AUJOURD’HUI : 1er décembre 1944, la France massacre des dizaines de tirailleurs à Thiaroye

C’est l’épisode le plus triste et le plus accablant de l’histoire qui lie la France à l’Afrique. Plus que la colonisation et l’esclavage qui sont des processus de domination, le massacre de Thiaroye constitue elle la pire ingratitude jamais vécue par des Africains. Après avoir sacrifié leurs vies pour venir au secours d’une France très mal en point dans la Seconde guerre mondiale, plus de 70 tirailleurs perdront la vie pour avoir voulu réclamer ce qui leur revient de droit. En réponse à leur mutinerie, le 1er décembre 1944, la France tire sur eux et fait plus de 70 morts à Thiaroye. D’autres parlent même de centaines de morts.
L’évènement se déroule dans le camp militaire de Thiaroye, à Dakar. Alors que la Seconde Guerre mondiale n’est pas encore terminée, des tirailleurs sénégalais seront libérés après le débarquement de Normandie. C’est parmi ce lot de prisonniers de guerre relâchés par l’Allemagne qui vivra ce qui restera à jamais comme la pire façon de récompenser des services dûment rendus. Ces tirailleurs qui viennent du Niger, du Tchad, du Gabon, du Togo, du Soudan français, de la Côte d’Ivoire, du Dahomey, de l’Oubangui-Chari et du Sénégal sont estimés à plus de 1600 soldats à être regroupés à Thiaroye.

Le casus belli de ces tirailleurs reste la non satisfaction de leurs revendications qui tournent pour l’essentiel autour des primes qui leur sont dus. Il s’agit entre autres des arriérés de solde et de primes de démobilisation. Malgré la promesse du ministre des colonies d’accéder à leurs demandes- la revendication a commencé avant l’embarquement- rien ne sera fait. Cette trahison, accentuée par la modicité de la somme qui leur sera versée, va être une pilule en travers la gorge de ces tirailleurs.
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Les germes d’une révolte commencent à apparaître le 28 novembre 1944 quand des soldats refusent d’embarquer pour Bamako sans entrer au préalable en possession de l’intégralité de leur fond. Flairant une mutinerie, le général Marcel Magnan essaie d’intervenir mais butte sur la détermination des tirailleurs qui le tiennent tête. Se sentant humilié et « déshabillé » de son autorité, il décide de faire une démonstration de force pour mater la révolte. Il mobilise des moyens humains importants (gendarmes, des soldats, tirailleurs) et matériels (chars, automitrailleuses).

Des tirs nourris entraîneront la mort de 70 tirailleurs au moins et des dizaines de blessés, au matin du 1er décembre 1944. Parmi ceux qui s’en sont bien tirés, d’autres seront pourtant jugés le 6 mars 1945 et lourdement condamnés. A la place des primes dus, des peines allant de 1 à 10 ans seront distribués et des amendes de 100 francs. Qui pis est, mêmes leurs droits à l’indemnité de démobilisation leur seront ôtés.

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