REVUE DE PRESSE AFRIQUE A la Une : le pouvoir du peuple confisqué en Algérie

« Quelles conclusions faut-il tirer des événements de cette journée d’hier mardi ?, s’interroge TSA. Au moment même où Abdelkader Bensalah héritait de la présidence par intérim au Palais de la nation, les étudiants se faisaient matraquer au centre d’Alger par la police. »

Pour TSA, c’est clair : « une semaine après l’annonce officielle de la démission de Bouteflika, ceux qui ont tenté de faire dire à l’article 102 autre chose que ce qui est stipulé dans sa lettre ont dû déchanter. Abdelkader Bensalah est le nouveau chef de l’État pour les trois prochains mois, Noureddine Bedoui, le fidèle ministre de l’Intérieur de Bouteflika, dirigera le gouvernement pendant la même période et Tayeb Belaïz est celui qui aura le dernier mot dans toutes les étapes du processus électoral à venir. Il va sans dire que ce fait accompli n’aurait pas pu se produire sans l’aval du commandement de l’ANP. »

Résultat, soupire TSA, « l’idée d’une présidence collégiale est comme définitivement enterrée et il est à craindre maintenant que l’armée soit tentée par la manière forte pour imposer aux Algériens une option qu’ils ont rejetée unanimement et sans équivoque. »

Et TSA de s’interroger : « qu’en sera-t-il ce vendredi et ceux qui suivront lorsque les Algériens sortiront encore par millions exiger une vraie transition ? Le chef de l’armée peut toujours évacuer la suspicion et les appréhensions avec un discours franc et surtout des garanties solides. S’il ne le fait pas, il est à craindre que la crise, la vraie, ne fait que commencer… »

Vers une « conférence-souk » ?

Le Matin d’Algérie est tout aussi désabusé : « quand bien même on aurait fait démissionner Abdelkader Bensalah, son remplaçant aurait mis en œuvre la feuille de route du système tracée par Abdelaziz Bouteflika dès sa première lettre adressée à la nation. C’est-à-dire une ‘conférence souk’ et un léger lifting de la constitution qu’on va vite oublier après être dispersé. C’est la confiscation d’un effort révolutionnaire et fortement populaire qui partira en fumée pour la deuxième fois consécutive. Pourquoi ? Pour une question de pouvoir. On se donnera rendez-vous donc dans un demi-siècle. »

Continuer la lutte pacifique…

Pour sa part, El Watan veut encore croire à l’élan populaire : « en mettant en œuvre l’article 102 de sa Constitution caduque, le régime emprunte une voie dangereuse. Il vient tout simplement défier des millions de manifestants pacifiques qui pourraient désormais prêter l’oreille aux voix qui appelaient à des actions de contestation plus ou moins radicales, à l’exemple de la grève générale et la désobéissance civile. Des options jusqu’ici écartées par la plus grande partie des Algériens qui espèrent avec détermination, parvenir à un changement politique dans le calme et la sérénité. Face à la décision (provocation) du pouvoir, poursuit El Watan, les Algériens n’ont pas d’autre choix que de continuer la lutte pacifique pour imposer leur volonté : déboulonner le système en place et instaurer la démocratie. Accepter que la période de transition soit conduite par Bensalah ou ses semblables signifie le maintien du régime qui a anéanti les rêves de liberté et de justice pendant près de six décennies. »

Et El Watan de conclure : « ce vendredi sera certainement une autre journée mémorable dans l’histoire de notre pays, qui devra marquer le long parcours du combat pacifique pour la libération définitive des Algériens. »

Jusqu’où ira le bras de fer entre l’armée et la rue ?

De son côté, la presse ouest-africaine exprime toute son inquiétude…

« Le divorce est consommé entre la rue et l’armée », constate Le Pays à Ouagadougou. En effet, précise le journal, « l’armée semble avoir caressé le peuple dans le sens du poil par ses déclarations rassurantes pour opérer, par la suite, un passage en force en récupérant la révolution. Rien d’étonnant, pointe Le Pays, quand on sait que cette armée algérienne s’est toujours imposée comme l’une des composantes essentielles du système politique algérien. Se considérant comme l’héritière de toutes les luttes du peuple algérien depuis la guerre de libération nationale, cela aurait relevé du miracle qu’elle se laissât déposséder du pouvoir d’État. La question que l’on peut se poser est la suivante : jusqu’où ira ce bras de fer entre cette armée et la rue ? »

« Désormais, conclut Aujourd’hui, toujours au Burkina, ce seront les 90 jours les plus longs de l’Algérie, car à présent, c’est la rue contre l’armée et le système Bouteflika et il faut redouter le face-à-face Armée-manifestants. Car un bras de fer entre la rue et l’armée nationale est une perspective qui risquerait d’enlever le +cachet propre+ de cette révolution. La première bribe de réponse de ce qu’il adviendra, on l’aura ce vendredi. »

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