SEUL L’ESPRIT DU « SÉNÉGAL QUI GAGNE !» PEUT SAUVER NOTRE PAYS ! (Par Cheikh Tidiane Gadio

L’indiscipline notoire, l’individualisme caractérisé, les dissertations « savantes » sur des sujets inconnus, l’attitude de défiance à l’Etat, peuvent nous mener très loin dans la mauvaise direction.

Avec plus de 1300 personnes infectées et quelques centaines de morts, le Coronavirus est en train de prendre lentement mais sûrement possession du continent africain mettant potentiellement en danger plus d’un milliard deux cent millions d’africains. Aujourd’hui plus de 40 pays sont infectés et il est facile de prédire que la totalité des 54 états africains le seront dans les jours à venir.

Si notre pays le Sénégal fait partie des pays les plus infectés en Afrique sub-saharienne, ce n’est pas faute d’un leadership fort et d’efforts colossaux du président de la République qui a agi en vrai « Commander-In-Chief » (Chef suprême des Armées), appuyé par tout son gouvernement, en particulier par son ministre de la santé au front 24h sur 24. Devant un danger sans précédent, l’État du Sénégal a assurément organisé une riposte sans précédent et mérite notre reconnaissance même si on est loin du compte devant l’agression du fameux virus.

Il nous faut aussi saluer fortement l’union sacrée des Sénégalais après l’appel à la mobilisation du président de la République ! L’opposition nationale (toutes tendances confondues), les non-alignés, la société civile ont prouvé leur sens de la hauteur et ont confirmé leur fervent patriotisme en montrant par leur attitude que le Sénégal est notre patrimoine commun indivisible et qu’il est au-dessus de nos différences ou divergences surtout face à une adversité aussi grave que celle que pose le Coronavirus.

La communauté des médecins et de tous les professionnels de la santé, soutenue par les brillants savants et scientifiques sénégalais de classe mondiale, se sont eux aussi illustrés au front nuit et jour pour éviter à notre pays de sombrer dans le désastre comme celui expérimenté par un grand pays européen qui nous est si cher : l’Italie ! Ce pays (plus grande victime mondiale du Coronavirus) a offert une hospitalité remarquable à plusieurs dizaines de milliers de nos compatriotes et mérite amplement notre compassion et notre solidarité.

La grande question adressée au Sénégal est de savoir si le peuple a été à la hauteur des gestes posés par son gouvernement. L’indiscipline notoire, l’individualisme caractérisé, les dissertations « savantes » sur des sujets inconnus, l’attitude de défiance à l’Etat républicain, le refus latent et parfois manifeste de reconnaître une seule autorité dans la gestion des affaires de la République peuvent nous mener très loin dans la mauvaise direction.

Nos experts ont beaucoup investi (temps, énergie, et connaissances) pour bloquer le virus au stade de l’endiguement en essayant de briser la chaine de transmission puisque seul ce stade leur semblait gérable par les Etats africains dans leur configuration actuelle. Malheureusement, les citoyens sénégalais en ont décidé autrement en répandant le virus presque partout sur le territoire national avec une inconscience et une défiance quasi déconcertantes. La « convocation » de nos illustres Waliyous pour « barrer la route au virus », en lieu et place de notre propre self-discipline et comportements responsables, est un acte de désinvolture et d’offense à ses hommes de Dieu dont l’érudition et la sagesse de dimension universelle ne sont plus à prouver.

Avant d’être un combat contre le virus corona, le combat actuel devrait être un combat sénégalo-sénégalais pour ramener nos compatriotes à la raison et leur rappeler les actes de gloire de notre peuple chaque fois qu’il s’est paré de « l’esprit du Sénégal qui gagne ! ». Pour paraphraser l’autre « la bataille contre le Coronavirus se gagnera d’abord dans nos esprits, dans nos cœurs, dans nos comportements avant de se gagner sur le terrain de la santé ! »

Si le corps médical sénégalais construit des digues et des barrages le jour, et si des citoyens sénégalais les détruisent la nuit, le Coronavirus serait heureux de venir célébrer sa victoire au Sénégal. Même scénario pour le reste de l’Afrique. Qu’on arrête vite de prétendre que ce virus est un « ami des Africains » qu’il a choisi d’épargner. C’est faute de bien le connaître. Il n’a pas d’états d’âme, il n’est pas « raciste » et il est déterminé à réussir son tour du monde.

Quant à l’Afrique, le choix absurde de tenter de construire 54 Etats par des chevauchés solitaires en lieu et place d’un puissant État fédéral vient de prouver encore une fois et de façon incontestable son caractère erroné. Le Coronavirus n’a trouvé nulle part en Afrique une infrastructure sanitaire à la hauteur du défi qu’il a lancé au continent. En attendant, essayons au moins d’organiser en Afrique une riposte collective et coordonnée en mutualisant nos expertises et en organisant notre solidarité et notre partage d’expérience et de meilleures pratiques. Tout pays africain qui refuse une telle démarche se fera mal et fera mal aux pays frères voisins.

Là où l’Italie, la France, les États-Unis – entre autres puissances – n’ont pas réussi à endiguer le mal à la racine, l’Afrique risque d’être anéantie et transformée en un champ de ruines si nous ne réussissons pas le sursaut lié à l’instinct de survie. Comment des pays africains (le Sénégal y compris) qui peinent à mobiliser 30 à 50 lits pour une assistance respiratoire urgente pour leurs patients peuvent-ils supporter 20.000 malades graves qui ont besoin d’une assistance immédiate… ?

Le destin du Sénégal est clairement entre les mains de ses citoyens. Suivons à la lettre les instructions des autorités médicales et scientifiques ! Laissons-nous guider par le leadership du gouvernement. S’il faut aller au confinement total et strict de tout le pays ou au confinement partiel en visant certaines villes (surpeuplées ou potentiels foyers de la maladie), moyennant bien entendu un accompagnement des familles démunies en approvisionnements et en moyens de survie, l’État – avec notre soutien inconditionnel – devrait le décréter…

Nos chefs religieux et coutumiers peuvent et doivent jeter leur poids et leur aura dans cette bataille du « comportement responsable des citoyens » afin de discipliner les talibés et leur faire observer strictement les lois et décisions des autorités de la République. La liberté de culte est sacrée et inviolable au Sénégal, mais si la fréquentation des lieux de culte propage une épidémie et sème la mort et la désolation parmi les fidèles, elle peut-être temporairement suspendue.

Le Coronavirus ou COVID-19 a encore prouvé la vanité et la tragédie de la « condition humaine ». Malgré nos missiles inter-continentales, nos armes nucléaires, les voyages sur la lune, le clonage, le numérique triomphant, un petit virus évidemment invisible est venu rappeler aux humains notre statut de «géant aux pieds d’argile ».

Paraphrasons une expression venue de Chine (pays d’où est origine le virus) en déclarant que « Le Coronavirus est un tigre en papier ! ». Toutefois, comme tout tigre, il fera très mal, mais nous finirons par le « neutraliser » parce que nous sommes doués de raison, d’intelligence et de bon sens … quand cela nous plait de nous en souvenir !

Docteur Cheikh Tidiane Gadio est Vice-Président de l’Assemblée nationale, Président du MPCL – LUY JOT JOTNA

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