Tribunal de Dakar : Tout ce qu’il faut savoir sur le procès en appel de Barthélémy Dias…

Le 17 avril 2018, Barthélémy Dias écopait d’une peine d’emprisonnement de six mois ferme au tribunal de Dakar pour les motifs d’outrage à magistrat, provocation d’un attroupement non autorisé, discrédit sur une décision de justice.

Après six mois d’emprisonnement à la Mac de Rebeuss, l’édile de Mermoz-Sacré Cœur recouvre la liberté le dimanche 30 septembre 2018. Opposé aux charges qui lui ont valu la prison, le fils de Jean Paul Dias a interjeté appel pour décharger son casier judiciaire.

Aujourd’hui, mercredi 07 novembre 2018, l’un des plus fidèles compagnons de Khalifa Sall, ex-maire de Dakar, a renoué avec la barre mais sans la présence de plus grand nombre de ses avocats dont Me Ciré Clédor Ly actuellement en voyage hors du pays.

A 9 h 55 mn, se présentent au tribunal, à la salle six (6), le Juge, ses assistants, le procureur et un greffier en charge de ce dossier en audience correctionnelle, à la troisième chambre de la Cour d’Appel de Dakar. Du camp de Barthélémy Dias, une seule robe noire, Me Khouraichi Bâ, pour prendre sa défense.

A l’entame du procès, Barthélémy, rappelle les motifs qui ont prévalu son emprisonnement de six mois ferme, non sans rejeter toutes les charges qui ont pesé sur ses épaules en dénonçant un procès politique à la place d’un procès judiciaire.

« Je n’ai outragé aucun magistrat ! En première instance, le juge n’a pas voulu m’écouter. Il a voulu me sanctionner. Le pouvoir veut coûte que coûte que les opposants soient tous en prison, il veut me prendre en exemple pour museler certains ou dissuader d’autres. Nous avons une ambition présidentielle et nous ferons tout pour que notre candidat (Khalifa Sall) se présente en février 2019 ».

Il poursuit : « Je n’ai jamais insulté un magistrat. J’admets que mes propos peuvent déplaire, mais je ne me suis jamais adressé aux magistrats, mais à la magistrature. Je suis là pour des raisons exclusivement politiques et cela m’amène à demander pourquoi, à l’approche de chaque élection, on m’arrête ? »

Serein dans ses procès, le maire Dias a fait preuve, devant le juge, d’une grande retenue, d’une sagesse à la hauteur de son ambition, celle de laver l’affront, car considérant jusqu’à présent qu’il n’est victime que du « long bras » d’un pouvoir exécutif sur le judiciaire.

Venu à la rescousse de son confrère Me Khouraichi Bâ, le tonitruant, Me El Hadji Diouf, a enflammé la salle six (6), ce mercredi 07 novembre 2018 au tribunal de Dakar. Éloquent dans la plaidoirie, philosophe et imam en même temps dans la manière de le dire, l’avocat d’Assane Diouf a attiré l’attention de l’auditoire.

« Aujourd’hui, c’est la justice qui est jugée… Barthélémy, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, c’est quelqu’un que l’on ne doit pas sacrifier. Il aime son pays. Il n’est ni un bandit, ni un trafiquant de drogue, ni rien d’autres. C’est un jeune brave qui aime son pays, qui se bat pour lui et que l’on doit aimer. On ne doit pas le sacrifier… », a d’abord fait entendre Me El Hadji Diouf dans une théorie plus que sophiste rappelant la maïeutique socratique qui accouchait les esprits pour le triomphe de la vérité. Le tribunal n’a pas aimé cette technique et Me Diouf s’est arraché la parole plus tard.

Pour la robe noire, Barthélémy Dias est simplement victime de sa critique à l’endroit des affaires qui concernent la cité. A cet effet, il déclare ce qui suit : « Dans un pays où la critique et l’auto-critique sont mises de côté, à bas le développement. Cette décision de faire de Barthélémy comme quelqu’un qui a discrédité une décision de justice ou qui a insulté un magistrat, est simplement une décision inacceptable, car n’étant pas objective mais plutôt subjective ».

Il renchérit en ces termes : « Les juges, dans ce dossier, sachant qu’ils n’ont pas d’arguments, ont répondu à leur défaut d’arguments. C’est seulement au Sénégal, où l’on emprisonne des personnes pour leur avis. Le juge se croit ici presque intouchable et sur le trône de sa magistrature, il a tendance à écraser toute personne qui touche à un petit pan de sa robe noire. Même Dieu pardonne. Tout le monde sera jugé demain, nul n’échappera au jugement du Tout Puissant… Il faut y penser ! ».

Pour le procureur, au regard des déclarations de Me El Hadji Diouf, « liberté d’expression ne veut pas dire que l’on a le droit de dire tout ce que l’on veut dire. Si on laisse quiconque dire ce qu’il veut et traiter les institutions de tout ce que l’on veut, c’est l’anarchie que l’on va instaurer dans ce pays, le désordre va s’installer. Barthélémy doit savoir s’arrêter là où la liberté des autres commencent et là où le droit l’arrête » .

A la fin des plaidoiries, vers 13 heures 30 mn, le Juge reprend la parole et annonce le délibéré au 12 décembre 2018. La salle s’est vidée de son monde, composé des limiers de la justice, des militants et sympathisants de Barthélémy Dias, d’avocats et de journalistes.

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