REVUE DE PRESSE AFRIQUE À la Une: enfin un nouveau Premier ministre en RDC

Quatre mois… Il aura fallu quatre mois pour que le président Tshisekedi et le chef de la majorité parlementaire, Joseph Kabila, arrivent à se mettre d’accord pour trouver l’oiseau rare. Il s’agit donc de Sylvestre Ilunga Ilunkamba, 73 ans, économiste, ministre dans les différents gouvernements sous le régime Mobutu. Cela avant de diriger le Comité de pilotage de la réforme des entreprises du portefeuille (le Copirep) et la Société nationale des chemins de fer du Congo, sous Kabila père et fils.

Alors, précise Le Potentiel à Kinshasa, « comme il l’a indiqué au cours de son point de presse, le nouveau chef du gouvernement va d’abord travailler à l’amélioration du social de la population, dont l’éducation et la santé, sans oublier la sécurité. […] On ose croire qu’avec cette lourde responsabilité qui lui a été confiée, il sera à la hauteur de sa tâche. On espère également, poursuit Le Potentiel, que le Premier ministre ne subira pas de pressions de la part du FCC qui risqueraient de créer une crise institutionnelle. Laquelle ne pourrait que nuire aux intérêts du peuple congolais. »

Désormais, pointe encore le quotidien kinois, « les consultations doivent se poursuivre laborieusement en vue de la composition de l’équipe gouvernementale. Seulement, prévient Le Potentiel, les Congolais n’aimeraient pas revoir les anciens fossoyeurs de l’économie nationale et autres détourneurs des deniers publics dans le prochain gouvernement. »

Dinosaure ?

« Technocrate et septuagénaire, Sylvestre Ilunga est-il l’homme de la situation ? », s’interroge pour sa part le site d’information congolais Cas-Info. « Le concert d’enthousiasme officiel autour de sa nomination n’est pas du goût de tout le monde, relève Cas-Info. À commencer par les agents de la Société nationale de chemin de fer du Congo qui n’ont pas tardé à rappeler que leur PDG leur devait plusieurs mois d’arriérés de salaires. Du côté des mouvements citoyens, ce n’est pas non plus le grand amour. Si le nouveau premier ministre, resté dans l’ombre ces dernières années, n’est pas impliqué dans les abus reproché à l’ancien régime de Joseph Kabila, sa figure d’ancien dinosaure passe mal. Tout comme son âge avancé, 73 ans. » En tout cas, conclut Cas-info, « ce sera sur le terrain du chômage, dans un pays où l’emploi est quasi inexistant, sur la relance d’une économie en berne, le manger et le boire des Congolais, qu’il devra prouver si Félix Tshisekedi a eu raison de remettre le sort de son début de mandat entre les mains d’un vétéran des années Mobutu. »

Malléable ?

Afrikarabia, site spécialisé sur la RDC n’est pas convaincu… « Le choix d’un technocrate relativement âgé et sans influence fait de Sylvestre Ilunga un Premier ministre sans poids politique avec de faibles marges de manœuvres. Il permet certes à Félix Tshisekedi de se prévaloir d’avoir évité la nomination d’un Kabiliste « pur jus » du type Yuma, mais il permet surtout à Joseph Kabila d’avoir un chef de l’exécutif très « malléable » à ses directives. Car l’enjeu principal de cette nomination est de déterminer qui aura véritablement le pouvoir en RDC. »

Désormais, poursuit Afrikarabia, « les rapports de force vont se mettre en place et nous verrons rapidement qui aura la main dans les arbitrages, du président Tshisekedi ou du FCC de Joseph Kabila, et donc qui tient vraiment la barre en RDC. Reste maintenant à savoir combien de temps prendront les tractations pour la formation du gouvernement ? Et là, le calendrier peut être encore… élastique. »

Deus ex machina…

Enfin dans la presse ouest-africaine, on s’interroge : « L’oiseau rare sera-t-il de bon augure ?, se demande ainsi Le Pays au Burkina. Saura-t-il incarner le changement et la rupture voulus par le nouveau maître de Kinshasa ? Rien n’est moins sûr, estime le quotidien ouagalais, à moins que le futur chef du gouvernement ne décide de rompre les ponts avec le pré-carré de Joseph Kabila dont il est issu ; auquel cas il court le risque de se voir emporté par une motion de défiance quand on sait que l’Assemblée nationale est dominée par des députés du Front commun pour le Congo. »

Quant à Kabila, relève Aujourd’hui, toujours au Burkina, « bien qu’il se soit retiré dans sa ferme de Kingakati, il reste le deus ex machina politique de ce pays-continent, car les hauts gradés de l’armée lui doivent leurs étoiles, son parti est majoritaire dans les Assemblées provinciale et nationale, et à présent il tient l’exécutif à commencer par le Premier ministre. »

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