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Sécurité, économie, politique : le lourd bilan de Kaboré au Burkina

Alors qu’il brigue un second mandat, le président burkinabé présente un bilan faible tant du point de vue sécuritaire, la violence n’ayant jamais autant embrasé le pays, qu’économique et politique, les réformes promises étant au point mort du fait de la persistance de la menace djihadiste.
L’heure du bilan. A quelques mois de l’élection présidentielle, qui se tiendra en octobre prochain, le Burkina Faso s’interroge sur le quinquennat de Roch Marc Christian Kaboré. Elu en 2015, le président « normal » – un épithète qui avait porté, avant de le desservir, son ex-homologue français, François Hollande –, que d’aucuns qualifient encore de président « diésel » ou de « vieux sage », devrait selon toute probabilité concourir à sa réélection. Et défendre, pour ce faire, son bilan à la tête d’un pays en pleine tourmente, traversé par de constants troubles sociaux et durement éprouvé par la recrudescence des attaques djihadistes et des violences intercommunautaires.

Un contexte sécuritaire hors de contrôle

La question sécuritaire sera donc, logiquement, en tête des préoccupations des électeurs burkinabés. Une problématique qui s’est, le 16 janvier 2016, brutalement imposée dans l’agenda politique du nouveau président, lorsque pour la première fois dans l’histoire du Burkina Faso, une trentaine de civils a été sauvagement abattue par un commando djihadiste. Le tout, en plein centre de la capitale, Ouagadougou. « On ne peut pas analyser l’action (de Kaboré) en occultant ce qui s’est passé ce jour-là, tente de justifier auprès de Jeune Afrique l’un des proches du président. Cela a été un vrai coup dur. (Le chef de l’Etat) ne s’y attendait pas du tout et a été cueilli à froid. Il n’a eu d’autre choix que de changer de logiciel dès le début de son mandat ».

Impréparation (reconnue par son propre camp), improvisation (avouée de même) et dégradation du contexte sécuritaire : voilà le – très – maigre bilan de Kaboré en matière de sécurité. Depuis son élection, les attentats se succèdent – à Ouagadougou, toujours, en 2017 et 2018 – et l’insécurité s’est étendue du nord à l’est du pays, régions où les attaques djihadistes ont coûté la vie à des centaines de militaires et de civils. L’une des dernières en date, perpétrée le 19 août 2019 contre la base militaire de Koutougou, dans le nord du Burkina, avait encore franchi un cap dans la terreur, conduisant au décès de plus d’une vingtaine de soldats. « Si les décisions du gouvernement étaient à la hauteur, (…) ce fléau aurait été enrayé » dénonce Eddie Komboïgo, président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), et futur candidat à l’élection présidentielle.

« C’est un bilan (humain) qui nous interpelle », a déclaré de son côté le président Kaboré, parlant d’une « tache noire dans la vie de notre armée nationale ». « Interpellées », les autorités ont pourtant laissé leurs soldats se défendre pendant des heures, sans leur envoyer aucun renfort, jusqu’à leur mort atroce, brûlés vifs dans leur cantonnement. Une réaction pas à la hauteur des enjeux, selon l’Union pour le progrès et le changement (UPC), l’ancien parti au pouvoir, désormais dans les rangs de l’opposition, selon qui « l’équipe est dépassée par la tournure des évènements » et ne prend pas les mesures adéquates pour protéger la population des terroristes. La mutinerie a, en effet, été évitée de justesse.

« Mais la colère est toujours là », affirme un officier dans les pages de Libération, témoignant des difficultés d’une armée selon lui mal équipée, mal préparée et en manque d’effectifs. Alors qu’après ses voisins du Sahel, le Burkina sombre dans la violence islamiste, poussant les forces françaises de l’opération Barkhane à intervenir directement dans le pays, l’armée nationale semble de plus en plus débordée, incapable de faire face aux groupes terroristes. Et si le président Kaboré a bien validé une loi autorisant le recrutement de volontaires civils, cette initiative n’est pas sans déplaire aux militaires de carrière : « c’est encore une façon de nous dévaloriser. Ce pouvoir n’a pas confiance en son armée », tranche le même officier, selon qui le régime envoie délibérément ses forces « à l’abattoir ».

Pour Eddie Komboïgo, « les besoins des populations ne sont pas satisfaits »

Dans ce climat délétère, reste-t-il une place pour les questions non strictement sécuritaires ? « Le retour à la sécurité est notre premier souci, avance Simon Compaoré, un proche du président, car sans elle les entrepreneurs ne peuvent pas faire avancer leurs chantiers, les éleveurs ne peuvent pas faire paître leurs bêtes, les commerçants ne peuvent pas échanger », etc. Une manière de reconnaître que la machine économique et politique est à l’arrêt tant que le pays est en proie à la violence.

De fait, un certain nombre de réformes promises durant la campagne de 2015 n’ont jamais été traduites en actes, telles que la fin des écoles sous paillote ou celle des corvées d’eau. « Sur le plan économique, des sociétés ont disparu, les industries tant promises n’ont pas ouvert, les investissements pour des infrastructures n’ont pas été décaissés… Les besoins des populations ne sont pas satisfaits » dénonce encore Eddie Komboïgo. « Les syndicats se sentent trahis, et ils ont raison de ne plus faire confiance au gouvernement ».

A cet immobilisme forcé et à la colère grandissante des syndicats s’ajoutent des grèves incessantes et la défiance de plus en plus marquée de l’armée et des simples citoyens, qui attendent aussi de voir se concrétiser les promesses de « réconciliation nationale ». Du point de vue politique comme sécuritaire, le bilan de Roch Marc Christian Kaboré ne plaide décidément pas pour sa réélection.

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