Soudan: 8 personnes condamnées à de la prison pour avoir manifesté

Huit personnes ont été condamnées jeudi à de la prison au Soudan pour leur participation à des manifestations interdites par le régime du président Omar el-Béchir, les premières peines prononcées depuis l’instauration de « tribunaux d’exception » en début de semaine.

Quatre manifestants ont été condamnés à cinq ans de prison, trois à trois ans et un à six mois pour « participation à un rassemblement interdit » par trois tribunaux différents à Khartoum, a rapporté l’agence officielle SUNA.

L’Alliance des avocats démocrates, membre du principal groupe organisant la contestation, a affirmé dans un communiqué que 870 manifestants avaient été conduits devant des « tribunaux d’exception » – chargés de réprimer les violations de l’état d’urgence – à Khartoum et dans la ville voisine d’Omdourman.

La police disperse des manifestants à coup de gaz lacrymogènes à Khartoum, au Soudan, le 24 février 2019.
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Selon elle, les tribunaux ont classé sans suite de nombreux cas mais des dizaines de manifestants ont été condamnés à des peines allant de deux semaines à un mois de prison.

Ces condamnations sont les premières depuis la mise en place mardi de ces tribunaux spéciaux, qui enquêtent sur les violations de l’état d’urgence, passibles de dix ans de prison.

L’état d’urgence a été imposé le 22 février, pour un an et dans tout le pays, par M. el-Béchir, confronté depuis le 19 décembre à des manifestations quasi quotidiennes déclenchées par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, dans un pays en plein marasme économique.

– « Aucune alternative » –

La contestation s’est ensuite transformée en un mouvement réclamant le départ du président, âgé de 75 ans, qui tient le pays d’une main de fer depuis un coup d’Etat soutenu par les islamistes en 1989 et qui envisage de briguer un troisième mandat en 2020.

Lundi, après une nouvelle journée de protestations, il avait durci le ton en interdisant tout rassemblement non approuvé et en autorisant les forces de sécurité à mener des raids et des fouilles corporelles.

Défiant ces mesures, des centaines de manifestants sont de nouveau descendus dans les rues jeudi, en scandant « liberté, paix, justice » dans plusieurs quartiers de Khartoum et d’Omdourman, ont indiqué des témoins.

« Nous sommes sortis aujourd’hui parce que nous n’avons aucune alternative », a assuré Siddiq, qui n’a indiqué que son prénom par mesure de sécurité.

« La seule alternative que nous avons est de renverser ce régime. Nous continuerons malgré l’état d’urgence », a-t-il clamé.

Les rassemblements dans certains secteurs d’Omdourman et dans le quartier de Shambat et la rue 60 à Khartoum étaient parmi les plus importants organisés depuis décembre, d’après les mêmes sources.

La police a tiré des gaz lacrymogènes sur les protestataires, a-t-on ajouté.

– « Retour à un régime militaire » –

Depuis le le 19 décembre, 31 personnes sont mortes, selon un bilan officiel. L’ONG Human Rights Watch (HRW) évoque de son côté le chiffre de 51 morts.

Le puissant Service national du renseignement et de la sécurité (NISS) mène la répression et a arrêté depuis décembre des centaines de manifestants, leaders de l’opposition, militants et journalistes, d’après des ONG.

La famille du rédacteur en chef du journal indépendant Al-Tayar, Osmane Mirghani, détenu par le NISS depuis le 22 février, a de son côté indiqué jeudi ne pas avoir eu le droit de lui rendre visite et ne pas connaître le lieu de sa détention.

M. Mirghani avait été arrêté après avoir déclaré à la télévision que les mesures annoncées par le président ne parviendraient pas à stopper le mouvement réclamant son départ.

Face au plus sérieux défi depuis son arrivée au pouvoir, M. Béchir a limogé vendredi dernier le gouvernement aux niveaux fédéral et provincial et nommé à la tête des 18 régions du pays 16 officiers de l’armée et deux responsables de la sécurité.

Mardi, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada et la Norvège ont déploré le « retour à un régime militaire », des accusations rejetées par Khartoum comme une « intervention » dans les affaires intérieures du Soudan.

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