pas un troisième mandat. »

Dans certains médias ouest-africains, c’est l’indignation. Exemple Ledjely en Guinée : « Cent, mille…, combien de Congolais devront tomber encore sous les balles des sbires de Joseph Kabila pour que la communauté internationale consente à mettre fin à cette spirale meurtrière ? C’est désormais la seule question qui mérite d’être posée. En effet, on ne comprend pas le silence de l’Union africaine et des chancelleries occidentales face à la politique de liquation que le président congolais mène exprès contre ses propres compatriotes. »

Les ambiguïtés de la France

Justement, et la France dans tout cela ? Vendredi,Le Monde Afrique pointait les « ambiguïtés de la diplomatie française avec le régime de Kabila. (…) Après une période de froid diplomatique sous François Hollande, l’entourage de Kabila se dit satisfait de la relation avec Paris, relève Le Monde Afriquedepuis l’arrivée au pouvoir de M. Macron. En juin, une délégation française a rencontré le président congolais dans la ville de Lubumbashi. La France, habituellement porte-plume” des résolutions de l’ONU sur l’Afrique, défend là, estime le journal, sa présence économique dans un pays en pleine crise politique. De quoi déchaîner la colère des internautes congolais sur les réseaux sociaux, avec une campagne de dénigrement de la France avec ce hashtag #BoycottFrance, apparu début janvier. »

Commentaire d’un cadre du Quai d’Orsay, interrogé par Le Monde Afrique : « on fait face à une campagne de diffamation qui peut faire des dégâts réels. »

Et puis autre commentaire, cette fois émanant d’un diplomate européen : « en RDC, la diplomatie française est dépourvue de véritable vision. Elle semble en particulier soucieuse de ne pas prendre trop fortement position contre Kabila afin d’éviter l’implosion du pays, au risque de donner l’impression de soutenir le régime. »

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