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Lettre de Serigne Mansour Sy Djamil au peuple des Assises Nationales: l’actualité d’un message national

DJEDDAH, LE 30 MAI 2008

LETTRE ADRESSÉE AU PRÉSIDENT DU BUREAU DES ASSISES NATIONALES

Monsieur le Président,
J’ai bien reçu votre lettre m’invitant à participer à l’installation du Bureau des Assises Nationales. Des raisons de service me retiennent à Djeddah où se déroulent les Assemblées annuelles du Groupe de la Banque Islamique de Développement (BID), du 30 mai au 06 juin 2008.
Je m’étais engagé par contrat, il y a de cela six mois, pour les Assemblées Annuelles, il m’était difficile de ne pas honorer cet engagement.

Cependant, je regrette profondément de ne pouvoir être parmi vous en ce moment de l’histoire de notre pays où tout est fait pour briser l’échine, intimider et bafouer la dignité individuelle et collective, de ceux qui ne se résignent pas, dont le seul péché est de vouloir discuter des problèmes du pays, comme cela se passe dans toutes les démocraties.
Il est salutaire, pour notre République, que les sénégalais ne cèdent pas aux pressions et aux menaces proférées par les plus hautes autorités de notre pays.
Les Assises Nationales que vous lancez, aujourd’hui, sont ouvertes à toutes les formations politiques, à leurs adhérentes et adhérents, aux militantes et aux militants des syndicats, aux organisations de la société civile, aux organisations religieuses ou laïques, à celles et à ceux qui sont à la recherche d’un cadre dynamique permettant à chacune et à chacun de saisir les enjeux et de participer à la réflexion.
Grâce à cette démarche, nourrie par notre histoire récente et ancienne, vous contribuez à ce qu’un véritable débat politique commence à s’organiser à l’échelle du pays, un débat franc, ouvert et constructif sur les grands choix qui président à notre destin, débat sur les orientations stratégiques de notre développement, débat sur les Lois et règlements dont devrait se doter le Pays, débat sur la société dans laquelle nous vivons, comment la transformer conformément aux conditions objectives du Sénégal et compte tenu du caractère de notre époque ? Pour quel objectif ? Qui doit s’unir à qui et comment ? Quelle part de responsabilité revient aux forces du progrès ? Sur quelles valeurs, cette société doit-elle reposer ?
« Un régime est à l’agonie – dirait Montesquieu dans l’Esprit des Lois – quand on n’y entend plus le bruit d’aucun conflit, sinon celui pitoyable des petites ambitions et des grands appétits. »
Le débat est aujourd’hui entamé : il bouscule et interpelle la société entière. Et le pouvoir en place, sans le vouloir, y participe. En témoignent les déclarations angoissées de ces derniers jours. Mais, j’attends, de sa part, une participation plus sereine, plus argumentée, plus assumée et plus consciente de son rôle de pouvoir public et de l’avantage qu’il peut tirer d’un échange fructueux avec des personnalités respectables et respectée, qui n’ont rien à prouver et dont le seul souci est, en participant aux Assises Nationales, d’être encore une fois, utiles à leur pays.
Le Président Abdoulaye WADE doit participer à ces Assises. C’est ce que mon cœur pressent et la raison m’impose de dire. Et, je lui connais une intelligence fine, un sens des réalités et une générosité qui me laissent espérer qu’il le fera.
Si tel n’était pas le cas, le Président de la République laisserait dans la conscience des citoyens sénégalais une informe et monstrueuse béance. Saisis de vertige devant l’horreur de cette béance alors « tous les fils du peuple devront se dresser dans un même élan irrésistible et enthousiaste » pour réduire et combler cette béance. C’est la seule réponse qui convient à une situation où le sol de notre pays tremble et s’affaisse ; et ce qui commence à s’effondrer n’est rien moins que notre identité de sénégalais. Cette incertaine et fuyante identité d’une Nation qui se construit et qui hante notre désarroi devant l’insouciance d’une génération vidée d’intériorité, de dignité, dépourvue d’éthique, au cœur presque inhabité, engloutie corps et âme dans cette étrange descente aux abîmes qu’il convient de conjurer maintenant plus que jamais. Notre désir, le plus fervent, est que les Assises Nationales puissent y contribuer. C’est pourquoi, je suis avec vous de tout cœur.

Tout en renouvelant mon accord d’être membre de votre Bureau, j’implore Allah (SWT), dans Sa Sagesse Infinie, ici près de la Mecque et de Médine, pour qu’Il aide les Assises Nationales à créer les conditions d’un dialogue intégratif avec la participation du Président Abdoulaye WADE et son Gouvernement, en y associant toutes les composantes de la Nation. N’exclure, personne, pour développer un vaste mouvement démocratique, qui aura au cœur de son action et de son projet, un Sénégal où il fait bon vivre, dans la paix et la concorde. Pour que le 1er Juin soit une date de rupture.
Plein de succès au lancement des Assises Nationales.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma respectueuse considération.

Mansour Sy Djamil.

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