Soudan : deuxième jour de négociations entre les généraux et la contestation

Après des semaines de blocage, les généraux au pouvoir au Soudan et les chefs de la contestation se retrouvent jeudi pour un deuxième jour de négociations, afin de parler de la formation d’une instance de transition et tenter de sortir de l’impasse politique.

Le Conseil militaire, qui a pris les rênes du pays après la destitution le 11 avril du président Omar el-Béchir, est engagé depuis plusieurs mois dans un bras de fer avec les chefs de la contestation, qui réclament l’instauration d’un pouvoir civil.

Grâce à une médiation de l’Ethiopie et de l’Union africaine (UA), les deux camps ont toutefois repris mercredi des pourparlers cruciaux pour dessiner les grandes lignes de la transition à venir.

Les pourparlers vont se poursuivre jeudi soir, a indiqué à l’AFP Ahmed Rabie, une figure de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation.

Soudan: sept morts lors de manifestations massives
Ils porteront sur la direction du « Conseil souverain », a-t-il précisé, l’instance qui doit superviser la période de transition. En mai déjà, c’est cette question qui avait entraîné la suspension des pourparlers.

Les généraux souhaitent en « confier la présidence à un militaire », a expliqué M. Rabie jeudi. « Mais nous pensons que le symbole de l’Etat doit être un civil ».

La rencontre des représentants des deux camps mercredi soir, en présence des médiateurs de l’Ethiopie et de l’UA, était la première du genre depuis la dispersion dans le sang le 3 juin d’un sit-in de manifestants devant le QG de l’armée à Khartoum, qui a fait des dizaines de morts et provoqué un tollé international.

– Libération de rebelles –

Le « Conseil souverain » doit être constitué de huit civils et sept militaires, selon le plan de transition préparé par les médiateurs, dont l’AFP a obtenu une copie.

Sur les huit civils, sept seraient issus de l’ALC tandis que le dernier serait choisi par les deux camps.

D’après le texte, l’instance devrait être présidée par un militaire pendant 18 mois, avant qu’un civil ne prenne la relève jusqu’à la fin de la transition.

Les médiateurs savent que la direction du « Conseil souverain » constitue le « seul point de divergence » entre les deux parties, d’après les mots du médiateur éthiopien Mahmoud Drir.

L’ALC avait accepté mercredi une reprise des « négociations directes » à condition qu’elles ne dépassent pas trois jours.

« Les parties ont mené des négociations responsables », a dit aux journalistes mercredi soir le médiateur de l’UA, Mohamed El-Hacen Lebatt, faisant état de la décision de libérer « tous les prisonniers politiques ».

Jeudi, 235 membres d’un groupe rebelle du Darfour (ouest), « l’Armée de libération du Soudan », une faction qui fait partie de l’ALC, ont été libérés d’une prison d’Omdourman, ville voisine de Khartoum, a constaté un journaliste de l’AFP.

Ils ont été accueillis par leur famille. Leur « amnistie » avait été prononcée par le chef du Conseil militaire de transition, le général Abdel Fattah al-Burhane.

– Désobéissance civile –

La reprise des pourparlers intervient quelques jours après des manifestations de masse dans le pays, qui ont vu des dizaines de milliers de personnes déferler dimanche dans les rues pour réclamer aux généraux de céder le pouvoir.

Depuis le 3 juin, la répression a fait 136 morts, dont une centaine seulement dans la dispersion meurtrière du sit-in devant le siège de l’armée à Khartoum, selon un comité de médecins proche de la contestation. Les autorités évoquent un bilan de 71 morts depuis la même date.

Les chefs de la contestation ont appelé à la tenue d’une grande manifestation le 13 juillet, suivie le lendemain par une campagne de désobéissance civile.

Une campagne similaire avait quasiment paralysé la capitale du 9 au 11 juin.

La contestation au Soudan a été déclenchée en décembre par le triplement du prix du pain, dans un pays pauvre à l’économie exsangue.

Les manifestations ont rapidement pris une tournure politique en réclamant l’éviction d’Omar el-Béchir, qui dirigeait le pays d’une main de fer depuis près de trois décennies.

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