REVUE DE PRESSE FRANÇAISE A la Une: l’Elysée mise en cause par le Sénat

L’Elysée n’en finit plus de s’embourber dans l’affaire Benalla. Et le Sénat vient l’enfoncer plus encore…

« Sept mois de travail, s’exclame Mediapart, 48 personnes auditionnées, 30 informations complémentaires obtenues auprès de l’Élysée et des ministères concernés, 500 pages de documents remis et des conclusions accablantes… ce rapport sénatorial est un événement politique. (…) L’affaire Benalla est bien une affaire d’État, lance le site d’information. C’est ce que met en évidence ce rapport d’enquête des membres de la commission des Lois du Sénat, rendu public hier. » Le Sénat qui devrait saisir « le procureur de la République de Paris pour plusieurs parjures commis devant sa commission. Les sénateurs mettent également en cause le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, et le patron du Groupe de sécurité de la présidence de la République, le général Lionel Lavergne. »

Tous auraient fermé les yeux sur les agissements pour le moins suspects d’Alexandre Benalla.

« Bien sûr, rappelle Le Figaro, il y a ces passe-droits dont on se demande comment Alexandre Benalla a pu se les procurer. Le chargé de mission, qui se faisait passer pour un policier lors des manifestations du 1er Mai, collectionnait les privilèges : voiture de fonction, téléphone crypté, permis de port d’armes, passeports diplomatiques, badge d’accès à l’hémicycle de l’Assemblée nationale… Le garçon a beau être un as de la débrouille, l’entourage du chef de l’État n’a jamais réussi à justifier l’injustifiable. (…) Mais, au-delà de la roublardise de l’électron libre et de l’indulgence de sa hiérarchie, d’autres imputations sont très inquiétantes, pointe encore Le Figaro. Gonflé de l’influence qu’il se prêtait, Alexandre Benalla jouait aussi les importants auprès d’interlocuteurs africains, russes ou chinois. Moyennant de fortes rétributions et, parfois, pendant qu’il était encore en cour à l’Élysée. » Et Le Figaro de s’interroger : « Etait-il missionné dans le secret d’une diplomatie parallèle ? Alors que la justice enquête sur la disparition d’un coffre-fort, nombre de mystères demeurent. Les sénateurs ont raison : cette affaire ne révèle pas que la dérive d’un homme. Il est grand temps de mettre fin aux graves tribulations élyséennes et de remettre à plat le fonctionnement du palais. »

De l’affaire d’un été à l’affaire d’Etat…

« Affaire d’Etat » : l’expression revient avec force ce matin dans les éditoriaux…

En effet, pour L’Est républicain, « ce feuilleton à rebondissements relève définitivement plus de l’affaire d’État que de l’affaire d’un été. À la grande époque de ses petites phrases, Emmanuel Macron avait parlé de « tempête dans un verre d’eau ». Sans postuler au prix Nobel de physique, l’on peut assurer que, rarement, une si petite quantité de liquide aura éclaboussé autant de monde. »

L’Humanité renchérit : « Les conclusions de la commission d’enquête sénatoriale ont largué une décharge de glaçante vérité sur ce qui devient un scandale d’État. Non seulement Alexandre Benalla est accusé d’avoir menti sous serment, sur son rôle réel à l’Élysée, sur ses passeports diplomatiques, sur le contrat de sécurité russe, mais la protection dont il a bénéficié relèverait d’une accumulation de « dysfonctionnements majeurs » au plus haut sommet de l’État. »

En effet, insiste Sud-Ouest, « cette « affaire d’été » que brocardaient les partisans du chef de l’État se transforme peu à peu en affaire d’État, en grande partie à cause des maladresses et des cachotteries de l’entourage présidentiel. Ce qui aurait pu rester en effet au stade du fait divers, s’il avait été correctement géré et à temps, a tourné à l’enquête sur le fonctionnement – et les dysfonctionnements – de l’Élysée. Accuser le Sénat, majoritairement de droite, d’arrière-pensées politiques dans cette enquête, ne suffira pas à faire taire les questions. »

Contre-pouvoirs

En effet, le Sénat a fait son boulot et bien…, estime Nice-Matin : « En livrant avec calme et mesure ce rapport nécessaire qui dérange la majorité, le Sénat a parfaitement joué son rôle de contre-pouvoir. Et démontré de manière éclatante son utilité au moment où de nombreux acteurs du « grand débat » préconisent sa disparition. »

En effet, acquiescent Les Echos, « par ce travail mené à la mode sénatoriale, c’est-à-dire sans un mot plus haut que l’autre, la haute assemblée opère la plus redoutable des démonstrations : elle existe parce qu’elle est « utile », elle est « utile » parce qu’elle exerce sa mission de « contrôle » de l’exécutif. Elle joue son rôle de contre-pouvoir. »

Et s’il n’y a qu’une seule satisfaction à tirer de cette affaire, c’est bien ce rôle essentiel de contre-pouvoir… Et il n’y a pas que le Sénat, pointe Libération, c’est tout un ensemble qui a été à l’œuvre : « On accuse la presse de complaisance avec le pouvoir : ce sont (soi-disant) des « journaux-aux-mains-de-l’oligarchie-macronienne » qui ont révélé l’affaire et qui mettent régulièrement au jour de nouveaux éléments. C’est un Parlement composé (soi-disant) « d’élus-coupés-du-peuple », en l’occurrence une utile commission sénatoriale, qui a disséqué l’affaire et mis en difficulté l’exécutif. C’est une « justice-aux-ordres » (soi-disant) qui a approfondi les investigations et placé les prévenus en détention, aggravant encore l’embarras du gouvernement et de l’Elysée. Autrement dit, résume Libération, alors qu’on les vilipende de toutes parts, c’est bien la démocratie représentative et les contre-pouvoirs médiatiques et judiciaires qui ont défendu en l’espèce la rectitude publique et les intérêts des citoyens. Autrement dit, pointe encore Libération, la République démontre dans cette affaire qu’elle n’est pas un « système » aux mains de « l’oligarchie », mais une démocratie pluraliste, contradictoire, dotée d’instances d’information et de contrôle qui font leur travail et n’hésitent pas à mettre en cause le gouvernement, le président, l’Etat, le parti majoritaire, s’ils l’estiment légitime et nécessaire. »

Télé, livres, sport et parloir…

Quant à celui par qui le scandale est arrivé, Alexandre Benalla, il a pris ses quartiers à la prison de la Santé… Le Parisien nous livre quelques détails : « L’ex-chargé de mission à l’Elysée occupe seul une cellule de 9m2, équipée d’une douche, d’une télé, mais aussi d’un petit frigo et d’une plaque à gaz. »

Alexandre Benalla a été placé dans « le quartier des personnes vulnérables, poursuit le journal. Soit une trentaine de cellules dédiées aux détenus « médiatiques » – personnalités connues ou dont les faits commis ont eu un retentissement – ainsi qu’à ceux dont l’intégrité pourrait être menacée s’ils étaient en régime classique, par exemple les prévenus d’infractions à caractère sexuel. Dans ce même quartier que lui, d’ailleurs, il y a les policiers de la BRI condamnés fin janvier pour viol. »

Alexandre Benalla « est apparu détendu à son arrivée, rapporte encore Le Parisien. Il semblait préparé à l’idée d’aller en prison, a noté l’un de ceux qui l’ont croisé, et s’est montré satisfait d’avoir une télévision dans sa cellule, demandant à avoir accès à des livres, au sport et au parloir. »

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