Zoom sur la médecine traditionnelle au Cameroun

La médecine traditionnelle au Cameroun comme partout ailleurs en Afrique a connu une certaine évolution ces 20 dernières années. Ladite évolution a des liaisons avec les crises économiques qui ont secoué l’Afrique et singulièrement le Cameroun, notamment la dévaluation du Franc CFA en 1994, qui a réduit le pouvoir d’achat des populations les renvoyant vers cette médecine alternative.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit la médecine traditionnelle comme la somme totale des connaissances, compétences et pratiques qui reposent sur les théories, croyances et expériences propres à une culture et qui sont utilisées pour maintenir les êtres humains en bonne santé ainsi que pour prévenir, diagnostiquer, traiter et guérir des maladies physiques et mentales. C’est une pratique qui repose essentiellement sur des remèdes produits à partir des dérivées de la nature et notamment de la forêt : plantes, écorces, etc.

Le milieu de la médecine traditionnelle au Cameroun est infesté par le virus de la mauvaise pratique. C’est un milieu par excellence où les charlatans en panne d’inspiration et dont la mission n’est autre que celle de se faire du beurre sur le dos des pauvres camerounais, au prix de leurs vies, dictent leur loi. La plupart des tradi-praticiens ont des entreprises ambulantes. Leur bureau est le plus souvent le marché ou les agences de voyage de train ou de transport inter-urbain. Leur capital ou « fonds de commerce » réside dans une mallette (pour les plus nantis) ou un simple plastique à l’intérieur duquel vous retrouverez des plantes, des poudres et des décoctions aux vertus thérapeutiques incalculables. Qui d’entre nous n’a pas encore été assailli lors d’un voyage Douala-Yaoundé par ces tradi-praticiens qui usent de la puissance de leur verbe pour nous amener à acheter leur produit ? Et comme, les camerounais sont des « Thomas », qui aiment voir avant d’accepter, ce n’est qu’après avoir gouté ou écouté les retours (témoignages) positifs des anciens clients (patients) qu’ils se décident à débourser la modique somme de 500 FCFA (ou plus) pour acheter le produit. S’il n’est pas suffisamment éloquent, persuasif et comique, il peut même arriver qu’il ne vende rien et descende au terminus bredouille. Dans les rues du pays, on peut voir ainsi une foule de personnes, sous un soleil accablant, écouter obstinément un orateur- naturopathe posté derrière sa voiture avec la malle arrière ouverte, vantant les bienfaits de ses produits naturels. Muni d’un micro et d’un haut parleur, il communie avec la foule en touchant aux problèmes de santé élémentaire.

De plus, de nombreux camerounais moins nantis n’ont pas d’autre choix que de faire recours aux médecins traditionnels. Ces derniers sont le plus souvent les premiers et les derniers remparts des maladies contagieuses. La démarche est simple : lorsqu’il est frappé par une maladie infectieuse, le patient moins nanti ou ignorant va d’abord voir chez un médecin traditionnel ou tradi-praticien. C’est lorsqu’il n’obtient pas la guérison qu’il frappe à la porte de la médecine moderne.

Et à l’inverse aussi, les cas les plus désespéré de la médecine moderne finissent par se diriger vers la médecine traditionnelle.

Même en l’absence d’un cadre réglementaire, le fossé qui sépare les médecins modernes et les tradi-praticiens s’est considérablement résorbé ces dernières années. En avril 2007, le gouvernement camerounais, avait introduit un projet de loi visant non seulement à assainir le secteur de la médecine traditionnelle mais aussi a résorber certains problèmes para physiques auxquels la médecine moderne est souvent confrontée. Ce texte permettra aux corps de métiers se rattachant à la médecine traditionnelle d’être éclaircis. Il en sera ainsi des naturopathes, la pharmacopée, la phytothérapie, la pharmacie traditionnelle africaine et la voyance. En plus, une collaboration doit désormais exister entre les praticiens de la médecine traditionnelle et ceux de la médecine moderne. Ce qui évitera des situations de dérive comme il y a quelques années où l’autorité en charge de la santé publique avait frappé le poing sur la table en fermant systématiquement des cliniques de médecine naturelle dont les promoteurs prétendaient soigner le VIH/sida. Il n’était pas possible à cette époque d’évaluer ces affirmations sans l’existence d’un organe comme le Conseil national des tradi-praticiens du Cameroun ou le comité consultatif national du même corps prévu dans la nouvelle loi cadre.

Le rôle de la médecine traditionnelle dans les soins de santé a reçu un sérieux coup de pouce après la publication en 2013 d’une mise à jour de la « Stratégie de médecine traditionnelle », un ouvrage rédigé par Dr Luis Sambo, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique. Ceci redonne espoir aux défenseurs de la médecine traditionnelle en mettant l’accent sur certaines actions importantes que les pays doivent mener pour sa sauvegarde.

Il s’agit notamment d’accélérer la mise en œuvre des politiques nationales de médecine traditionnelle, de veiller à ce que les produits de la médecine traditionnelle soient sans danger, abordables et accessibles, tout en protégeant les droits de propriété intellectuelle en vue de préserver les connaissances et les ressources de la médecine traditionnelle. D’autres mesures proposées englobent le renforcement des capacités des ressources humaines en vue du développement de cette forme de médecine, la promotion et l’organisation de la culture à grande échelle et de la conservation de plantes médicinales.

Les objectifs fixés englobent notamment l’investissement dans la recherche sur la médecine traditionnelle, l’inclusion des produits de la médecine traditionnelle dans les listes nationales de médicaments essentiels, ainsi que la culture à grande échelle de plantes médicinales et une production locale axée sur les maladies prioritaires.

En 2002, l’Organisation mondiale de la santé(OMS) avait publié des directives visant à aider les pays comme le Cameroun à réglementer la médecine traditionnelle, ce qui est en train d’être fait aujourd’hui par les autorités camerounaises. Le texte de loi-cadre qui doit être bientôt publié permettra d’intégrer dans le système de soins de santé des pratiques de médecine traditionnelle.

« Le monde dispose de nombreux atouts parmi lesquels, une diversité végétale et minérale importante. Cette biodiversité des plantes et des minéraux bien utilisée restaure la santé des hommes et des animaux. C’est d’ailleurs ce qu’avaient par un savoir séculaire toujours utilisé nos parents pour guérir des affections parfois inconnues de la médecine dite conventionnelle.Longtemps relayé au second plan, Il est plus que temps aujourd’hui que nous réveillions cet héritage en vue de donner une nouvelle alternative de soins aussi bien aux populations qu’aux animaux », déclare Amadou, tradi-praticien.

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