« Quand je me suis réveillée, mon rein n’était plus là »

Une survivante gambienne de la traite humaine, Fatou Badjie a partagé son horrible expérience au Liban.

Après son diplôme universitaire, Fatou, 23 ans, a été approchée par un ami au sujet des perspectives d’emploi au Liban. Ce dernier lui a dit qu’il y avait des possibilités d’emploi et que si elle décidait d’y aller, elle gagnerait un salaire décent. Elle était fermement convaincue que son ami voulait son bien. Elle a accepté d’aller au Liban.

Dans une interview accordée à Chronicles, la jeune fille a déclaré :

« Alors j’ai sauté sur l’occasion sans poser de questions. Il est venu avec un document que j’a signé sans hésitation ».

Dans le document signé, Fatou a accepté de verser un acompte de 53 euros pour le traitement de ses documents de voyage. Pour elle, c’était l’occasion de sortir sa famille de la pauvreté.

« J’ai payé et le lendemain, il a apporté mon passeport et mon visa. Tout était intact. La semaine suivante, je suis partie pour le Sénégal. Excitée et plein d’espoir, Fatou a pris l’avion aux petites heures du 26 juin 2014 et a parcouru plus de 3500 miles pour Beyrouth au Liban.

« J’ai rencontré un agent d’immigration qui a immédiatement pris mes documents et m’a demandé de le suivre. Il m’a emmenée dans une petite pièce où j’ai trouvé plus de 100 filles de différentes nationalités ».

Une des filles a dit à Fatou qu’elle avait été vendue par des trafiquants d’êtres humains. Fatou est devenue effrayée et confuse. Elle est restée éveillée toute la nuit en se demandant ce qui allait lui arriver le lendemain. Le matin, elle a confirmé qu’elle avait des ennuis.

« Des femmes sont venues et ont commencé à me toucher. L’une d’elles m’a touché et m’a demandé de la suivre. Elle m’a dit qu’elle m’avait acheté et que j’étais son esclave. J’ai commencé à rire parce que je pensais que c’était une blague ».

Malheureusement, ce n’était pas une blague car Fatou avait été vendue comme esclave des temps modernes. La femme l’a emmenée à Hamra, un quartier de Beyrouth où elle a établi les règles de la maison.

« Elle m’a dit que mon travail était de prendre soin de son mari qui avait un cancer ». Baigner le malade, changer ses vêtements et le nourrir devinrent la routine quotidienne de Fatou.

« Je me réveillais à 6 heures du matin et j’arrêtais de travailler lorsque le vieil homme allait se coucher. J’étais tellement frustrée. Je n’avais jamais cru que je pourrais vivre ce genre de traumatisme ».

Quand Fatou en a eu marre, elle s’est approchée de sa patronne et lui a dit qu’elle voulait partir. « Je lui ai dit que le contrat que j’ai signé en Gambie stipulait que je venais au Liban pour travailler dans un restaurant et gagner ma vie. Elle m’a dit qu’elle avait dépensé beaucoup d’argent pour moi et que je devais tout rembourser avant de partir ».

Fatou a été obligée de rester même si elle n’a jamais reçu de salaire pour son travail. Et sa relation avec sa patronne s’est dégradée. Parfois, elle mettait un plat de riz chaud sur le dos de Fatou et mangeait de là.

Un jour, elle a accompagné sa patronne à l’hôpital sans savoir qu’il y avait un plan pour l’opérer.

« Quand nous sommes allés à la salle d’opération, j’ai eu peur. Elle m’a dit de m’asseoir et d’attendre. En attendant, je me suis assoupie et je ne me souviens plus de rien. Quand je me suis réveillée, j’ai réalisé que j’avais été opéré et que mon rein gauche avait été enlevé, sans mon consentement ».

Il s’est avéré plus tard que le mari malade de sa patronne avait besoin d’un rein et celui de Fatou lui a été donné.

Même avec un rein enlevé, les cauchemars de Fatou ont continué. Elle a été arrêtée et emprisonnée après avoir blessé sa patronne avec un couteau en légitime défense. En prison, elle était régulièrement battue et les gardiens ont tenté à plusieurs reprises de l’agresser sexuellement.

Après 18 mois en prison, elle s’est évadée et s’est enfuie au bord de la mer. Grâce à l’aide d’un pêcheur qu’elle a rencontré, Fatou a traité ses documents et est retournée en Gambie en avril 2018.

Aujourd’hui, elle consacre son temps au Réseau des filles contre la traite des êtres humains, une organisation qu’elle a créé avec d’autres survivantes de la traite humaine pour sensibiliser les Gambiens à ce phénomène.

La Gambie figure sur la liste des pays en développement du Département d’État américain et, dans son rapport de 2018 sur la traite des personnes, ce dernier affirme que le Gouvernement gambien ne respecte pas pleinement les normes minimales pour l’élimination de la traite, même s’il faisait des efforts importants à cet égard.

« Les Gambiennes sont soumises au travail forcé et au trafic sexuel au Moyen-Orient, y compris au Liban et au Koweït. Les autorités gambiennes ont identifié des victimes de la traite en Égypte, aux Émirats arabes unis et en Finlande », a déclaré le département d’État américain.

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