REVUE DE PRESSE FRANÇAISE DU 14

A la Une: le terrorisme low-cost

Un policier et un membre de la police scientifique étudient les alentours de l’attaque au couteau dans le centre de Paris, le 12 mai 2018.

« Un couteau, constate LibérationPas d’arme automatique, pas de ceinture d’explosifs, seulement une arme blanche et un assaillant unique sur le lieu de l’attentat. Samedi soir, Khamzat Azimov n’avait aucun équipement sophistiqué pour mener son attaque, qualifiée de terroriste par le parquet de Paris et revendiquée très rapidement par l’Etat islamique. Avec sa lame de dix centimètres, le jeune homme de 20 ans a tué un passant et blessé quatre personnes à proximité de l’opéra Garnier, dans le centre de Paris. Dans le radar des services antiterroristes depuis 2016, Khamzat Azimov a eu recours à un mode opératoire rudimentaire, pointe Libérationcomme bien d’autres avant lui, signe que le terrorisme low-cost reste la menace la plus répandue. »

« L’horreur, encore et toujours !s’exclame L’AlsaceCombien de temps devrons-nous encore vivre sous cette menace d’un “terrorisme low-cost” ? Il n’y a, en effet, pas d’autre mot, aussi choquant soit-il, pour qualifier un tel acte fanatique commis par un individu isolé à l’aide d’une arme aussi banale qu’un couteau. L’honnêteté oblige à reconnaître que prévenir ces attentats isolés est extrêmement difficile, voire impossible. »

Pourtant, la polémique repart de plus belle…

« L’attentat de Paris relance le débat sur les fichés S », constate Le Figaro. « A droite, des voix s’élèvent pour demander pourquoi, malgré de nombreux cas similaires, rien n’est fait en France pour durcir le régime appliqué à ces suspects de sympathies terroristes que l’on inscrit vaguement dans des fichiers, au risque de sous-estimer leur dangerosité et de causer encore plus de victimes. Ce à quoi les experts policiers répondent qu’une fiche S n’est pas une condamnation, qu’elle est une simple mise en attention, un signalement fait à tous les services requis pour rassembler précisément des renseignements sur le suspect. »

Et pourtant, fustige Le Figaro dans son éditorial, « Comme Merah, Nemmouche, Coulibaly, Lakdim, les frères Kouachi… l’auteur de l’attentat de Paris était déjà “connu” des services de renseignements, qui le suivaient à “bas bruit” selon le jargon tristement consacré. Comme celui de tant de ses prédécesseurs, son nom figurait dans plusieurs fichiers et ses contacts avec la Syrie avaient été parfaitement identifiés. Mais “ses actes n’avaient pas attiré l’attention”… Ce sera demain, encore, déplore Le Figaro ; puisque, dans leur conception actuelle, les fiches S ne servent pas à enfermer ou expulser les terroristes en puissance mais à “remonter les filières”. »

Le Figaro rejoint ainsi certains chantres de droite qui dénoncent une forme d’inaction de l’Etat.

Et bien non !, lance Libération : « les Français ne sont pas des imbéciles. Ils savent que même avec Wauquiez à l’Elysée, Le Pen à l’Intérieur et Dupont-Aignan aux Armées, le risque zéro n’existerait pas. Bref, les Français savent que ceux qui ont comme réponse aux attentats qu’avec eux, “ça se passerait mieux”, sont des “menteurs”. La droite dure et l’extrême droite ne sont tout simplement pas à la hauteur des défis qu’impose ce néo-terrorisme low-cost. Est-ce à dire qu’il ne faut pas s’interroger sur les politiques et les techniques de lutte antiterroristes ? Evidemment que non. Mais brandir comme des magiciens butés des solutions soit contraires à l’Etat de droit, soit jugées absurdes et inapplicables par les services de police eux-mêmes, contribue à abaisser le débat. »

Alors quelles solutions pour combattre ce terrorisme low-cost ? Eh bien, il n’y en a pas, soupirent plusieurs quotidiens…

« Cet auto-terrorisme artisanal est la pire des menaces, affirme ainsi Le Républicain Lorraincar nos Etats démocratiques, attachés aux libertés publiques, n’ont pas les moyens de l’éradiquer. Le passage à l’acte ne peut être anticipé, sauf à tomber dans la détention arbitraire. Cela n’empêche pas les démagogues de crier à l’incurie du pouvoir. Le refrain est connu. Mieux vaut admettre qu’à ce jour personne n’a la solution. »

En effet, insiste La Nouvelle République du Centre-Ouest, « rien ne changera et nous l’avons intégré. La police aussi qui a parfaitement réagi. C’est le mode opératoire qui a bougé. Attaque de circonstances, à petit budget, autodéterminée, impossible à détecter, donc à prévenir. Les 20.000 noms du fichier des radicalisés se démultiplient, les moyens alloués par les gouvernements successifs s’essoufflent. L’incarcération de précaution est un mirage et ne durerait pas une éternité. L’expulsion a ses limites, même si un durcissement peut être envisagé. Nous devons nous résoudre à cette menace permanente hélas. »

Alors, conclut Le Midi Libre, « face au terrorisme rampant qui s’infiltre partout, il n’y a qu’un seul mode d’action : jouer l’unité nationale avec un message de fermeté. Le duo Hollande-Valls avait su montrer la voie au moment des attentats de 2015. La concorde nationale reste le meilleur antidote contre le poison qui coule dans les veines des fous d’Allah. »

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